Pour une fois, le Conseil Constitutionnel a fait un bon choix en bloquant la loi d’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Mais il est troublant que cet été, en pleine canicule, et en pleine Coupe du Monde de football, tant d’initiatives visant à restreindre la liberté d’expression aient abouti, comme si leurs auteurs voulaient limiter la possibilité d’en débattre. Une pente autoritaire préoccupante.
Entre ministère de la vérité et censure organisée
Ce bloc dit central n’a rien de modéré, centriste ou libéral sur la liberté d’expression. Année après année, il agit contre le pluralisme et la liberté d’expression. Là encore, Macron a accéléré la mauvaise pente prise par ses deux prédécesseurs, Sarkozy à Hollande, dont il amplifie tant de mauvaises orientations et décisions. Ils ont fait de l’élection présidentielle une élection de plus en plus verrouillée (limitant les parrainages et le temps de parole des petits candidats). De plus en plus de lois permettent de sanctionner la parole, alors même que des crimes semblent parfois insuffisamment sanctionnés. Les médias sont de plus en plus verrouillés, entre un service prétendument public qui roule clairement pour l’aile gauche du bloc central, et des médias privés de plus en plus alignés avec les idées de ceux qui les milliardaires qui les possèdent. Ce mois de juillet a donc vu des initiatives multiples pour limiter la liberté d’expression.
Un tel calendrier est extraordinairement suspect, et laisse à penser que les commanditaires de ces projets voulaient éviter un questionnement trop fort. Il faut dire qu’entre des médias en mode programmes d’été et une actualité lourdement occupée par la canicule et la coupe du monde de football, il n’y avait pas beaucoup de temps pour organiser des débats approfondis sur de tels sujets, qui mériteraient pourtant une attention bien plus importante. La principale mesure concrète est l’interdiction des réseaux sociaux pour les jeunes. En juillet, le vote de la loi a été soutenu par la publication d’un rapport de l’UE sur le sujet. Encore une fois, le monstre institutionnel européen me semble outrepasser les traités en se mêlant de tels sujets, qui dépassent son mandat. Ironiquement, le texte français, censuré depuis, n’était pas aligné avec le droit européen, dans une nouvelle démonstration de l’amateurisme de l’équipe au pouvoir…
En effet, le Conseil Constitutionnel, pourtant si complaisant avec le pouvoir en place, a fini par censurer le texte voté au Parlement. Les modalités d’application posaient de nombreux problèmes. Malheureusement, ce n’est pas le seul aspect de l’offensive autoritaire initiée par la macronie. Aurore Bergé a ainsi présenté le 9 juillet un nouveau projet de loi pour « lutter contre le racisme et l’antisémitisme ». Par principe, je suis très circonspect à l’égard des sanctions pour des propos tenus, comme ils ne représentent pas une incitation à la violence. Sanctionner la parole est pour moi une attitude autoritaire, une forme de police de la pensée. Si certains tiennent des propos absurdes ou offensants, c’est leur crédibilité qui est affaiblie. C’est pour cela que je passe outre certains commentaires sur les réseaux ou le blog depuis près de 20 ans. Je suis d’accord avec Mathieu Bock-Côté pour voir dans ce énième projet, dont l’utilité est plus que contestable, un nouveau pas vers un ministère de la vérité et une pente autoritaire préoccupante.
Mais le ponpon est peut-être le rapport du Sénat, unissant macronie, PS et LR, sur les « zones grises de l’information », qui semble vouloir mettre en musique l’obsession illibérale du président sortant contre ce qu’il appelle la désinformation. On pourrait arguer que de la part d’un exécutif qui a menti sur l’utilité des masques, menti sur les incidents au Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions et qui manipule les statistiques d’une manière éhontée, s’aventurer sur ce terrain ne devrait pas être possible. L’invention du concept d’ingérence intérieure par le sénateur macroniste a déclenché une juste polémique. La volonté de mettre en place un « observatoire indépendant de la désinformation (…) chargé d’inciter les plateformes à modifier leurs algorithmes ou à invisibiliser un utilisateur fautif » pose problème. Quelle indépendance de la part de structures, qui, dans le passé, était liées au Monde, journal d’opinion s’il en est, aussi politiquement correct soit-il ? Et qualifier un récit manipulatoire parce qu’il est repris par des comptes sans photos ou récents est une très mauvaise idée : ils peuvent reprendre des faits qui les servent. Il est absurde de sanctionner ceux qui rapportent des faits réels du fait de ceux qui les reprennent ?
Merci à Camille Adam de conclure en disant « souhaiter en tant que citoyen avoir le droit de pouvoir débattre avec vous plutôt que de voir votre contenu retiré par l’Arcom ». Mais ce qui est frappant, c’est à quel point le bloc central n’est pas le camp de liberté. Il est celui de l’autoritarisme, du refus du débat, du travestissement constant de la réalité, et d’une tentative permanente de restreindre les libertés individuelles.


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