Après avoir
étudié les
raisons qui justifient une réforme de la finance, puis les
principes de cette réforme et enfin le
contenu qu’elle pourrait prendre, il est essentiel de se poser la question de
comment mener cette réforme. Est-il possible de la mettre en place en France
seulement ? Faut-il passer par l’Europe ? Quelles sont les mesures
essentielles pour la rendre possible ?
Première
étape : la démondialisation financière
La première
condition à toute réforme est de sortir du système financier mondialisé car il
est illusoire de vouloir changer les règles qui régissent le système financier
en restant intégré au système actuel. Comme
je l’avais précisé dans le papier sur les principes d’une telle réforme, il
convient de re-compartimenter la cale mondiale avec des cloisons étanches. Cela
suppose donc un retour au contrôle des changes car l’anarchie dans les
mouvements de capitaux est un puissant obstacle à la réforme. Si la France
mettait en place les réformes vues hier en conservant la liberté de circulation
des capitaux, les capitaux fuiraient hors de France (c’est ce qui a fait échoué
la taxe Tobin en Suède).
C’est
d’ailleurs ce qu’ils font largement aujourd’hui en Europe où Londres, la Suisse
ou le Luxembourg attirent une grosse partie des capitaux français, allemands,
italiens ou espagnols en recherche d’une fiscalité plus clémente, agissant
comme des parasites fiscaux, comme
l’explique The Economist. Mieux,
la liberté de circulation des capitaux est gravée dans le marbre des traités
non seulement pour l’UE, mais aussi à l’extérieur et ne peut être réformée qu’à
l’unanimité de ses membres, formant un verrou extrêmement solide pour imposer
définitivement la mondialisation financière.
Pourtant, la
crise de 2008 démontre l’intérêt d’instaurer des cloisons étanches entre les
marchés financiers. Si nous étions moins connectés avec les Etats-Unis, alors
nous aurions été protégés de la crise des subprimes. Car ce que les
partisans d’une mondialisation anarchique oublient de dire, c’est que quand on
mondialise, on mondialise aussi les crises. Et les pays moins intégrés aux
marchés financiers internationaux (comme la Chine) se sont en partie protégés
de la crise. Mieux vaut donc conserver des marchés financiers beaucoup plus
indépendants les uns des autres.
L’Europe :
obstacle ou aide ?