dimanche 12 novembre 2017

Le cauchemar étasunien, conclusion 2/2 : cette société qu’il faut arrêter de suivre

L’analyse des dérives de la société étasunienne ne cesse de progresser, de la vraie gauche, menée par Bernie Sanders, aux tenants de ce modèle, comme The Economist. Malheureusement, le logiciel de nos dirigeants ne semble pas avoir recouvert de la chute du mur de Berlin et reste en pilotage automatique sur le chemin tracé par les Etats-Unis, comme l’a souligné récemment Régis Debray.


Refermer enfin la page de la guerre froide

Pendant les Trente Glorieuses et la guerre froide, les Etats-Unis ont été nos alliés, et le modèle économique mis en place par Franklin Roosevelt, fait d’un Etat interventionniste, de conquêtes sociales, de progressisme fiscal et de forte réglementation financière, a permis une croissance régulière et équitablement partagée, sans les crises qui avaient agité le capitalisme dérégulé de la fin du 19ème siècle et du premier tiers du 20ème siècle. Malgré de vraies zones d’ombre, qu’il ne faut pas ignorer, les Etats-Unis pouvaient être une source d’inspiration pour certains. Mais à cette époque déjà, Washington était trop impérialiste, ce à quoi la France du Général de Gaulle avait su s’opposer dans les années 1960.

Mais aujourd’hui, alors que les innombrables limites du modèle étasunien deviennent chaque jour plus visibles, bien des élites françaises ou européennes continuent de suivre un peu trop aveuglément le chemin tracé par l’Oncle Sam. Pourtant, l’état de cette société dont la violence endémique fait de plus en plus de victimes dans le corps social, ces « morts de désespoir » qui ont plus que doublé en deux décennies, devrait inciter à la prudence. Il faut malheureusement croire que le vernis de la modernité digital des GAFAM tourne la tête de ceux qui célèbrent la vivacité du capitalisme étasunien en fermant les yeux sur son carcatère aussi destructeur qu’à la recherche de rente asservissante.

La contestation monte heureusement. Les pays asiatiques ont refusé le consensus de Washington, se gardant bien de lever les lourdes protections de leurs agriculteurs (le riz importé est taxé à plus de 300% au Japon), mais aussi de son industrie, ayant compris les vertus d’un protectionnisme aussi fort que bien ciblé. Les pays d’Amérique Latine, qui ont subi l’impéralisme étasunien, se sont éloignés de ce gringo envahissant et irrespectueux, d’abord à Caracas et Buenos-Aires, avant de toucher le reste de la péninsule. Même nos vieux pays européens ont pris leurs distances depuis 2003, et la guerre injustifiée en Irak. Les allemands sont de plus en plus inquiets sur les questions de liberté civile.

Mais ce mouvement des opinions publiques et de quelques pays n’a toujours pas abouti à une vraie remise en question géopolitique dans les pays dits occidentaux. Pire, la France, après avoir été en pointe en 2003, est aujourd’hui à la traine dans la prise de distance (sur Cuba, la Russie, l’Iran ou l’extra-territorialité de son droit) devrait imposer une prise de distance beaucoup plus forte. Comme si la menace terroriste islamiste paralysait ces dirigeants qui n’osent pas remettre en cause ce qui devrait l’être (l’OTAN, le dollar), par peur de se retrouver seul face à « l’axe du mal »… Il est vrai que les failles de certains contre-modèles érigés un peu trop rapidement en modèles, ne facilitent pas les choses.

Heureusement, pour paraphraser Régis Debray, nous ne sommes pas encore complètement devenus étasuniens. Malgré la progression des inégalités, de la violence sociale et du communautarisme sous toutes ses formes, nous avons su conserver une partie de nos spécificités, qui font que la France refuse le burkini et le voile à l’école, quand les anglo-saxons ne voient même pas le problème que pose la burka. Nos sociétés sont moins violentes, moins inégales et notre ascenseur social, certes grippé, y fonctionne moins mal. Nous continuons à refuser ce capitalisme totalement dérégulé où la quête de l’argent passe avant la santé ou tout simplement, de notre environnement terrestre.


