samedi 31 janvier 2015

Le 2e commandement du postmodernisme (2/10) : Le rapport à l’autre, tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)


Dany-Robert Dufour (DRD) s’appuie sur les principes des deux différences, générationnelle et sexuelle, représentées par le complexe d’Œdipe (homme/femme ; parent/enfant) (pages 72-73). Les sociétés humaines par principe, et contrairement aux sociétés animales, obéissent à cet interdit, ce qui en fait un interdit issu de la culture (par opposition à la nature) (page 74). Cela place dont les hommes en situation de désir inassouvi (le désir œdipien), cette « soustraction de jouissance », est un fondement de l’ordre collectif. DRD émet ainsi l’hypothèse que c’est par l’opposition des sexes qu’ils sont amenés à se rencontrer – l’amour – et que n’ayant plus besoin de vivre après cette rencontre, nous mourrons. Les grands mythes de la littérature romanesque – Didon et Enée, Tristan et Iseult, Roméo et Juliette – ne font que reprendre ce thème (page 75). Aussi, plus le processus qui nous rapproche de la mort s’éloignera, plus notre prédisposition à l’amour et à  la reproduction s’atténuera (page 77).

La théorie du genre met en fait à mal l’interdit œdipien. L’homme étant parlant et pensant, il peut se raconter des choses et dont s’inventer tel qu’il n’est pas. En un sens, cela fait même partie des droits de l’homme (page 80). C’est de là que découle la théorie du genre : le sexe est ce que je suis, le genre est ce que je fais, voire ce que je raconte (page 81). Le genre vient en plus du sexe. La théorie du genre peut également mettre à mal les mouvements féministes : les féministes ne serait-elles pas alors des « femmes qui veulent faire l’homme » ? Et dans ce cas la fin du patriarcat qu’elles réclament n’en serait pas vraiment une mais tout simplement le remplacement des hommes par des femmes qui font l’homme (page 82). On remarquera également que la nature a supprimé chez l’homme les repères bien commodes du rut et de l’œstrus (page 83). Mais si le genre se limite à identifier des hommes qui font la femme et réciproquement des femmes qui font l’homme, alors il n’y a en fait rien de vraiment nouveau et le genre est aussi vieux que l’humanité (page 84). Là où les choses se corsent c’est quand le genre prétend remplacer le sexe. Là est le tournant du postmodernisme : le parlant se prétend plus fort que le vivant, voire le vivant est la simple conséquence du parlant (page 89). Cette posture a néanmoins ses limites : même un transsexuel conserve biologiquement (via ses chromosomes XX ou XY) son sexe d’origine. Toutefois, elle met en valeur un rapport à soi, et donc à l’autre, entièrement mensonger qui va jusqu’à imposer ce mensonge à toute la société : « que je mente à moi-même ne suffit donc pas, que mes amis mentent avec moi pas davantage, il faudra que je mette le législateur dans le coup et que toute la société mente avec moi pour que je puisse effectivement soutenir ce rapport mensonger à moi-même » (page 88). DRD se prononce également sur la question de l’adoption par les couples homosexuels, qui adopte le même caractère mensonger : « parce que l’enfant adopté chez les couples stériles vient à la place de l’enfant qu’ils auraient pu avoir si une déficience physique n’avait pas atteint au moins l’un des deux. Ceci ne vaut pas pour le couple homosexuel puisqu’en l’occurrence, ce n’est pas une déficience qui les affecte, mais autre chose : le fait qu’ils soient de même sexe è ce qui est une contre-indication majeure pour avoir des enfants dans une espèce sexuée » (page 93). La science pourrait toutefois résoudre cette contre-indication. On peut ainsi obtenir des gamètes mâles ou femelles à partir des cellules souches de la moelle (page 95), ce qui fait qu’un couple homosexuel pourrait avoir des enfants partageant bel et bien le même ADN que les deux « parents » (page 96). Mais à partir de là, il n’y aurait plus de limite (d’autant plus que l’on arrive à transformer des mères ménopausées en mère porteuse) : pourquoi ne reproduirait-on pas la même chose avec des générations différentes ? On peut ici commencer à penser que Dany-Robert Dufour exagère. Il donne pourtant un exemple pour le moins troublant : aux Etats-Unis, Jeanine, une sexagénaire largement ménopausée, a donnée naissance à un joli garçon de 3 kilos dont l’ovule, qu’elle avait reçue d’une donneuse, avait été fécondé par le sperme de son propre frère, lequel avait également servi à féconder une mère porteuse pour donner naissance à un autre enfant. L’ensemble forme une famille très postmoderne : Jeanine, son frère, les deux enfants et la grand-mère vivent tous sous le même toit (pages 96-97).

