dimanche 10 novembre 2013

Les étranges remèdes de The Economist pour défendre les travailleurs


Stupeur ! La bible des élites mondialisées vient de découvrir que les revenus du travail ne cessent de perdre du terrain face aux revenus du capital dans le PIB partout dans le monde. The Economist en vient à faire un constat quasiment marxiste, mais les solutions qu’il propose ne le sont pas, naturellement…



C’est la lutte finale ?

Sur le constat, il faut reconnaître à l’hebdomadaire néolibéral une honnêteté assez stupéfiante. Il dit même que « les conséquences sont moches. Etant donné que le capital tend à être possédé par les ménages les plus riches, une part grandissante de la richesse nationale qui va au capital augmente les inégalités ». Il souligne que la part du revenu national qui va aux 99% des citoyens les moins riches est tombée de 60% il y a quarante ans à 50%. En effet, il note qu’en plus, la forte augmentation des revenus du travail du 1% le plus riche diminue l’ampleur de la baisse. Il faut rappeler ici que 95% de la hausse des revenus qui a eu lieu de 2009 à 2012 est allée à ce 1% selon Emmanuel Saez !



Pour The Economist, « les explications sont difficiles à cadrer étant donné que la baisse de la part du travail dans la richesse nationale a lieu dans tant de pays, tous différents » mais il finit par évoquer l’innovation et la globalisation, citant l’étude de la Banque Fédérale de New York, qui attribue pas moins de 85% de la baisse aux importations à bas coûts. Pire, dans un autre papier dans le même numéro, le journal souligne aussi que « les profits des entreprises aux Etats-Unis semblent défier la gravité ». En effet, après avoir atteint les mêmes niveaux qu’avant la crise de 1929 (autour de 10%), ils ont très rapidement rebondi après la crise de 2008, pour atteindre un nouveau record, à 11% du PIB.

Des solutions qui n’en sont pas

The Economist soutient que « l’objectif doit être de renforcer les travailleurs sans pénaliser les entreprises ». Il refuse une plus grande régulation et veut plus de croissance car un meilleur marché du travail devrait corriger la situation. Il évoque aussi l’éducation. Paradoxalement, il soutient qu’il faut baisser l’impôt sur les sociétés, et aussi une baisse de la différence entre le niveau de taxation du travail et du capital. Enfin, il évoque une plus grande participation des travailleurs au capital. Bref, difficile de ne pas constater que les solutions du journal sont en contradiction avec son constat et sont idéologiques.

En effet, le marché du travail aux Etats-Unis a plusieurs fois été très dynamique, avec un faible taux de chômage, et cela n’a eu strictement aucune influence sur le partage de la richesse nationale, qui a continué à s’effectuer de manière extrêmement injuste. Ensuite, il est totalement contradictoire de proposer une baisse de l’imposition sur les sociétés alors même que les profits sont au plus haut historique et que l’on montre que le capital accapare une trop grande partie de la richesse nationale ! Enfin, on comprend que l’harmonisation fiscale se ferait par le bas, en détruisant l’Etat.

Ironiquement, The Economist note que grâce à un marché du travail beaucoup plus régulé, la part du travail avait atteint 75% en Espagne et 80% en France dans les années 1970 (époque où la mondialisation avait un impact beaucoup moins grand). Dès lors, les pièces du puzzle pour corriger ce déséquilibre (jusque dans les années 1970, le partage était extrêmement stable), sont faciles à assembler. Si le constat est mondial, c’est parce que la mondialisation joue un rôle majeur et qu’il faut revenir dessus pour que les Etats reprennent la main sur leurs économies et puissent rééquilibrer la situation.

Merci à The Economist de pointer, comme souvent avec honnêteté, les nombreuses carences du système économique actuel, et notamment cette victoire du capital sur le travail. En revanche, il ne faut pas compter sur lui pour identifier les bonnes solutions, coincés qu’il est dans son idéologie néolibérale.

