dimanche 15 avril 2012

Artus explique pourquoi l’euro ne marche pas


Patrick Artus, le chef économiste de Natixis a une position à part dans le monde des économistes. Ses constats sont très proches des alternatifs comme Sapir, Lordon, Gréau ou Cotta. Mais il ne franchit le Rubicon sur les propositions. Nouvel exemple avec sa dernière note sur l’euro.

Taux de change et balance des paiements

La démonstration de Patrick Artus, dans un papier de 13 pages, est absolument limpide. Le chef économiste de Natixis étudie les deux voies possibles pour sortir d’une crise de la balance des paiements : la baisse du taux de change, ou la baisse des salaires. Il étudie de nombreux cas historiques récents : l’Espagne et de l’Italie en 1992-1993, le cas du Mexique en 1994, la Corée du Sud et de la Thaïlande en 1997, le Brésil en 1998 et l’Argentine en 2001, avant d’étudier la zone euro.

Pour ces premiers cas, le scénario est identique, avec une détérioration de la balance courante (entre -1 et -10% du PIB), du fait d’une monnaie surévaluée, qui provoque une montée de l’endettement extérieur, une spéculation financière qui pousse les taux à la hausse. Dans tous ces cas, les pays ont fini par dévaluer. Après un pic de chômage (provoqué par la hausse des taux), la dévaluation permet de faire redémarrer l’économie et provoque rapidement une décrue du chômage.

Puis, Artus étudie le cas de la zone euro, où les pays dont la balance des paiements est déséquilibrée doivent faire baisser les salaires pour retrouver leur compétitivité, et équilibrer leurs comptes extérieurs. Conclusion sans appel : « il semble bien nettement moins coûteux en emplois de réaliser une dépréciation réelle du change dans un pays touché par une crise de balance des paiements par une dépréciation nominale du change que par une baisse des salaires ».

L’euro en question

Il y a quelque chose de surréaliste à lire cette note qui n’évoque pas une seconde la question de la monnaie unique. Il est assez stupéfiant que la question de son maintien et de sa capacité à fonctionner ne soit même pas évoquée. En fait, on a l’impression que tout est dans le non dit, que Patrick Artus pense que cette monnaie unique est une erreur, qu’elle ne peut pas fonctionner mais qu’il ne peut pas le dire. Alors, il donne les arguments qui le démontrent, sans conclure.

Il faudra peut-être que Patrick Artus prenne sa retraite de Natixis pour faire son « coming out » d’opposant à la monnaie unique. Mais il faut noter qu’il est un des meilleurs fournisseurs d’arguments à ce camp qui ne cesse de recruter de nouveaux partisans. Il y a 10 jours, c’était The Economist qui prenait du recul sur son soutien aveugle et acharné à la monnaie unique, après avoir étudié les brillants arguments de Jonathan Tepper, que je vous avais décrit fin février.

Les prix Nobel d’économie progressistes étasuniens Paul Krugman et Joseph Stiglitz sont également de plus en plus critiques à l’égard de cette construction baroque et artificielle qu’est l’euro, comme je l’avais montré dans un dossier détaillé à l’automne dernier. Devant la progression de ces idées dans le milieu économique, il est pour le moins paradoxal que le débat public reste aussi fermé et caricatural, comme l’a démontré le Grand Journal de vendredi soir.

Jacques Sapir a fait récemment un papier très intéressant exposant toutes les limites de ce château de carte monétaire. Il est malheureusement probable que nos dirigeants n’organiseront pas un démontage concerté mais devrons admettre son explosion dans l’urgence, sous la pression de la réalité.

Merci à Malakine pour m’avoir signalé cette note (en espérant un retour d’Horizons…)

16 commentaires:

  1. 4 lignes de conclusion sans appel " Au total, il semble bien nettement moins coûteux en emplois de réaliser une dépréciation réelle du change dans un pays touché par une crise de balance des paiements par une dépréciation nominale du change que par une baisse des salaires. "

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  2. C'est quand même invraisemblable de constater maintenant l'inefficacité d'une monnaie unique qu'on nous a vendu depuis Maastricht. On a payé pendant des décennies des chercheurs en économie pour en arriver là...

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  3. @ Olaf

    Le but n'était pas économique, mais bien politique, imposer aux peuples européens à construire l'Europe sur un modèle fédéral...

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    1. Pour être franc, autant je pense que l'Euro est une ânerie, autant une Europe fédérale me parait un projet possible.

      Je ne crois plus qu'on puisse jouer dans sa cour.

      Je serais pour une Europe fédérale, mais avec un panier de monnaies, pas une monnaie unique qui vitrifie l'économie.

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    2. Sauf que faire une Europe fédérale sans monnaie unique, ça va être difficile. C'était justement la première étape vers l'Europe fédérale. D'ailleurs, une Europe fédérale : quelle capitale ? quel chef d'État ? élu par qui et comment ? quelle langue ?...