Revenant à la question même de la religion du Marché, l’auteur relève que celle-ci aboutit à une dissolution de la distinction entre prix et valeur (ou dignité). Cette distinction était pourtant fondamentale pour Kant : « Tout a ou bien un prix, ou bien une dignité. On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent ; en revanche, ce qui n’a pas de prix, et donc pas d’équivalent, c’est ce qui possède une dignité. » (page 94). Le postmodernisme en arrive à confondre complètement prix et dignité, comme il parvient à faire s’effondre les interdits de tous types.

A suivre, le 3e commandement : Le rapport à l’autre, tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix, pourvu que tu adores le Dieu suprême, le Marché !

14 commentaires:

  1. Mais l'auteur de l'article ne raconte que des foutaises !

    C'est pas possible de déblatérer autant d'âneries !

    La "théorie du genre" n'existe que dans la tête des gens qui veulent s'y opposer ; sacré paradoxe.

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    1. Selon quels éléments précis et concrets pouvez-vous affirmer qu'il ne s'agit-là que de foutaises ? Le livre de Dany-Robert Dufour est bien au contraire très pertinent. Le compte-rendu fait ici de son livre m'apparaît fidèle aux thèses de l'auteur.

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  2. Un peu comme Dieu alors ?

    Plaisanterie mise à part, c'est manière de détourner le fond du débat sur de la querelle sémantique est terriblement, et tristement, révélateur.

    Dés lors que quelqu'un énonce une théorie (par exemple la théorie de la relativité), on peut estimer qu'elle existe, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elle soit juste.
    Or, Judith Butler, philosophe américaine précurseur du domaine (et qui s'en revendique), énonce bien - et elle n'est pas la seule - une "théorie du genre", tout en rappelant qu'il y en a plusieurs. En toute rigueur sémantique - mais on avoisine là le pharisianisme - j'aurais ( Dany-Robert Dufour aussi) dû écrire "les théories du genre", puisqu'il n'existe pas de théorie unifiée. Toutefois, on peut aussi considérer que le vocable "théorie du genre" regroupe l'ensemble du corpus théorique du sujet.
    Bref, toute cette sémantique ne change rien à la question de fond, si ce n'est d'éviter d'en parler (ce qui est généralement le but). Novlangue quand tu nous tiens ...

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    1. @ L'Oeil de Brutus,

      Quand on dit que "la théorie du genre" n'existe pas, c'est parce

      - 1) Les "études sur les genres" sont un ensemble d'idées

      qui n'ont rien à voir avec

      - 2) "la théorie du genre" (un autre ensemble d'idées).

      Si un chercheur parle d'une idée A (fausse ou exacte ; ça se discute) et que des critiques disent que le chercheur parle de T.
      On peut dire que T n'existe pas.

      Le but de ces clarifications est justement que l'on parle de A : les études sur les genres et les rôles sociaux.
      Que les gens soient pas d'accord, ok. Mais qu'ils ne soient pas d'accord avec A.

      Au lieu de ne pas être d'accord avec T (qui est le fruit de leur imagination).

      Peut-on parler du fond, justement (le A : les études déconstructivistes ; où se situe l'innée et l'acquis) ? ou sommes-nous condamner à répéter à l'infini que T = "la théorie du genre" n'existe pas ?

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    2. Pour prendre un exemple concret :

      (vous écrivez) Là est le tournant du postmodernisme : le parlant se prétend plus fort que le vivant, voire le vivant est la simple conséquence du parlant.

