Le sujet de la dette n’a pas fini d’animer la campagne politique à venir. Jean-Luc Mélenchon a fait parler de lui en plein creux estival en proposant de prendre les titres de dette détenus par la Banque de France et « les foutre au feu », suscitant une réaction horrifiée de bien des commentateurs. S’il n’a pas complètement tort sur le principe, ce qu’il propose semble complètement irréalisable dans l’euro…
Nous n’avons plus le contrôle de la monétisation
Le Figaro a mobilisé un « expert » venu de Rexecode, Olivier Redoulès, qui annonce les sept plaies d’Égypte d’une manière bien excessive. D’abord, il annonce un retour de l’inflation du fait de la création d’argent provoqué par l’annulation de la dette. C’est parfaitement contestable : l’argent a été créé par la banque centrale pour racheter la dette publique dans un premier temps. Il n’y aurait pas de création supplémentaire à faire pour annuler cette dette. La planche à billets a déjà tourné, et l’expérience européenne, et japonaise plus encore, montre qu’il est possible de la faire tourner de manière raisonnée sans effet délétère sur l’inflation. Ensuite, Le Figaro avance la possibilité d’une perte d’argent pour les Français à travers les bons du Trésor, mais cela ne correspond en rien à l’idée évoquée par Jean-Luc Mélenchon. Le chef de LFI n’évoque pas ici une rupture brutale avec les contrats qui lient la France à nos créanciers, mais seulement une annulation de la dette publique directement détenue par notre banque centrale.
Mais il y a un point où Le Figaro a raison, c’est la contradiction complète avec nos engagements au sein de l’UE et l’euro. La Banque de France est, malheureusement, indépendante, et nul doute qu’elle s’opposerait à toute immixtion de Jean-Luc Mélenchon dans la politique monétaire, même s’il était élu président de la République… Et même en supposant qu’il parviendrait à reprendre le contrôle de la Banque de France (ce qui me semble très peu probable), alors, ce seraient nos partenaires de l’euro qui pourraient refuser un tel choix, contraire aux traités et aux politiques menées par la BCE. Pire, les institutions européennes ont montré dans le passé, notamment avec la Grèce, qu’elles ont les moyens de faire pression en coupant le refinancement européen des banques par exemple. Bref, la stratégie de désobéissance et de rapport de force, théorisée par LFI me semble bien courte, sans plan B (contrairement à 2012) et en proclamant vouloir éviter un Frexit et une sortie brutale de l’Union. Cela ressemble trop à du Tsipras…
Bien sûr, la France est, avec l’Allemagne, le pays le plus important pour l’UE et l’euro. Mais je ne vois pas comment réorienter suffisamment la politique de l’UE dans le bon sens en y restant. Déjà, simplement par le fait de rester dans l’UE (qui négocie les traités commerciaux et gère le marché unique), les effets nuisibles sont considérables. L’euro y ajoute des effets délétères supplémentaires (rigidité absurde des changes entre des pays si différents, politique monétaire biaisée dans un sens austéritaire). Problème : l’UE ne voudra pas abandonner les pouvoirs qu’elle a gagnés. Et tous les pays qui profitent le plus de l’UE (Allemagne, pays de l’Est, parasites fiscaux) freineront des quatre fers sur tout changement. Nous sommes structurellement en minorité et aucun rapport de force ne nous permettra de remettre l’UE dans le bon sens. Mélenchon se trouverait forcément face au choix d’une rupture complète (sortie de l’UE et de l’euro). Et sans mandat pour le faire, ni même la volonté d’aller au bout, il finirait comme Tsipras.
Bien sûr, la proposition de Jean-Luc Mélenchon est assez baroque. Mais sur le fond, les bons du Trésor de la France que détient la Banque de France ont un caractère assez artificiel : ils sont à la fois à l’actif et au passif de la France et nous nous versons des intérêts à nous même. Leur annulation n’aurait sans doute guère de conséquence. En revanche, je persiste à penser que cela n’est pas faisable dans le cadre de l’UE et de l’euro. La seule solution pour véritablement changer de politique, c’est le Frexit.

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