Malheureusement, le poisson pourrit parfois par la tête et on voit bien que la direction prise par le président actuel s’inspire clairement des Etats-Unis, son modèle, économique comme politique, au moins autant que Nicolas Sarkozy avant lui. Macron semble vouloir faire ressembler la France aux Etats-Unis. Un triste projet qu’il convient de combattre avec la plus grande énergie.

7 commentaires:

  1. Je pense qu'écrire "étasunien" est une graphie fautive parce qu'il n'y a aucune raison d'enlever le second t.
    Combattre ce triste projet peut et doit se faire avec tous ses adversaires, même ceux avec lesquels on a par ailleurs de sérieux désaccords comme avec la France insoumise par exemple.

    RépondreSupprimer
  2. La Chine abandonne le protectionnisme qui n'a jamais rien apporté :

    http://www.france24.com/fr/20171018-jt-eco-chine-xi-jinping-congres-parti-communiste-ouverture-marche-libre-echange

    RépondreSupprimer
  3. USA: les fermetures de commerces de détail atteignent un niveau record et le nombre de SDF s’envole sur la côte ouest.

    Si l’économie américaine se porte aussi bien qu’on le dit, alors pourquoi les fermetures de commerces de détail ont atteint un niveau record sur les 12 derniers mois ? 

    A chaque fois que je publie sur «l’effondrement du commerce de détail américain», beaucoup de gens essayent de contrer mes arguments en mettant en avant la la domination croissante d’Amazon et d’autres magasins en ligne. Bon, je ne peux pas nier le fait que les achats en ligne sont en progression, mais ces derniers représentent toujours moins de 10% du total des ventes au détail aux Etats-Unis. 

    Non, il se passe quelque chose de bien plus important dans l’économie américaine et les médias mainstream n’accordent que peu d’attention à ce phénomène.

    En 2008, l’effondrement de l’économie avait littéralement dévasté les détaillants et cela avait conduit à la fermeture de 6 163 commerces de détail durant cette même année.

    Jusqu’à présent, en 2017, plus de 6 700 magasins ont été fermés et il nous reste encore près deux mois avant de clôturer l’année ! 

    Ce qui suit provient de CNN…

    Effondrement historique du commerce de détail américain.
    On a jamais enregistré autant de fermetures de magasins qu’en 2017.
    Selon une étude de Fung Global Retail & Technology, un groupe de réflexion spécialisé dans la vente au détail, depuis le 1er janvier, les détaillants ont annoncé vouloir fermer plus de 6 700 magasins aux Etats-Unis.
    Ce chiffre dépasse le précédent record de 6 163 fermetures de magasins, qui avait été atteint au cours de l’année 2008, en plein crise financière, selon le Credit Suisse.
    La semaine dernière, nous avons appris que Sears fermait 60 magasins supplémentaires et Walgreens annonçait vouloir fermer près de 600 magasins.
    Depuis le 1er janvier 2017, environ 300 détaillants se sont déclarés en faillite, et l’Amérique est sur le point de perdre plus de 13,7 millions de m² (147 million square feet) de surfaces commerciales d’ici la fin de l’année.

    Oh, mais c’est la faute d’Amazon, n’est-ce pas ?
    Parallèlement, les médias mainstream rapportent que le phénomène des sans-abris «explose» sur la côte ouest.
    Par exemple, on nous explique qu’il y a «400 campements non autorisés de tentes» dans la seule ville de Seattle…

    Les prix des logements s’envolent du fait du boom économique dans le secteur high tech, mais ce boom s’accompagne d’une augmentation significative des sans-abri avec 400 campements non autorisés de tentes au sein de parcs, sous les ponts, sur les autoroutes et le long des trottoirs. La libérale Seattle essaie de voir ce qu’il faut faire.

    Mince, je pensais que l’économie se portait bien à Seattle.
    Eh bien apparemment, ça n’a pas l’air d’être tant que ça le cas.

    Michael Snyder : « 102 Millions d’Américains en âge de travailler n’ont pas de boulot ! »

    USA : les villages de tentes pour sans-abri poussent comme des champignons. La pauvreté est en inflation vertigineuse.

