vendredi 8 septembre 2017

Maduro, de Gaulle : le révoltant deux poids, deux mesures des Insoumis

Bien sûr, la réalité de la situation du Vénézuela est plus complexe que certains la présentent. Mais tout de même, quand Mélenchon dit d’une part « je n’ai pas l’intention de faire un coup d’Etat, je ne suis pas le Général de Gaulle » et qu’il concède tout juste à admettre les « faiblesses » de ses « amis » du Vénézuela, comment ne pas être pris de vertige par ce deux poids, deux mesures ?



Un curieux et inquiétant rapport à la démocratie

C’est sûr, la situation au Vénézuela est complexe, plus complexe que ce qu’en rapportent bien des médias. Je vous renvoie à des papiers que j’ai mis sur les réseaux sociaux cet été, de l’interview de l’ancien chef de cabinet de Nicolas Maduro dans le Monde, en passant par le papier de Romain Blachier. Le meilleur article que j’ai lu reste sans doute celui de Gaël Brustier, qui remet en perspective l’histoire du pays, rappelant que la force n’est pas seulement du côté du gouvernement, qu’il y a des milices très violentes également dans l’opposition et que l’Etat n’y est pas très solide. Même en soulignant la redistribution plus juste des recettes du pétrole, ils soulignent également que le pays va mal.

Bien sûr, les média insistent sur le Vénézuela avec les Insoumis, mais est-ce vraiment injuste ? Bien sûr, Chavez a fait de bonnes choses pour son pays : il a refusé l’ingérence étasunienne, mieux distribué la richesse et mis en place une vraie démocratie, pouvant le remettre en cause. Mais, comme je l’avais souligné en février 2014, avant la curée actuelle, le régime au pouvoir à Caracas n’est pas exempt de tout reproche. Sa gestion économique est aujourd’hui un profond échec du fait d’avoir joué à la cigale pendant la hausse des cours du pétrole et oublié le développement des autres secteurs de l’économie : cela se solde aujourd’hui par une hyperinflation, un appauvrissement accéléré, et des carences de toutes sortes. Le chavisme n’a pas sorti le pays de sa dépendance vis-à-vis de l’or noir.

Mais comme je le soulignais également en février 2014, le régime s’éloigne de plus en plus de la démocratie. Certes, l’opposition a pu gagner les législatives (au contraire d’une dictature, où la population a rarement la possibilité de pouvoir exprimer un tel choix), mais Nicolas Maduro a abusé maintes fois de ses pouvoirs pour neutraliser cette victoire, au point même de provoquer une faille dans son camp. Et la nouvelle assemblée qui a été « élue » pour la remplacer et écrire une nouvelle constitution éloigne plus encore le pays d’une vraie démocratie, pour devenir une forme de dictature.

Face à cela, Mélenchon s’est contenté de dire « nous ne perdrons pas notre temps à jeter des pierres à nos amis dont nous savons qu’ils ne sont pas parfaits puisque nous-même ne le sommes pas, et qu’il y a dans toutes ces expériences des moments lumineux et parfois des faiblesses », préférant cogner sur les Etats-Unis. Cette déclaration est extrêmement choquante à plusieurs titres. D’abord, qualifier le régime de Maduro d’amis pose sacrément problème étant donné le désastre économique, social et démocratique des dernières années. Ensuite, le terme « faiblesses » semble tout de même un peu faible. Enfin, si lui aussi n’est pas parfait comme l’est Maduro, il y a quand même du souci à se faire…

Adrien Quatennens, intéressant sur d’autres sujets, s’est contenté de dire « qu’entre le blanc et le noir, il y a toute une palette de gris ». Sauf que, pour être gris, il faut du blanc, et il est tout de même difficile à discerner aujourd’hui. Et quand on met en perspective la déclaration de Mélenchon en avril 2017 sur le coup d’Etat et le Général de Gaulle, difficile de ne pas être profondément choqué. LFI est plus dure avec le Général qu’avec Nicolas Maduro, ce qui est tout de même ridicule. Rappelons qu’en 7 mois, en 1958, le Général est élu deux fois par les parlementaires, qu’il gagne largement un référendum et des législatives, et qu’à la première défaite électorale, il quitta le pouvoir immédiatement.

L’effarante complaisance et le refus d’exprimer la moindre critique à l’égard de Maduro n’en deviennent que plus choquants et amènent, il faut bien le dire, à entretenir des doutes sur le caractère véritablement démocratique de Mélenchon. C’est une chose d’attaquer le Général de manière mesquine, c’en est une autre de refuser de dénoncer la dérive autoritaire d’amis qui ne devraient plus l’être. 

13 commentaires:

  1. Mélenchon semble ignorer que Maduro a participé au financement de la campagne de Trump.

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    1. http://www.slate.fr/story/144194/venezuela-finance-investiture-trump

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    2. 1/ pas Maduro en personne
      2/ participation au financement de l'investiture pas de la campagne
      3/ la belle affaire

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    3. Vous êtes un magistral crétin, bravo !

