samedi 3 octobre 2026

Dette : pas un problème si nous monétisions

Avec un taux des bons du Trésor à 10 ans qui frôle les 5%, voilà un discours qui va sembler totalement extravagant, alors que la machine de guerre médiatique austéritaire est en marche et écrase tout sur son passage. Néanmoins, non seulement la situation financière de la France ne serait pas si préoccupante si nous pouvions monétiser à notre guise, et le choix des banques centrales de la zone euro de réduire la monétisation est largement à la source de la crise actuelle.


Cause et solution de la crise actuelle
Bien sûr, il est clair que l’envolée actuelle des taux d’intérêt peut poser un grave problème. Et ces problèmes pourraient être exponentiels dans le temps. Tout le monde peut comprendre qu’avec environ 3600 milliards de dettes publiques aujourd’hui, et des intérêts qui se montent en 2026 à 73 milliards (10 de plus qu’en 2025), le pire est à venir. Car 5% de 3600 milliards d’euros, c’est 180 milliards. Nous sommes encore en partie protégés par le fait que nous avons emprunté à taux très bas pendant longtemps, mais avec une maturité moyenne de la dette à 8 ans, le remplacement d’une dette qui ne nous coûtait pas grand-chose par une dette qui nous coûte 5% pourrait nous coûter très cher.

D’ailleurs, le besoin de financement pour 2027 est estimé à 340 milliards, pour un déficit autour de 150 milliards (5% du PIB), près de 200 milliards servant à refinancer des dettes venues à échéance. Pire, avec les déficits que l’on peut prévoir pour les cinq prochaines années, notre dette publique devrait naviguer au-delà des 4000 milliards après 2030, et donc, potentiellement, générer plus de 200 milliards d’intérêts à payer… Mais comment la France pourrait parvenir à trouver plus de 100 milliards de plus à verser à nos créditeurs sans finir par détruire des services publics déjà à l’os, ou continuer à couper des dépenses sociales déjà rabotées tant de fois dans le passé ?

Première contestation à mener : la raison de l’envolée des taux. On pourrait croire à un simple mouvement d’humeur des marchés sanctionnant notre pays, comme cela a toujours existé. Mais c’est plus compliqué. En effet, depuis 2023, après avoir monétisé, chacune dans son pays, une proportion importante de la dette publique (jusqu’à plus d’un quart de la dette publique de la France), les banques centrales de la zone euro ont décidé de ne plus remplacer les titres échus, réduisant l’encours de la dette publique qu’elles détiennent. Bref, non seulement les banques centrales ne soutiennent plus l’économie, mais elles sont alors passées dans une position où elles poussent les taux à la hausse.

En effet, en baissant leur stock de dettes publiques, elles contribuent à réduire la demande de ces titres : elles n’achètent plus l’équivalent de ce qui venait à échéance. Une réduction de la demande provoque mécaniquement une augmentation des taux d’intérêts, de même que l’achat de titres de dettes publiques, en augmentant la demande, poussait les taux d’intérêts à la baisse. Depuis 2023, la BCE et ses satellites nationaux portent une lourde part de responsabilité dans la hausse des taux d’intérêt, qui plombe les finances publiques, et pèse sur nos économies, puisque l’argent coûte plus cher. Malheureusement, c’est un point trop peu débattu : les banquiers centraux portent une lourde part de responsabilité dans la tension actuelle. A minima, les stocks de dettes publiques auraient dû rester stables. Nos politiques monétaires ne sont pas neutres aujourd’hui : les banquiers centraux jouent contre leurs propres Etats ! 

Mieux, dans le contexte budgétaire actuel, ce n’est pas une position neutre que devraient avoir les banques centrales, c’est une position de soutien. En effet, le Japon de Shinzo Abe, en 2012, avec 250% du PIB de dettes publiques et 8% de déficit budgétaire, s’est lancé dans un programme massif de monétisation de la dette publique (entre 10 à 15% du PIB par an), qui a permis de monétiser plus de la moitié de la dette du pays ! Bien sûr, le pays souffrait de déflation, contexte qui rend la monétisation moins problématique. Mais le rebond inflationniste en France reste limité et temporaire. Avec des ordres de grandeur plus limité, la Banque de France pourrait grandement soulager la pression des marchés financiers sur Bercy, et nous. Mieux, une partie des intérêts revient à la France, puisqu’ils sont payés à la Banque de France.

5% du PIB de monétisation supplémentaire, montant que j’avais évoqué en 2012 pour la France, ce serait 150 milliards de dettes monétisées par la Banque de France, plus de 40% de notre besoin de financement annuel. Autant dire qu’un tel montant devrait renvoyer les taux d’intérêts fortement à la baisse, d’autant plus que cela reviendrait à stabiliser, en montant, le stock de dettes détenues par les institutions financières, puisque c’est le montant actuel des déficits. Mieux, au regard de l’expérience du Japon, nous pourrions choisir un rythme un peu plus ambitieux s’il était utile de réduire plus encore les taux. Nos dirigeants devraient pouvoir faire le choix d’ajuster la politique monétaire et non subir les choix délirants de ces technocrates qui passent la corde des marchés sur nos cous.

Mais même si LFI veut tenter de changer notre politique monétaire en restant dans l’euro, je persiste à croire que la seule solution réaliste, c’est de passer par une sortie de l’euro, et de l’UE, comme le soutient aussi Frédéric Lordon. Mais il est frappant de constater ce coût de l’euro pour les Français : l’explosion des taux d’intérêts et du service de la dette, dont les technocrates qui nous gouvernent nous avaient protégés, pour se sauver. Maintenant, c’est pour nous sauver qu’il faut les renverser, et renverser l’euro.

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