    Maintenant à San Diego, les trottoirs sont nettoyés à l’eau de Javel étant donné la forte hausse de la population de sans-abri qui répand partout l’hépatite A…

    Une épidémie d’hépatite A frappe San Diego.

    San Diego nettoie dorénavant ses trottoirs avec de l’eau de Javel pour contrer une épidémie mortelle « d’hépatite A ».

    A Anaheim, 400 personnes dorment sur une piste cyclable à l’ombre du stade Angel. Les organisateurs de Portland ont allumé de l’encens lors d’un festival de nourriture en plein air pour dissimuler les odeurs d’urine d’un parking où les vendeurs s’étaient installés.

    Durant ces deux dernières années, « au moins 10 villes de Californie, d’Oregon et de Washington » ont déclaré l’état d’urgence tant ce phénomène de sans-abri est devenu incontrôlable.

    Vous trouvez vraiment que ce sont les symptômes d’une économie qui se porte bien ?

    https://www.businessbourse.com/2017/11/11/usa-les-fermetures-de-commerces-de-detail-atteignent-un-niveau-record-le-nombre-de-sdf-senvole-sur-la-cote-ouest/

    RépondreSupprimer
  4. @ Anonymes

    C’est l’orthographe alternative la plus usitée.

    « La Chine abandonne le protectionnisme » ! Bonne blague. Il s’agit juste de l’opération de communication de la Chine, dans le cadre de l’arrivée de Trump. En réalité, pas grand chose ne changera. Les agriculteurs chinois, son industrie automobile et la plupart de ses secteurs économiques continueront à être protégés.

    @ BA

    Merci pour ces compléments ! Je pense que le point de comparaison devrait plutôt être 2009, car, comme la crise a démarré en 2008, c’est plutôt en 2009 que le point culminant de la crise a été atteint

    RépondreSupprimer
  5. C'est pas compliqué : tant que les 1% s'enrichissent les médias nous diront que l'économie se porte bien.

    Inversement imaginons que les 1% cessent de s'enrichir, voire encaissent des moins-values pendant que le reste de la population s'enrichit et que le chômage diminue. Alors les médias refuseront d'admettre que l'économie se porte bien et ne verront qu'une grave crise financière dont le gouvernement doit absolument s'occuper, et bien sûr en priorité.

    Le cas de la France est particulièrement caricatural, où les médias prétendent que l'immobilier se porte bien quand la pénurie s'aggrave et que le nombre de SDF augmente.

    Le problème (loyers exorbitants, prix inaccessibles) est appelé solution et inversement.

    Ivan

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tristement juste. Mais on commence à percevoir une forme de contestation, même dans les média les plus fermés à toute véritable alternative.

      Supprimer
  6. Les Etats-Unis n’ont jamais été l’allié de personne. Pendant la 1ère guerre mondiale Président Wilson, réélu sur la promesse de ne pas entrer en guerre, est poussé par les grandes banques des États-Unis à protéger leur investissements en Grand Bretagne, France et Italie au moment quand les allemandes semblaient pouvoir l’importer. Afin de justifier le revers de sa promesse de campagne Wilson organise une campagne de diffamation publique du Kaiser allemand et des allemands tout à fait similaires avec les nombreuses campagnes contemporaines contre les cibles d’une guerre ou une révolution déstabilisatrice imminente (Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie, Russie, Iran etc.). L’opinion publique est gagnée et les E-U entre en guerre. Wilson va être très attentif que les allemandes paient bien les réparations aux britanniques, français et italiennes afin que ceci rembourse les banques étatsuniennes. https://www.contra-magazin.com/2017/07/der-kriegseintritt-der-usa-1917-ein-lehrstueck-fuer-politischen-betrug. L’entré dans la deuxième guerre mondiale est motivée d’abord par des raisons impérialistes contre le Japon en Pacifique et par la possibilité de reprendre l’Empire Britannique. Peu à peu ils se sont rendu compte que l’enjeu est encore plus important en se faisant de l’Europe tout entier un vassal d’après le plan d’Hitler lui-même. En ce qui concerne la guerre froid je conseille de commencer la recherche avec ceci : https://www.wilsoncenter.org/publication/molotovs-proposal-the-ussr-join-nato-march-1954 .

    RépondreSupprimer