Le rapport d’inspection est horrifiant : comment un homme, accusé d’actes aussi graves dans le passé pouvait être encore en liberté ce printemps ? Cela a ouvert un second journal de 20 heures à Gérald Darmanin, qui continue à rejeter toute responsabilité, comme lors des incidents de la ligue des Champions à Paris, sur la foi des fautes pointées par le rapport. Pourtant, sa responsabilité devrait être engagée.
Rien assumer et jouer au petit chef
La manœuvre peut sembler habile. Encore que, venant d’un homme au lourd passif, la méfiance est de mise…. Pas un problème de moyens ? Bien sûr, le budget du ministère a progressé de 40% depuis 2017, mais il y a eu 21,6% d’inflation, réduisant la progression en terme réel à seulement 15%... Pire, même France Info pointe que cette hausse doit être relativisée par l’augmentation, beaucoup plus forte, des cas à traiter : le nombre de victimes de violences sexuelles a plus que doublé sur la période. Les coups et blessures affichaient une progression de plus de 60% de 2017 à 2023. En clair, il y a beaucoup moins de moyens pour traiter chaque dossier. Et tous les indicateurs nous placent très mal : deux fois moins de juges que la moyenne européenne, 4 fois moins de procureurs, un budget de la justice de 78 euros par habitant par an contre 136 en Allemagne. Il y a toujours un gros problème de moyens.
Bref, la ligne de défense du ministre de fautes individuelles est très partielle. Sans exonérer quiconque de ses (graves) responsabilités, on peut aussi voir dans le rapport une institution judiciaire exsangue après 9 ans de Macron, sans les moyens nécessaires pour traiter la flambée de violence de notre pays, gérée de manière passive, et avec toujours un coup de retard. L’argument des priorités non respectées est à prendre avec des pincettes avec des dirigeants si prompts aux injonctions prioritaires changeantes pour tenter de réagir aux soubresauts de l’actualité. Malheureusement, les priorités étaient probablement trop nombreuses et changeantes, et les moyens beaucoup trop faibles, pour gérer le dossier Barella, comme il le fallait, même s’il est probable que de graves erreurs de jugement aient eu lieu.
L’annonce du 8 juin d’une étude des 70 000 dossiers de pédocriminalité d’ici au 14 juillet et du fait que « pas un haut magistrat (partira) en vacances » tant qu’un bilan n’aura pas été fait est une nouvelle injonction jupitérienne ridicule. Comment les 2000 procureurs pourraient reprendre autant de dossiers sérieusement en si peu de temps ? D’ailleurs, la formule n’indique pas un examen approfondi (impossible). Bref, ce n’est qu’un argument pour traiter le dossier médiatiquement, aucun des journalistes auxquels il se confronte ne pointant les failles de ses arguments et décisions. Gérald Darmanin est bien un macroniste, sûr de lui, cherchant à embrouiller les Français, responsable de rien, et utilisant la moindre crise pour monter sur ses ergots de petit chef aux injonctions contradictoires et annonces irréalistes.
Mais sur le fond, lui et ses homologues (avec le PS et LR) sont très largement responsables des dysfonctionnements de notre justice, dont les moyens, très insuffisamment revalorisés, font honte à notre pays. Pire, cela porte une part de responsabilité dans le maintien en liberté de dangereux criminels. Et pour cela, il serait plus juste que la sanction remonte au plus haut, à savoir le ministre. Après tout, n’est-il pas en charge de notre sécurité depuis bien trop longtemps ?

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