      Alors que les chercheurs en science SOCIALES ne prétendent nullement agir sur le biologique ; mais seulement questionner les idées culturelles, expriment l'idée :

      que la culture est une interface entre nous et la réalité. La réalité ne s'impose pas à nous, c'est nous qui projetons du culturel sur la réalité.

      Notre cerveau n'appréhende pas la réalité en terme de données brutes et d'une objectivité, d'une neutralité parfaite.
      Notre cerveau ne fait que manipuler le concept culturel de chaque chose qui constitue la réalité.

      Quand nous regardons un arbre : ce n'est pas un arbre qui rentre dans notre tête, mais l'idée-culturelle de l'objet-arbre qui est manipulée par notre esprit.

      (Idée-culturelle avec toutes le connotations positives et/ou négative qu'une culture va attribuer à chaque parcelle de la réalité.)

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    3. Toute la démarche des études sur les genres est de questionner ce qui est culturelle, ce qui est de l'ordre de l'action politique : les obligations, l'idéal, les interdits pour chaque sexe.
      Certainement pas prétendre que le verbe supplante le réel (en l'occurrence le biologique).

      Il n'est pas nécessaire de débattre de pour ou contre les menstrues OU pour ou contre n'avoir que des gens intelligents dans la société ! la nature n'obéit pas aux lois.

      Le débat ne peut porter que sur les lois, les croyances, les habitudes, les mythes, tout ce qui est tradition ET tout ce qui peut être idées nouvelles.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  4. @ L’œil de Brutus & Abd_Salam

    Autant dire que je ne partage pas le point de vue sur l’adoption par des couples homosexuels, comme je l’écrivais mi-2012, en soutien à la loi Taubira :

    http://www.gaullistelibre.com/2012/08/oui-la-legalisation-de-lhomoparentalite.html

    Et je suis également assez effaré par cette obssession, commune à Zemmour de la pseudo féminisation des hommes et de glorification d’un modèle patriarcal apparemment sans nuance.

    En revanche, pas d’accord avec Abd sur la théorie du genre. Oui, il y a d’abord des études du genre, mais cela a quand même débouché chez certains par des théories voulant couper l’homme de tout ce qui serait inné pour ne plus attaché d’attention à l’acquis, sur la question du genre notamment. Et outre le fait d’être une théorie volontiers extrémiste, elle existe et est défendu par certains.

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    1. Non, pas du tout.

      Il s'agit pas de se couper de l'innée !
      Toute la démarche des études sur les genres est de questionner ce qui est culturel, ce qui est de l'ordre de l'action politique : les obligations, l'idéal, les interdits pour chaque sexe.

      Mais le pire, c'est que nous ne parlons pas de la même chose !
      Encore est toujours, le même incroyable malentendu :

      Vous reprochez à des gens qui disent A, de dire l'horreur T.
      Ils disent A, et NON T.

      Les études sur les genres ne préconisent absolument pas ce que vous croyez !
      Les questionnements, les hypothèses, et les théories défendues par certain(e)s chercheurs n'ont rien à voir avec les idées que vous croyez être les leurs.

      Comment le dire pour être bien clair ?

      Il y a deux groupe d'idées, un groupe A (les études sur les genres) et un AUTRE ensembles d'idées, les idées T ("la théorie du genre). Prière de ne pas remplacer A par T.

      Les études sur les genres se focalisent sur l'acquis, car c'est du domaine de l'action politique (nos lois, nos croyances, nos valeurs, nos mythes, nos principes).
      Et non, parce qu'il s'agirait de nier l'inné.

      Le biologique se régit lui-même, et il est inutile et idiot de vouloir faire des débats sur comment doit s'ordonner le vivant ! La nature n'obéit pas aux parlementaires.

      Les études sur les genres qui sont un champ d'études pluridisciplinaire qui se focalisent sur le culturel.

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  5. je rejoins entièrement Abd_Salam dans sa distinction entre études et théorie. Dany-Robert Dufour fait d'ailleurs exactement la même. Comme lui, je n'ai rien à redire sur les études sur le genre, qui comme vous le dites, s'intéressent (je résume un peu grossièrement) aux impacts sociaux et culturels du sexe de chacun.

