dimanche 5 février 2017

Quand David Desgouilles conte les dérapages de nos sociétés

Je connais David depuis près de dix ans, et, outre un sens du débat parfois provoquant, j’avais toujours noté son caractère profondément littéraire. J’étais curieux de lire « Dérapage », interrompant mes lectures d’essais politiques et économiques. Et je n’ai pas été déçu, dévorant le livre en une poignée de jours tant j’ai été pris par le réçit, dont le caractère haletant n’est pas une vaine promesse.


Vrais divertissement et réflexion 
Il y a quelque chose de presque étrange à lire le roman d’une personne avec qui on échange principalement sur la politique, un vrai changement de registre, car « Dérapage », s’il s’agit d’une politique-fiction qui fait réfléchir, est bien, en premier lieu, un roman. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que David en a écrit un très bon, donnant remarquablement vie à ses personnages, sachant nous surprendre parfois et impulsant un rythme, qui, sans tomber dans la caricature trop mécanique de certaines productions étasuniennes, donne irrésistiblement envie de tourner les pages suivantes. Il en profite aussi pour dépeindre sa région, qu’il aime, et adresser quelques clins d’œil amicaux, œnologique et journalistiques.

« Dérapage » est construit autour de deux histoires : celle de Stéphane Letourneur, un journaliste un peu connu envoyé au pilori médiatique pour un dérapage, et celle de l’enlèvement de Nicolas Sarkozy par un commando libyen. Les dialogues intérieurs de l’ancien président de la République sont particulièrement réussis, aussi réalistes que piquants, mais sans jamais tomber dans un manichéisme outrancier qui aurait affaibli le propos. Mais outre le fait d’être bien mené, distrayant, et bien écrit, l’intérêt de ce livre vient aussi, naturellement, de la réflexion qu’il porte sur notre époque, dans bien des domaines.

Et le cœur de cette réflexion porte sur les travers de notre société médiatique, où tout va trop vite, où il faut toujours réagir dans l’instant, sans forcément prendre du recul sur l’importance réelle des choses auxquelles on réagit. « Dérapage » dénonce également le travers de ces réseaux sociaux qui poussent à des chasses contre des personnes pour des propos qui ne méritent pas une telle mobilisation, d’une violence souvent sous-estimée. Apparaît également une critique de la dictature du politiquement correct, une forme de police de la pensée, des dires et des écrits, souvent brandie par des personnes qui se présentent comme des défenseurs de la liberté et de la démocratie, mais qui ne semblent pas reculer devant grand-chose pour réduire l’espace des llibertés à un champ finalement très restreint.

« Dérapage » est également intéressant dans sa description très actuelle de la radicalisation d’un groupe et d’individus. Bien sûr, il y plusieurs chemins vers cette radicalisation, mais ceux décrits par David présentent également l’intérêt de les lier à une action extérieure mal réfléchie à une époque où nous payons sans doute et paieront sans doute malheureusement sans doute encore, les aventures pas désintéressées et profondément injustes en Afghanistan, Irak et Libye.

Bref, « Dérapage » est un livre que je recommande chaleureusement et je vais aller acheter tout de go « Le bruit de la douche » car il m’a fortement donné envie de lire le premier livre de David.


Source : « Dérapage », David Desgouilles, éditions du Rocher

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