18 commentaires:

  1. Bonjour Laurent

    excellent billet. Je pense aussi qu'une partie du problème réside aussi à modifier le droit commercial et donner un réel pouvoir de décision aux salariés, notamment dans les grosses entreprises. Il est anormal que les salariés découvrent des bruits de restructuration souvent confirmés par la suite et qu'ils n'aient pas leur mot à dire par rapport aux actionnaires qui peuvent être étrangers ou des banques et des fonds de pension.
    Cela limiterait déjà ces LBO qui coulent parfois des entreprises tout à fait viables.

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    1. Et retirer le pouvoir de creation monetaire aux seules banques privées ? Jamais le debat - jamais le début d'un débat posément posé.

      Cessez de dire n'importe quoi, et instruisez vous davantage.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  3. La solution pour le rééquilibrage : de puissants syndicats.

    Rappelons que l'hostilité grotesque contre les organisation ouvrières et les corporations de métier est née en France, avec leur interdiction par la loi Le Chapelier du 14 juin 1791.

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  4. Même si je pense que nous n’avons pas d’autres choix aujourd’hui que d’avoir des politiques monétaires ultra-accomodantes, (...) Laurent P.

    http://www.gaullistelibre.com/2013/11/baisse-des-taux-de-la-bce-causes-et.html


    DIEU SE RIT DES HOMMES QUI DÉPLORENT LES EFFETS DONT ILS CHÉRISSENT LES CAUSES. - BOSSUET


    Pour les idiots qui ne comprendraient pas: pouvoir bancaire règne car il use et abuse du pouvoir de création monétaire.

    Qui croit que la BCE/FED/BOJ est indépendante (du pouvoir bancaire) est un idiot, ou un manipulateur voire un demi analyste.

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  5. The Economist est obligé de constater l’évidence mais sans vouloir être prétentieux ils ne possèdent pas le "logiciel" qui permet d’interpréter et chercher correctement les causes de cette lente dérive.
    Quand on croit que l'investissement est determiné par le cout du capital ou que le chômage ne peut venir que de salaires trop élevés et bien on se trompera toujours dans les analyses macroéconomiques car c'est une vision microéconomique depassée depuis les années 30.
    On constate chaque jour la validité des theses de Keynes, l'effet de la demande sur la croissance, la trappe à liquidité etc...Le progrès n'est pas un fait inéluctable il cherche toujours à faire un pas en arrière dans sa marche sous l'effet d'une minorité de grands possédants. La majorité doit donc lutter sans repit contre l'influence, la rethorique des possédants leurs manipulations de l'opinion, si cette majorité veut éviter son asservissement progressif.

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  6. Il me semble que cette augmentation des plus nantis qui possèdent des actions correspond à surévaluation du marché boursier, donc est assez friable.

    Un effondrement des bourses pas impossible entrainerait une chute massive de la fortune des plus riches. La nature des revenus des 99% et celle des 1% n'est pas comparable en termes de fonctionnement et de variabilité.

    olaf

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    1. C'est sur que pour celui qui n'a rien ou presque la variabilité est limité...

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    2. Et encore limité sauf si ce Mr 99% est victime d'un plan "social" dit aussi "licenciement économique".

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    3. Pour les privilégiés, un effondrement du cours des actions entamera leur capital, alors que les revenus de la majorité des 99% peuvent se tarir. Ceux-ci ne disposent d'aucun amortisseur et qu'ils peuvent sombrer rapidement dans la précarité et dans la pauvreté.

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  7. Décidément, M.Pinsolle, vous avez une ligne politique inédite et intéressante qui pourrait faire pont entre écolos antilibéraux de gauche et souverainistes sociaux de droite.
    Je vous invite à visiter le blog que je viens de créer et qui a pour objectif de proposer un tel rassemblement. Je suis convaincu que nous serions alors au diapason du peuple français. C'est le seul moyen selon moi d'enrayer le FN, qui constitue toujours une menace pour la démocratie.

    http://1frontplushaut.eklablog.com/

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    1. Nous ne sommes plus en démocratie mais quelques part entre l'oligarchie et la ploutocratie et ce n'est pas le FN qui est une menace mais ceci
      http://lesmoutonsenrages.fr/2013/10/30/nouvelle-loi-en-grece-les-opposants-a-lue-risquent-desormais-deux-ans-de-prison/

