dimanche 4 mars 2018

SNCF : sauvons notre service public !

Après avoir poursuivi le démontage du droit du travail, Emmanuel Macron veut s’attaquer au transport ferroviaire, comme les détestables textes européens nous le demande, ainsi que l’écrit Aurélien Bernier. Une nouvelle absurdité complète, après son plan fiscal oligarchique, proche de celui de Trump, tant il est évident que le transport ferroviaire est économiquement un monopole naturel.


Répéter les erreurs du passé

Sur les réseaux sociaux, une personne évoquait cette semaine le fait que, pour pousser à la privatisation des services publics, la manœuvre des ultra-libéraux était simple : couper les moyens pour provoquer une dégradation du service, créant la colère des usagers, alors prêts à un changement de statut. Après tout, les problèmes de la SNCF viennent d’un manque d’investissements… Mais je crois plus que nos dirigeant se contentent de suivre la ligne eurolibérale qui leur sert de prêt-à-penser idéologique, sans jamais se poser la question de faire les choses autrement. Après tout, même les jurys de l’ENA se plaignent de l’uniformité de pensée et du manque de réflexion des candidats.

Pourtant, il y a seulement trois ans, une étude du cabinet BCG affirmait que la France disposait du 3ème système ferroviaire le plus performant d’Europe, derrière la Suisse et la Suède, largement devant la Grande-Bretagne qui a choisi la voie de la privatisation. La performance de nos voisins d’outre-Manche est d’autant plus médiocre que la forte densité du pays est un avantage en terme de coûts, qui ne se traduit pas pour les usagers, malgré l’absence d’un coûteux réseau à très grande vitesse. Bref, rien ne montre l’intérêt d’une privatisation, d’autant plus absurde que le réseau doit rester unique et public et qu’il faudra donc organiser une concurrence totalement artificielle et délétère.

Car bien sûr, les futurs concurrents de la SNCF choisiront les lignes les plus rentables, et utiliseront tout le savoir-faire développé par le service public, sans y avoir contribué. En fait, ils devraient payer une partie de la dette actuelle de la SNCF pour avoir le droit de faire circuler des trains. Plus globalement, il est évident que cette « concurrence » sera un juteux fromage accordé à ceux qui viendront et qui pourront choisir le meilleur quand la SNCF devra assurer le service public là où il est moins rentable, ce qui la poussera à faire des économies, et donc à distendre le lien avec les français. D’ailleurs, tout est prêt, la SNCF ayant déjà créé des centaines de filiales pour préparer la privatisation.

Et pour couronner le tout, comme l’a remarquablement montré Télérama, la sphère médiatique salue quasi-unanimement la réforme à venir, s’appuyant parfois sur des arguments totalement malhonnêtes, comme l’a souligné Aurélie Filipetti dans Challenges. Le ministre Gérald Darmanin avance ainsi un coût de 340 euros par Français, oubliant complètement le principe qu’un service public a naturellement un coût et que le profit n’est pas son objectif, comme le note Marianne. Un autre site rappelle que par-delà les exagérations des uns et des autres, le traitement des employés de la SNCF n’est pas si mirobolant, loin de là, même pour un poste aussi important et contraignant que celui d’aiguilleur.


Heureusement, certains montent au créneau, sur les réseaux sociaux, comme Pascale Fourier, ou dans les médias, comme Aurélien Bernier dans Marianne ou Régis de Castelnau sur son blog. Continuons à nous battre pour cette réforme totalement aberrante, injustifiée et injuste. D’avance, solidarité avec tous ceux qui se battront sur le terrain à partir du 22 mars !

10 commentaires:

  1. OUI Laurent, vous avez bien saisi le problème.
    Le statut des cheminots sert de bouc émissaire, même si on peut modifier certaines choses comme le transport gratuit pour les membres de la famille.
    Et c'est prendre les gens pour des mongoliens de mettre en parallèle le statut et la dette de la SNCF, alors que cette dette est due en grande partie au développement du TGV, il paraîtrait que le projet de TGV Lyon Turin coûterait 26 milliards d'euros.
    Comme d'habitude avec le neolibéralisme on nationalise les pertes et on privatise les profits.
    Ayant pendant des années pris le TER sur une ligne dans le nord assez fréquentée, j'ai vu que très souvent les retards ou annulations étaient dus au réseau délabré, au matériel défectueux et minoritairement aux grèves de la SNCF.
    Mais malheureusement, diviser pour régner fonctionne avec la majorité des français, triste nation.

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  2. La gare fut le premier service public fermé dans ma petite commune de 2400 habitants. Elle fut même rasé. Puis sont parti la Poste et les service bancaire , puis les commerces , les quelques entreprises encore debout parle quasiment toutes de déménager à vingt kilomètres pour aller dans la ville centre de l’aglo. Le maire de ma commune est fiere d’annoncer la construction d’une zone pavillonnaire , alors qu’il y a énormément de maison de bourg à vendre. L’école privé est en plein boum , inexistante il y vingt ans , elle accueille aujourd’hui principalement les habitants originaire de la commune , ce qui crée une sorte de communautarisme malsain. Les nouveaux arrivants viennent principalement pour le prix au mètre carré avantageux , et on a beaucoup de mal à les intégrés dans nos associations , car bien souvent absents le weekend. Ma commune est petit à petit en train de devenir une commune dortoir alors que l’ai vu tellement vivante.
    Heureusement , la voie ferré a laisser place à une voie “verte” , ou chaque personne peu faire son petit jogging individuel…

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  3. Très bon billet. Il faut défendre le monopole public. Les chemin de fer sont le type même du service qui ne relève pas de l'entreprise privée, par leur situation de monopole naturel et à cause de l'importance des investissements qui ne sont rentables qu'à long terme. La privatisation ne peut qu'avoir des conséquences désastreuses pour l'ensemble du pays.

