lundi 18 novembre 2019

USA : complainte des milliardaires, sacre de Warren ?


La passe d’arme entre Elizabeth Warren et Bill Gates est aussi savoureuse que révélatrice. Pour financer son plan santé, elle propose un ISF à 6% pour la tranche la plus haute. La panique qui s’empare des élites, illustrée par la couverture et le dossier de The Economist, à la perspective de son élection pourrait-elle définir cette élection présidentielle et, loin de l’affaiblir, l’amener au pouvoir ?




Le moment redistributif ?



En 2016, face aux arguments protectionnistes de Bernie Sanders et Donald Trump lors des primaires, Paul Krugman avait parlé d’un « moment protectionniste ». De facto, le protectionnisme restera un marqueur du mandat de Trump, même s’il faut différencier la force des mots ou des tweets, de la réalité des mesures prises, comme l’indique la non réduction du déficit commercial… Les différentes guerres commerciales, qui finissent toutes bien, comme cela était prévisible, auront néanmoins largement occupé la communication présidentielle. Mais la question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si la campagne 2020 ne finira pas par se cristalliser autour des inégalités et de la redistribution.




Un tel sujet est plus que légitime et attendu outre-Atlantique. Après tout, c’est là que les inégalités battent des records indécents, où 90% de la population peut perdre du pouvoir d’achat sur 40 ans quand les revenus des 1% triplent. C’est aussi là que The Economist dénonce la reconstitution d’une aristocratie de l’argent et l’impossibilité grandissante de l’ascension sociale. Mieux, c’est aussi là que des pratiques fiscales très redistributives étaient en place, puisque sous Nixon, pas vraiment un rouge, le taux marginal d’impôt sur les revenus dépassait 70%, après une pointe à plus de 90% pendant la Seconde Guerre Mondiale, comme aime à le rappeler Thomas Piketty dans son nouveau livre.



Bref, tout semble réuni pour une fronde fiscale redistributive. Elizabeth Warren, comme Bernie Sanders, conseillée par des économistes proches de Piketty, proposent donc aujourd’hui un ISF bien plus progressif et lourd que ne l’était le nôtre, avec une tranche de 6% pour les milliardaires. Cela a provoqué une offensive tous azimuts contre « la rouge », entre lancement, par Biden, a contrario des promesses des candidats démocrates, d’un PAC, un véhicule pour les financements des lobbys et grandes entreprises, ou l’annonce d’une possible candidature du milliardaire Michael Bloomberg aux primaires démocrates, afin de faire barrage à ce programme de redistribution des richesses.




C’est dans ce cadre que Bill Gates a interpellé la candidate en affirmant qu’il a déjà payé plus d’impôts que quiconque (10 milliards de dollars, pour une fortune dix fois supérieure), et en lui demandant combien il lui restera. Elizabeth Warren a répondu très finement qu’elle était prête à échanger avec lui pour lui expliquer combien il paierait (environ 6 milliards) et a mis en ligne un outil de calcul de l’ISF pour les milliardaires avec une ligne spécifique pour l’ancien patron de Microsoft. Ce faisant, il me semble que la sénatrice parvient à véritablement incarner les 99% face aux 1%, ce que n’avaient plus fait les démocrates depuis longtemps, un positionnement probablement redoutable face à Trump.



Bien sûr, mon jugement est potentiellement hâtif, particulièrement vu de France, mais la tournure prise par la campagne des primaires me semble extrêmement favorable pour Elizabeth Warren, qui incarne vraiment les intérêts du peuple contre ceux des milliardaires, un positionnement, qui, en plus d’être crédible et légitime vu son parcours, pourrait être logiquement dévastateur pour Trump.

6 commentaires:

  1. Une donnée interressante à suivre sera l'impact de la pseudo-candidature de Bloomberg sur les collectes de fond de Warren et Biden.

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  2. " De facto, le protectionnisme restera un marqueur du mandat de Trump"

    Oui, de plus en plus d'agriculteurs US mettent la clé sous la porte, une vraie réussite...

    https://www.lesechos.fr/2018/04/lagriculture-americaine-principale-victime-de-la-politique-de-trump-988143

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    1. La situation de l"agriculture française est catastrophique, on s'y suicide à tour de bras et ce n'est pas la faute des méchants protectionnistes.

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    2. Et le protectionnisme produira encore plus de suicides... Vous êtes comme l'ivrogne qui cherche ses clés sous le lampadaire.

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    3. Héhé hé... Bingo ! Salut Dutroll, c'était moi antitroll. Ravi de pouvoir te rappeler que t'es une brèle en économie et que tu ne manques jamais une occasion de le prouver. Alors, devine donc ce que tu peux faire de tes prophéties charlatanesques ? Quelques agriculteurs américains ont peur d'être sacrifiés sur l'autel du protectionnisme. Et alors ? des millions d'agriculteurs dans le monde ont déjà été sacrifiés sur l'autel du libre-échange. Les nôtres manifestent au quotidien contre les effets d'une mondialisation insuffisamment régulée (le CETA, tout récemment...).

      Avec toi, quand les choses vont mal en régime protectionniste, c'est la faute du protectionnisme. Quand les choses vont mal en régime de libre-échange, c'est encore une preuve de la malfaisance du protectionnisme... Tu ne cherches pas tes clés sous le lampadaire, parce que tu ne trouverais pas un lampadaire sous tes clés. Et tu as moins d'excuses que l'ivrogne dont tu parles, puisque lui a au moins pour lui d'être bourré.

      Les effets pervers du libre-échange imposé à marche forcée sur l'agriculture sont connus et documentés dans la littérature spécialisée (par exemple : https://monthlyreview.org/2009/07/01/free-trade-in-agriculture-a-bad-idea-whose-time-is-done/). Cela ne signifie pas que la politique de Trump est bonne. Mais que sa politique soit à critiquer n'implique pas que la politique exactement contraire déboucherait sur des conséquences plus favorables.

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  3. @ Pierre

    Je crois que les démocrates font fausse route avec un candidat de type Biden / Clinton / Bloomberg, défendu par une bonne partie des élites. Ce faisant, ils se positionnent en parti des 1% et c’est comme cela qu’ils ont perdu face à un candidat aux innombrables limites comme Trump qui a su apparaître comme plus proche des 99% par le rejet qui était exprimé par la majorité des élites politico-médiatiques. Bloomberg ne ferait que divisait le camp de l’établissement, qui n’a plus le vent en poupe (le boulet Sanders n’était pas passé si loin en 2016). Mais surtout, dans une configuration Warren / Trump, c’est Warren qui reprendrait à Trump la représentation des 99%. Elle sera mille fois plus légitime que lui, d’autant plus que les milliardaires commencent à se rebeller. Et là, elle me semble avoir potentiellement un boulevard.

    @ Anonyme 10h04 & 11h15

    Comme je le dis depuis longtemps, le protectionnisme de Trump est en carton pâte, comme le montre le graphique inclus sur le déficit commercial, qui continue à légèrement augmenté… C’est pour cela que les agriculteurs US mettent la clé sous la porte. Un protectionnisme agricole les aiderait.

    Je ne crois pas que le protectionnisme agricole japonais ou coréen (jusqu’à 300% de droits de douane sur le riz) produise beaucoup de suicides d’agriculteurs dans ces pays. Au contraire. C’est en protégeant notre marché, en assurant des prix qui permettent de vivre de son métier qu’on évitera ces suicides.

    @ Anonyme 13h12

    Merci

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