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  8. @Dimitri
    "Qui croit que la BCE/FED/BOJ est indépendante (du pouvoir bancaire) est un idiot, ou un manipulateur voire un demi analyste."
    Vous pouvez ajouter la banque d'Angleterre qui' apparemment, tire toutes les ficelles

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  9. @ André

    Merci. Je pense qu’il faut une meilleure participation des salariés à la vie de l’entreprise. L’Allemagne a un fonctionnement dont nous pourrions nous inspirer. Complètement d’accord pour mettre des bâtons dans les roues des LBO, mécanisme extrêmement choquant. Je crois qu’il faudrait aussi rendre plus cher le coût des rachats d’entreprise.

    @ Dimitri

    Je ne comprends pas bien le sens de votre commentaire. Je suis favorable à une reprise en main de la création monétaire par l’Etat.

    Lisez quelques papiers du blog (sur le 100% monnaie, la banque libre, tous les papiers sur les banques ou les banques centrales) et vous verrez quelle est ma position.

    @ Toju

    C’est un élément, mais pas uniquement. Et il faut le faire dans de bonnes conditions.

    @ TeoNeo

    Complètement d’accord sur Keynes. Sur The Economist, ils ont un avantage par rapport au Monde, c’est qu’ils sont plus honnêtes sur les constats. Je me souviens que sur le coût de l’immigration, même s’ils sont aussi favorables à l’immigration les deux, The Economist avait fait une présentation qui n’hésitait pas à montrer qu’elle a un coût, notamment dans certains pays, au contraire du Monde qui avait fait une présentation biaisée de l’étude.

    @ Olaf

    Pas faux, mais tout cet argent n’est pas uniquement en bourse.

    @ Démos

    Très juste

    @ Jauresist

    Merci. Je vais regarder.

    @ Patrice

    Vrai ou faux ? Je ne sais s’il s’agit d’une véritable information ou pas.

    @ Cliquet

    Parfois, même en étant indépendant, on peut servir, par bulle, conformisme ou paresse, les intérêts de certains, sans même le faire volontairement.

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  10. Pas d'accord.
    Le graphique que vous reportez (Unrewarding work) montre que les couts du travail ont baissé, mais ceci est une conséquence du chomage. Donc le monde du travail est divisé en deux : ceux qui ont la chance de travailler, qui s'enrichissent grace à l'inflation modérée et aux taux d'intéret modérés, et ceux qui sont dehors.
    Pour résoudre le problème du chomage, la solution passe donc par une politique de l'offre: réduction des impots sur les entreprises, et investissements directs de l'état dans l'industrie. Et certainement pas lutte contre la mondialisation car plus il y a du commerce, plus il y a de travail.

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  11. The econnomist cite à propos l'Espagne des années 1970 mais il oublie de dire que le Franquisme regnait en maitre encore a cette époque.Et que l'économie Espagnole était organisée sur les bases du corporatisme et sous l’influence de l’église.Quand a la France les lois sur le travail étaient bien moins volumineuses qu’aujourd’hui...Et bien plus stables ...

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  12. @ Anonyme

    Coupé en 2 ? Il y a 1% de la population qui récupère 95% de la croissance depuis 2009 aux USA. Beaucoup de travailleurs ne profitent pas de leur travail du fait de la libéralisation et de la mondialisation. Un produit importé de plus, c'est un produit local vendu en moins...

    @ Anonyme

    Je ne l'avais pas vu. Effarant.

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  13. "Un produit importé de plus, c'est un produit local vendu en "

    Vous faites erreur.
    Importer un produit fait d'abord travailler la société d'import, qui devrait fermer et licencier si on retournait au protectionnisme.
    Cela permet aussi de créer de la demande solvable à l'étranger (dans les pays qui exportent vers nous), et cette demande solvable pourra acheter nos produits, s'ils sont excellents
    Consommateurs, import, export, tout le monde s'y retrouve. Les seuls qui craignent à juste titre la mondialisation sont les producteurs de produits médiocres ou absurdement chers, qui voudrait priver les consommateurs de leur liberté de choix, tout comme une dictature à parti unique prive les electeurs de la possibilité de changer de gouvernement.

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