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    3. L'Europe fédérale s'est effondrée pour longtemps et c'est tant mieux ce qui a fait la richesse intellectuelle de ce continent c'est sa diversité et surement pas le vivre ensemble métissé qui est l'exact contraire . Pour la France je rappelle encore une fois que nous sommes la deuxième puissance maritime avec la Russie l'avenir du monde s'il existe c'est dans l’océan que nous le trouvons alors un bon bol d'air ne peut nous faire que du bien

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  4. Pour info : Une stratégie de baisse de l'euro pour stimuler La France et l'Europe du Sud.

    >> http://www.xerficanal.com/antoine-brunet-une-strategie-de-baisse-de-l-euro-pour-stimuler-la-france-et-l-europe-du-sud-379.html

    Voir aussi ces capsules sur le pétrole et l'énergie, c'est intéressant :

    http://www.xerficanal.com/alexandre-mirlicourtois-flambee-du-petrole-douche-froide-sur-le-pouvoir-dachat-369.html

    http://www.xerficanal.com/jean-marie-chevalier-politique-energetique-la-nouvelle-donne-357.html

    http://www.xerficanal.com/jean-michel-quatrepoint-comment-reduire-la-facture-energetique-371.html

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    1. Il est complètement "bloqué" sur la dette publique ce Brunet: il n'y a aucune raison , en période de récession, de sous utilisation des capacités de production et de chômage de masse, de chercher à réduire les déficits publics: au contraire il faut les augmenter, mais en monétisant directement cette augmentation afin de ne pas augmenter la dette publique par appels aux marchés .

      Comment d'autre part veut-il faire baisser le taux de change de l'euro (dépréciation) sans monétiser? d'après lui en attendant que la spéculation agisse pour le faire baisser sans que la BCE n'intervienne... ca me semble capillotracté !

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  5. Celle là aussi !!! Vous allez y trouver des arguments bétons.

    Le protectionnisme, c'est aussi l'autonomie et la liberté.

    http://www.xerficanal.com/herve-juvin-le-protectionnisme-c-est-aussi-l-autonomie-et-la-liberte-329.html

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  6. HS mais belle prestation de NDA devant les médiacrates de Canal+. Je regrette qu'il ne soit pas plus de gauche, il pourrait rejoindre avec profit le FdG :o

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    1. HS, mais entièrement d'accord avec toi !!
      Et j'ai adoré la réaction des "médiacrates" à la demande de révélation de leur salaire :-)

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  7. Samedi 14 avril 2012 :

    Sur son blog, Paul Jorion écrit :

    L’ÉCLATEMENT DE LA ZONE EURO : L’INSTANTANÉ.

    Ce que vous voyez sur ce graphique produit par l’agence de presse Bloomberg, c’est l’éclatement de la zone euro. Sous la ligne horizontale, on voit les sommes qui quittent de mois en mois différents pays tandis qu’au-dessus de la ligne horizontale, on retrouve les mêmes sommes ventilées par pays où ces sommes aboutissent.

    Les gagnants : 1. Allemagne, 2. Pays-Bas, 3. Luxembourg.

    Les perdants (les plus tristes en premier) : 1. Italie, 2. Espagne, 3. Irlande, 4. Grèce, 5. Portugal, 6. Belgique.

    Le graphique a été produit par la rédaction de Bloomberg à partir des données fournies par les banques centrales des différents pays de la zone euro. Un pays dont l’argent sort, en signale les montants. De même pour un pays qui le reçoit, la réglementation intérieure de la zone euro obligeant le pays receveur de prêter le même montant au pays donneur.

    Si des sommes quittent un pays, c’est bien sûr que leurs habitants (riches) craignent de se retrouver du jour au lendemain en possession de lires, pesetas, punts ou Irish pounds, drachmes, escudos, francs belges, dévalués.

    Pour donner un ordre de grandeur, en mars, par exemple, 65 milliards d’euros ont quitté l’Espagne.

    N.B. : La Suisse n’étant pas dans la zone euro, les mouvements de capitaux vers la Suisse n’apparaissent pas sur le graphique.

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=35925

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  8. je soupçonne depuis longtemps Artus d'appliquer les leçons de léo strauss, dans la persécution et l'art d'écrire (http://www.lalettrevolee.net/article-le-pietre-avenir-de-l-euro-selon-patrick-artus-48983324.html)

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  9. @ Edgar

    Très bon papier ! Je pense qu'Artus est un alternatif que son travail ne permet pas d'aller au bout de sa pensée. On verra quand il sera à la retraite a priori...

    @ Ovide & BA

    Merci.

    @ Olaf

    Je crois que l'Europe fédérale est ni possible, ni souhaitable :
    - ni possible car les Allemands ne voudront jamais verser 100 Mds tous les ans (chiffre d'Artus)
    - ni souhaitable car le fédéralisme ne résoudrait en aucun cas les problèmes de déséquilibres commerciaux et de balance des paiements. Plus globalement, l'UE est une est une zone trop vaste, trop complexe et trop diverse pour être unifiée.

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  10. c'est pas l'euro qui a des problèmes, c'est la France ...

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    1. http://leparisienliberal.blogspot.fr/2012/04/euro-reponse-nda-et-aux-anti.html

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