lundi 15 avril 2013

Monsanto achète-t-il nos gouvernants ?


Monsanto est une entreprise particulièrement performante en matière d’influence des législations, comme je le soulignais déjà en 2008. Après l’interminable feuilleton du MON 810 en Europe, une nouvelle loi passée aux Etats-Unis créé une grosse polémique, comme le rapporte le Monde.

Le « Monsanto Protection Act »

Ainsi que le rapporte le quotidien, « c’est un amendement discret glissé dans une loi budgétaire pour l’agriculture aux Etats-Unis (…) : la justice américaine ne pourra plus s’opposer aux mises en culture de plantes génétiquement modifiées, même si leur homologation est contestée devant un tribunal. Une disposition perçue comme un cadeau aux géants de l’agrochimie, Monsanto en tête ». De nombreuses associations ont protesté et soupçonnent un élu républicain du Missouri d’avoir poussé cet amendement, dénoncé par plusieurs élus démocrates.



Ce nouvel épisode pose d’autant plus problème que Monsanto a démontré une capacité assez incroyable à influencer les législations de nos pays. L’exemple le plus choquant est bien sûr la saga abracadabrantesque de la commercialisation du MON 810 en Europe. En 2009, la Commission avait tenté d’interdire l’interdiction de sa culture aux Etats membres en passant par une procédure de majorité inversée (où seule une majorité des deux tiers des Etats peut la bloquer) mais elle avait perdu.

Malgré tout, l’UE continue à pousser ses intérêts puisque c’est la Cour de Justice, qui, depuis 2011, essaie de faire passer par la fenêtre ce qui avait été refusé. Un vrai scandale démocratique ! Il est révoltant de constater que les institutions européennes permettent à une telle multinationale de passer outre l’avis d’une immense majorité de dirigeants démocratiquement élus, d’autant plus que l’histoire de Monsanto est jonchée d’épisodes très troublants, comme le rapporte ce papier du Monde.

Reprendre le contrôle de notre alimentation

Le récent scandale de la viande de cheval, substituée à de la viande de bœuf montre que la course aux profits peut avoir des conséquences problématiques. Et cette course effrénée à la rentabilité peut entrainer des catastrophes sanitaires, comme on a pu le voir avec le scandale de la vache folle, dont l’origine, il faut le rappeler, était de fournir des sources de protéine à bas coûts pour les élevages bovins, quitte à rendre des herbivores carnivores, et même cannibales.

La mondialisation et le progrès technique peuvent naturellement être source de progrès pour l’humanité, trop d’exemples nous montrent que les deux peuvent, au nom du profit à court terme, être utilisés pour servir des intérêts particuliers au mépris de l’intérêt général. Et l’historique de Monsanto permet de douter du mode de fonctionnement de la multinationale. Pire, entre temps, elle est devenue beaucoup plus puissante puisque depuis 2003 son CA est passé de 5 à 13,5 milliards de dollars, et surtout, ses profits ont été multiplié par 20, passant de 0,1 à 2 milliards de dollars.

Beaucoup d’autres problèmes se posent à l’avenir, par-delà même les questions sur les farines animales ou les normes étasuniennes laxistes. Le système Monsanto consiste également à bloquer les agriculteurs dans un un système semence + désherbant plus lucratif, où les agriculteurs ne peuvent plus utiliser une partie de leur récolte pour les semis de l’année suivante. Avec le temps, nous devons nous poser la question de la tendance à la privatisation du vivant par ces entreprises.

L’histoire nous montre que si l’initiative privée peut apporter des bénéfices, la cupidité peut produire des horreurs. Dans le domaine alimentaire, l’état doit donc veiller à défendre l’intérêt général et se lever contre les visées cupides de certaines entreprises, qui peuvent parfois passer outre notre santé.

Vous pouvez signer cette pétition contre la privatisation du vivant 

9 commentaires:

  1. Signé ; mais les fautifs ne sont pas les entreprises qui s’engouffrent dans toutes les failles mais ceux qui font les lois ou se font acheter et qui sont des criminels dans le sens français du terme

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  2. Voir aussi la loi scelerate du 8/12/2011 bien française sur le site kokopelli par exemple

    https://kokopelli-semences.fr/juridique/loi_scelerate

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  3. Juste une petite pointe de "conspirationisme":
    Monsanto était une des entreprises qui ont financé le projet "Manhattan" (bombe atomique américaine) dès le début et qui a toujours été dans le mouvement de la gouvernance mondialiste, donc proche des Rockefeller.

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  4. Il y a un moyen très simple de nous soustraire à l'emprise des grands groupes qui, tels Monsanto, exercent ses pressions sur l'UE et in fine sur les peuples et les gouvernements d'apparat. C'est de quitter l'UE et non simplement sa forme juridique.
    Jusqu'à quelle profondeur faudra-t-il que nous descendions pour que cette solution s'impose à vous, Mr Pinsolle? Où se place votre curseur pour prôner une telle solution?

    Le gars Huzac

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    1. Leurs pressions et non ses pressions

      Le Gars Huzac

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  5. Il y a un truc bizarre dans l'UE, non seulement certains contenus des chaines publiques françaises ne sont pas accessibles via internet dans un autre pays de l'UE pour raison de propriété intellectuelle, mais c'est aussi le cas de la VOD.

    Même si on est prêt à payer une VOD française, il est impossible de le faire d'Allemagne, seuls la France et les DOM TOM sont concernés, drôle d'idée de la libre circulation des marchandises et de la promotion du français à l'étranger, perte de ventes aussi pour les films français qui auraient pu mieux s'exporter via la VOD.

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  6. @ Patrice

    Co-responsabilité. Une entreprise peut aussi se comporter de manière éthique. Mais les politiques qui cèdent à certains lobbys ont un comportement révoltant. J’avais déjà parlé du problème des semences.

    @ Cliquet

    Il paraît…

    @ Le Gars Huzac

    Ce n’est pas une question de curseur. Cela fait 21 ans que je suis révolté par les politiques européennes. La différence entre nous, c’est que je crois qu’il faut une autre Europe, une Europe des coopérations à la carte, où les Etats sont pleinement souverains. C’est pour cela que la seule urgence pour moi est de sortir à 100% de l’ordre juridique européen, ce qui est l’essentiel.

    @ Olaf

    Merci pour l’information.

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    1. Bien sûr que si, ça peut être une question de curseur. Quelle que soit notre idéal, notre parti politique favori, nous avons tous nos propres limites qui rendent inacceptable une action faite au nom de cet idéal ou de ce parti.

      Si tant de Français ont rejoint De Gaulle au-delà de leurs divergences, c'est parce que l'endroit où ils avaient placé leur curseur a été dépassé et qu'ils ont alors franchi le pas des différences politiques en réaction à ce qu'il considéraient comme inacceptable.

      Le fait que cela fasse 21 ans que vous meniez un combat ne change rien à l'affaire. Dites moi plutôt que vous ne voulez pas répondre à ma question ;)


      Le gars Huzac

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  7. Je vous remercie pour votre blog.

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