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  4. En République tchèque, le salaire minimum est de 327 euros ! ! !

    L'Union européenne, c'est la course aux salaires les plus bas possibles.

    L'Union européenne, c'est la mort de l'industrie française, la mort des ouvriers français, la mort des commerces français.

    France : salaire minimum de 1445 euros.
    Belgique : salaire minimum de 1501 euros.

    En clair : ces deux pays voient leurs usines fermer.

    Les patrons délocalisent leurs usines vers les pays européens qui ont un salaire minimum minable.

    Pologne : salaire minimum de 387 euros.
    Hongrie : salaire minimum de 344 euros.
    République tchèque : salaire minimum de 327 euros.
    Roumanie : salaire minimum de 190 euros.

    Conséquence :

    Les usines ferment chez nous. Les usines partent vers l'est de l'Europe.

    Roumanie : 5,2 % de chômage.
    Pologne : 4,8 % de chômage.
    Hongrie : 4,3 % de chômage.
    République tchèque : 2,9 % de chômage.

    L'industrie européenne se déplace vers l'est.

    http://www.rtl.fr/actu/conso/l-industrie-europeenne-se-deplace-vers-l-est-7782370174

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  5. Italie : les partis anti-européens font le plein.

    Le parti anti-européen M5S arrive en tête avec 32 % des suffrages.

    « Tout le monde va devoir venir nous parler », a commenté, dimanche soir, le responsable du M5S, Alessandro Di Battista.

    Le futur allié du M5S se cache peut-être du côté de la coalition de droite, qui subit un revers. Si la formation, qui rassemble les trois partis Forza Italia (Silvio Berlusconi), la Ligue du Nord (Matteo Salvini) et Fratelli d’Italia, est en tête du scrutin avec environ 37 % des votes, elle est, elle aussi, loin de la majorité.

    Surtout, au sein même de cette coalition se joue peut-être le plus gros bouleversement de ce scrutin. Le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, la Ligue, dépasse de 5 points (18 %) le parti historique de Silvio Berlusconi, Forza Italia (13 %), selon les premiers résultats.

    Un score qui illustre là encore la montée en puissance des partis anti-européens, vrais gagnants de cette élection.

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/03/05/elections-legislatives-en-italie-les-partis-antieuropeens-font-le-plein_5265638_3214.html

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  6. Je partage l’inquiétude sur la privatisation de la SNCF. Je suis bien d'accord avec l'idée de "monopole public" à défendre comme dit plus haut.

    En revanche je ne partage pas la bienveillance de certains vis-à-vis des cheminots accrochés à leur statut. Car je pense qu’ils sont en partie responsable de ce qui leur arrive. En s’opposant systématiquement au changement, en abusant pendant tant d’années du pouvoir de nuisance que leur conférait leur droit de grève, ils ont pétrifié leur organisation et scié la branche sur laquelle ils étaient assis.

    La mauvaise image qu’ils ont auprès des français, il ne la doivent qu’à eux. Le gouvernement en profite pour faire passer tout le reste, avec comme message subliminal : seule une société privée peut être bien organisée. Alors que c’est totalement faux. Mais hélas, c’est la preuve que la stratégie de « défense du service public » des vieilles organisations syndicales aura été désastreuse.

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    1. Avant d'affirmer qu'ils s'opposent systématiquement au changement il aurait fallu leur proposer au moins une fois un changement qui soit un progrès, et non une régression.

      Ivan

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  7. A propos de service public. Sur recommandation de la Cour des comptes, l'Etat renonce aux partenariats public privé pour la construction de prison et tribunaux. Selon la Cour, l'économie de court se "paierait" par un loyer exorbitant sur le long terme. En somme l'Etat aurait économisé à court terme pour mieux "financer le partenaire privé" sur le long terme. Il faut rappeler que dans le temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas, celui où Blair était perçu comme un phare de la modernité, le partenariat public-privé était particulièrement dans le vent.

    JZ

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  8. Il faudrait peut-être demander aux voyageurs s'ils préfèrent vraiment avoir le "choix" entre plusieurs compagnies privées, ce qui signifiera, en pratique, renoncer à avoir des correspondances.

    Pour faire Lille-Marseille il faudra d'abord prendre un train de la compagnie des chemins de fer du Nord, puis le métro à Paris, puis un train de la compagnie PLM.

    Comme ce sont des compagnies différentes, plus personne ne vous garantira aucune correspondance, comme en Angleterre.

    Ivan

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    1. "Comme ce sont des compagnies différentes, plus personne ne vous garantira aucune correspondance, comme en Angleterre."

      Pas forcément. Par exemple, en Ile de France, nous avons une autorité régulatrice des transports en commun, Ile de France Mobilités. Elle dépend de la Région. C'est elle qui garantit les correspondances, et plus généralement qui définit toute l'offre de transport qui s'impose aux opérateurs publics (RATP, SNCF) et privés (OPTILE).

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