vendredi 27 juin 2014

Réforme de la carte territoriale : et si on cherchait à répondre aux vrais enjeux de la décentralisation ? 4/4 (billet invité)


Billet invité de Vincent M

4/4 Rendre son sens à la politique, ou : pourquoi ces réformes seront dures à faire passer…

Le sens de la politique


Quand un maire envisage de faire construire une piscine pour ses concitoyens, il doit choisir entre l’absence de cette piscine, et l’augmentation des impôts pour financer celle-ci. Il s’agit d’une décision politique, chaque choix ayant son avantage et son inconvénient.
Quand un Conseil Régional doit voter le budget pour l’entretien d’un lycée, il n’a ni à en assumer le coût, puisque l’argent vient de l’Etat, ni même le choix de ne pas l’entretenir, puisqu’il est tenu de le faire. Il n’y a aucune décision politique ; il s’agit d’une tache de gestion courante, ou d’administration.

Si je devais résumer en quelques mots le principe que je propose, pour la nouvelle décentralisation : Les élus doivent se cantonner à ce qui relève de la décision politique. S’il s’agit de réaliser des tâches administratives de gestion courante, un administrateur peut très bien le faire.

Et c’est justement là que se posera le principal problème : depuis quelques décennies, l’essentiel de notre classe politique fuit les responsabilités politiques. Des municipalités jusqu’au sommet de l’Etat, les politiques se voient comme des administrateurs, des gestionnaires, qui se cachent derrière les multiples contraintes qu’ils subissent pour expliquer, plus ou moins honnêtement, qu’ils n’y a qu’une seule politique à mener, et qu’ils n’ont aucun choix à faire, ni aucune alternative à proposer.

En effet, même au sommet de l’Etat, les contraintes, européennes notamment, mais également des nombreux engagements internationaux, font qu’il n’y a à peu près aucune marge de manœuvre, sauf à « renverser la table ». Quand on dit de François Hollande, qu’il gouverne la France comme il dirigeait son conseil Général, c’est bien de cela qu’il s’agit : il subit des injonctions et des contraintes, et mène les politiques qui lui sont imposées sans chercher à peser réellement sur celles-ci.

La spécificité de François Hollande, par rapport à ses prédécesseurs, c’est que, même quand il a encore un choix à faire, il tergiverse, il louvoie… et ne choisit jamais vraiment
Le sens de la politique, c’est l’inverse. Le sens de la politique, c’est de donner un cap, une direction, de faire des choix. Même si ceux-ci peuvent être contestés, même s’ils sont mauvais, mieux vaut bien souvent une mauvaise décision que pas de décision du tout…

C’est ce que nos politiciens le veulent !

Mais François Hollande est loin d’être un cas isolé. Son prédécesseur, s’il faisait en permanence des choix clairs et tranchés, revenait perpétuellement dessus, réussissant à se contredire en l’espace de quelques jours. C’est l’inverse de Hollande, mais cela revient au même : au lieu de ne rien choisir, il choisit tout et son contraire…
Encore avant, Jacques Chirac, n’avait pas, on s’en souvient, brillé par son audace et son sens de la décision tranchante.

Une excellente illustration de ce goût des politiques pour l’administration plutôt que la décision est tout simplement donné par le nom de l’Ecole qui forme ces politiques : « Ecole Nationale d’Administration ».
Si, pour être un responsable politique, la meilleure formation est celle d’administrateur, c’est sans doute que ce dont se rapproche le plus le métier de politique est celui d’administrateur… Je suppose que c’est ce que doivent se dire beaucoup d’entre eux.

L’autre piste d’explication est bien plus dramatique encore : nos hommes politiques ne seraient pas intéressés par le gouvernement, mais par le pouvoir. Ils verraient le métier politique, non pas comme un métier consistant à recueillir les sentiments profonds de la population pour trancher et décider en son nom de ce qu’on pense être dans son intérêt, mais comme un métier consistant à réussir à se faire élire, voire même comme un métier consistant à réussir à écraser et dominer ses rivaux…
En clair, ceux qui ont les dents suffisamment longues pour réussir dans nos partis politiques sont ceux qui sont suffisamment désintéressés des questions politiques pour se consacrer exclusivement aux querelles d’appareil.

Enfin, dernière hypothèses, peut-être, tout simplement, que nos politiques n’ont pas suffisamment d’imagination pour proposer une réforme qui ne soit pas qu’une pâle imitation de tel ou tel modèle étranger (suédois pour l’éducation, anglais pour la justice, allemand pour tout le reste…)

Ne pas oublier ce que les partis ont à y perdre...

Je me fourvoie peut être dans des explications trop sophistiquées, alors qu'une explication très simple permet d'expliquer pourquoi les partis au pouvoir n'ont aucune envie de chambouler le fonctionnement territorial tel qu'il existe : c'est pour eux une question vitale !
Dans chaque mairie importante, dans les conseils généraux et régionaux, il y a de nombreux postes de « directeur de cabinet », conseillers, etc. qui sont nommés sur des critères largement politique. Il s'agit de faire financer par la collectivité locale des postes qui, dans la pratique, servent essentiellement la carrière personnelle des élus auprès de qui ces personnes sont censées travailler.
Qu'il s'agisse des élus ou de leurs proches, cela fait autant de personnes à recaser, et donc autant de militants qui peuvent devenir des professionnels de la politique sans que le parti n'ait à en assumer le coût !

Quand la vie d'un parti politique commence à dépendre de l'immobilisme politique du pays, ce parti ne peut plus gouverner réellement, quand bien même ses dirigeants le voudraient. Et c'est pour éviter que la France soit gouvernée par des partis dans cette situation qu'il
Et pour cette raison aussi, je pense qu'il est nécessaire de faire cette réforme : Pour débarasser le pays des partis politiques qui le sclérosent.
Les vrais fonctionnaires des collectivités, ceux qui sont au service des citoyens, n'ont rien à y perdre, au contraire. Là où ils dépendent d'élus locaux, ils continueront à exercer avec d'autres directeurs, fonctionnaires, et -du moins censément- sensibles à l'intérêt général. En évitant les recrutements de complaisance et le clientélisme des collectivités locales, cela améliorera les conditions de travail de ceux qui sont réellement utiles à la société.

Conclusion

Toutes ces raisons font que je suis bien pessimiste sur la capacité de nos hommes politiques à proposer des réformes intelligentes, adaptées au pays, et offrant une vraie vision de l’avenir.
J’ai essayé, modestement, de proposer quelques idées. Je ne doute pas que d’autres personnes pourraient avoir d’autres idées intelligentes, ayant réellement un sens, et qui réussiraient peut-être à me convaincre qu’elles sont plus pertinentes que les miennes.

Mais je fais le vœu que quelqu’un sera capable d’inventer un modèle adapté à nos spécificités, plutôt que de vouloir calquer sur la France un modèle fantasmé de ce que serait la clef de la réussite Allemande. Enfin, tout ce qui permettra d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, tout en redonnant un peu de clarté et de sens aux politiques locales, ira dans le bon sens. Il faudra savoir s’en contenter plutôt que de toujours réclamer mieux. Mais je n’ai pas l’impression que la réforme dont on parle puisse apporter une quelconque amélioration à ces niveaux..

Quelques liens sur la décentralisation :

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