    Cela n'empêche cependant pas certains chercheurs (par exemple Judith Butler, mais elle n'est pas la seule) de prétendre que leurs études forment un corpus théorique (vous le reconnaissez incidemment lorsque vous dites dans un commentaire déposé sur mon blog "autant s'opposer sur ce qu'apportent vraiment comme questionnements, hypothèses et THEORIE les études sur les genres et le sexe"). De fait, il existe bien des théories du genre (ou si vous préférez des théories issues des études sur le genre). Et c'est justement cela qui est dangereux, comme le relève Dany-Robert Dufour et le rappelle ici Laurent.
    Les "études" se discutent et peuvent faire débat. Les théories prétendre décrire le réel, sans avoir à la prouver (c'est pour cela que ce sont des théories ...). C'est en cela qu'elles sont dangereuses.

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    1. Au passage, je vous invite également à adresser vos récriminations contre l'existence de la théorie du genre à la Commission européenne (voir ici, fin d'article :http://loeildebrutus.over-blog.com/2014/03/de-la-liberte-en-hollandie.html), qui elle ne s'y oppose pas ...

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    2. Vous allez passer encore longtemps à côté du sens de mon message ?

      Incroyable.

      Les gens qui parlent de "la théorie du genre" se préoccupent d'idées qui ne sont pas les idées des chercheurs.

      Je vous dis pas que les recherchent de Butler n'existent pas... mais que les anti- "théorie du genre" parlent d'idées à eux qu'ils PROJETTENT sur Butler et Cie.

      je vous l'ai déjà dit et le répète : les chercheurs en études sur les genres et le sexe en demandent qu'à discuter, et s'évertuent à démontrer leurs idées (ce que j'ai déjà appelé A, pour l'exemple).

      Mais ils demandent aussi à ne pas discuter des angoisses (appelées T) inventées de toutes pièces par des ignorants qui ne les écoutent même pas !

      Bref, certains condamnent les idées T en croyant rejeter légitimement et logiquement les idées A.
      (je continue à le demander, cessons de confondre A et T)

      P.S. : une théorie au vrai sens du terme est une affirmation VRAIE... donc une idée maintes fois vérifiées et démontrées.

      De nos jours en France, il y a confusion entre théorie et hypothèse...


      P.S. 2 : rappel : A désigne "les études sur les genres", qui fait l'objet de recherches de la part de psy, de médecins, d'ethnologues, antrophologues, etc.

      T désigne les idées inventées par des gens qui s'opposent... et qui ne parlent absolument pas du même sujet que les tenants du A.

      Oui, on peut débattre des études sur les genres, mais discutons de ce que Butler et Cie disent vraiment.

      Ne discutons pas des angoisses des catho et d'autres groupuscules.

      Je le redis : 1) Les "études sur les genres" sont un ensemble d'idées A

      qui n'ont rien à voir avec

      - 2) "la théorie du genre" (un autre ensemble d'idées T).

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    3. je me rends compte que vous n'avez certainement jamais lu Judith Butler...

      Vous connaissez son nom uniquement parce que les catho (en particuliers) ont fait beaucoup de "pub" sur son nom.

      Et une théorie (ou un corpus théorique) est contestable... vous confondez "théorie" et "dogme chrétien" là.

      Une théorie est le résultat d'une recherche, c'est la CONCLUSION après démonstration.
      Ce n'est pas comme vous le sous-entendez quelque chose qui flotterait dans l'air et serait sa propre preuve du seul fait de sa propre affirmation.

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    4. Je pense que Dany-Robert Dufour serait ravi de se voir classé dans la catégorie des cathos intégristes ...


      Je n'ai en outre jamais prétendu qu'une théorie était un dogme (sinon il faudrait me dire où et quand), même si effectivement il en est pour qui c'est le cas (ce qui, comme vous le dites, pose problème).

      Ceci dit, je vois que nous progressons puisque vous ne niez plus en bloc l'existence de toute théorie du genre, et que vous admettez même qu'elle puisse être le résultat d'une recherche ...

      Mais j'ai bien l'impression que nous tournons tout de même en rond et que vous ne me lisez guère.
      Et si, donc, comme vous y invitez (c'est aussi ce que j'ai fait dès le premier post :) ), nous parlions du fond du sujet ?

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