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dimanche 25 septembre 2011

Jacques Sapir, économiste alternatif


Après avoir lu beaucoup de livres de penseurs alternatifs, Jacques Sapir était le dernier grand intellectuel que je voulais étudier. « Le nouveau 21ème siècle », écrit avant le déclenchement de la crise économique, est un ouvrage de référence sur l’économie et l’idée nationale.


Retour sur la crise de 1997-1999


C’est un point commun de Jacques Sapir avec les deux prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman que de donner une importance particulière à la crise qui a secoué les pays émergents à la fin des années 90. Pour lui, contre pour eux, cette crise est la conséquence d’une déréglementation excessive, notamment sur le plan financier et monétaire et elle démontre, 10 ans avant la crise des subprimes, les immenses dangers de la globalisation néolibérale.


Les solutions politiques de Joseph Stiglitz


L’un des intérêts majeurs du livre de Joseph Stiglitz est, outre son analyse pertinente des dérives du néolibéralisme, de proposer des solutions pour encadrer la mondialisation, lui donner enfin un visage humain et faire en sorte qu’elle profite à tous, et notamment aux plus pauvres.


Avant de développer plus avant les propositions de l’auteur, je crois qu’il est important de montrer à quel point Joseph Stiglitz a bien compris le fonctionnement actuel de l’économie. Alors qu’il a écrit son livre en 2002, il annonce la crise des subprimes qui s’est déclenchée cinq ans après et en explique le mécanisme : « lorsque les prix de l’immobilier montent, les banques estiment qu’elles peuvent prêter davantage, puisqu’elles ont les immeubles comme gages. (…) Les promoteurs immobiliers voient des profits rapides à faire en construisant de nouveaux bâtiments – jusqu’au moment où il y en a trop. Alors, les promoteurs ne parviennent plus à louer leurs mètres carrés, ils ne peuvent pas rembourser leurs emprunts, et la bulle éclate ». Il montre également le phénomène pervers que créé le soutien aux fonds en cas de crise : « ceux-ci font donc l’hypothèse qu’il y aura, le cas échéant, une opération de sauvetage, et sont donc moins incités à examiner de près si les emprunteurs pourront rembourser », ce qu’il appelle « l’aléa moral ».


L’analyse politique de Joseph Stiglitz


En fait, Joseph Stiglitz, bien qu’économiste et technicien, dresse finalement un constat très politique des erreurs du FMI. Il dénonce une vision trop abstraite et théorique de l’économie, à laquelle il oppose une vision plus humaine et pragmatique, à l’écoute des peuples.


Si l’auteur dénonce leur dogmatisme, il réfute de mauvaises intentions : « le FMI n’a jamais voulu nuire aux pauvres, il pensait que la politique qu’il préconisait leur serait en définitive profitable ». Il soutient cependant que la trop grande proximité des décideurs (FMI, banquiers, mais aussi ministres) avec la communauté financière, où certains ont travaillé, créé une trop grande uniformité de vue, et un dogmatisme qui s’expliquent aussi par la bulle dans laquelle ils vivent. Ce dogmatisme fait que « le FMI confond les fins et les moyens », que « libéraliser le système financier (devient) une fin en soi ». Et son expérience lui permet de montrer par de nombreux exemples comment le FMI se comporte de manière quasi-coloniale avec les pays qu’il aide, ne souffrant aucune remise en question ou adaptation de ses préconisations.


Joseph Stiglitz critique les excès du néolibéralisme


Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, ancien conseiller de Clinton, a démissionné en 1999 de son poste d’économiste en chef de la Banque Mondiale pour entamer une croisade contre le « consensus de Washington ». « La grande désillusion », parue en 2002, est un de ses ouvrages majeurs.


Là encore, le point intéressant avec Joseph Stiglitz est que son analyse n’est pas inspirée par une opposition au capitalisme, bien au contraire. S’il soutient qu’ « aujourd’hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale », il affirme également que « en soi, la mondialisation n’est ni bonne, ni mauvaise. Elle a le pouvoir de faire énormément de bien. (…) ». Et s’il affirme que « pour bien des gens, elle s’apparente plutôt à un désastre absolu », il souligne également « que la mondialisation peut être une force bénéfique : celle des idées démocratiques (…). La mondialisation a aidé des centaines de millions de personnes à améliorer leur niveau de vie au-delà de ce qu’eux-mêmes auraient cru imaginables ».