      Toutes mes félicitations, vous êtes digne des Darwin Awards.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Vous oubliez de préciser, "détail" qui a son importance, qu'à peine en fonction la nouvelle majorité élue à l'Assemblée, d'une courte tête n'a eu de cesse de proclamer le renversement de Maduro et donc l'anéantissement du processus bolivarien !
    Vous laissez planer un doute quant à la volonté du gouvernement de préserver la democratie : dans ces conditions c assez cocasse. Surtout lorsque l'on considère que 8 millions de Vénézuéliens viennent d'apporter leur soutien à Maduro à travers l'élection de l'assemblée constituante malgré les tentatives de pourrissement complètement antidémocratiques pour le coup de l'opposition.
    Par ailleurs un calendrier électoral est dûment fixé. Et malgré les épreuves endurées du fait des difficultés économiques et politiques. C dire à quel point le bolivarien à considérablement impacté l'existence du peuple d'en-bas.

    Alors dans ces conditions la position de la France Insoumise est justifiée et plutôt modérée.

    Quand à l'analyse que vous nous proposez ici elle souffre d'un biais idéologique sous-jacent mais palpable.

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  4. Ce 2 poids, 2 mesures au sujet de de Gaulle et la Venezuela de Maduro ne doit pas vous étonner en effet la gauche française a toujours eu du mal avec de Gaulle et il a fallu Mitterrand pour lui faire accepter les institutions de la Vè avec leur caractère de monarchie élective tempérée par un parlementarisme rationalisé mais un parlementarisme indispensable, n'en déplaise à Mélenchon. Ce que l'avocat et essayiste Jean-Philippe Immarigeon, et d'autres, essaient en vain de lui faire comprendre. De toutes les façons même des gaullistes n'aiment pas ou sont hostiles à l'idée que la Vè soit considérée comme une monarchie élective en tant que synthèse de notre tradition monarchique et royale et notre tradition républicaine.
    Quant au Venezuela outre les défauts et fautes du régime de Maduro je suis convaincu qu'il y a en cours une volonté de déstabiliser le régime par une guerre économique inavouée, souterraine. La violence politique et la centaine de morts qui en a résulté n'est pas le seul fait loin de là des seules forces policières et militaires du régime. Des groupes extrémistes à la solde de fractions de l'opposition sont aussi à l'oeuvre; pour toutes ces raisons je pense que Mélenchon n'a pas forcément tort de défendre un tant soit peu le régime Maduro successeur de Chavez qui a procédé à une redistribution sociale inacceptable pour l'oligarchie compradore du pays, un peu comme la nôtre. Le Venezuela c'est aussi un des pays où la rente pétrolière est un bienfait amis aussi une malédiction.

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  5. Mélenchon continue de se prendre pour ce qu'il n'est pas, qu'il n'a jamais été et qu'il ne sera jamais.
    Il balance tout fiérot une grande affirmation, puis rabat son caquet dans la phrase d'après, l'air de rien.
    Il en devient de plus en plus pathétique, et ça n'est pas fini.
    Entre lui et Macron, ils peuvent critiquer les soit disant politiques d'hier (pour Mélenchon, c'est quand même hallucinant...), ils vont réussir à faire encore pire. Quand on les voit et qu'on voit leurs disciples, ça fait doucement rire.

    L'interview de Mélenchouille avec Bourdin cette semaine était du grand n'importe quoi, totalement pathétique.
    Ce mec a vraiment de gros problèmes psy et d'ego, faudrait qu'il aille consulter.
    Mais le Huffington post a trouvé ça formidable, genre un duel de héros quoi (on a les héros qu'on mérite) :
    "Duel de fortes têtes. Jean-Luc Mélenchon a fait sa rentrée médiatique sur BFMTV ce mardi 5 septembre. Face au chef de file de la France insoumise qui organise une grande manifestation contre la réforme du code du travail le 23 septembre, le journaliste Jean-Jacques Bourdin, réputé pour ses relances cinglantes et ses questions pièges qui décontenancent ses invités politiques.
    Face à l'animateur de la matinale de RMC et de BFMTV, Jean-Luc Mélenchon n'a rien perdu de sa faconde, promettant une discussion qui "va crépiter". Joignant le geste à la parole, l'ancien candidat à la présidentielle s'est ingénié à imiter le style de son interlocuteur, multipliant les interjections et les questions factuelles."

    Rien que ça... ils font peur quand même non ?

    ***Jacko***

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  6. Je vous recommande cet extrait d'un discours de Mélenchon dans lequel il cite le général de Gaulle. Vous pourrez constater qu'il n'est pas l'anti-gaulliste primaire que vous décrivez.
    https://www.youtube.com/watch?v=nr9w3nkcSqY

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  7. @ Desmotscratie

    La constitution mise en place par Chavez prévoie que l’Assemblée peut faire organiser un référendum de destitution. L’opposition ne faisait rien d’illégal ici. Si Maduro avait été si sûr de lui et du soutien du peuple, il aurait laissé faire le référendum… Les conditions de la récente élection pour la constituante ne semblent pas avoir été pleinement démocratiques, dans bien des dimensions. Entre le nauffrage économique et la remise en cause grandissante de la démocratie (par des initiatives dont certaines ont même été contestées par certains chavistes), la position de la France Insoumise est révoltante.

    Sur le biais idéologique, il se trouve que je tiens un discours équilibré sur le Vénézuela, ayant plutôt défendu Chavez, en en soulignant les limites, seulement économiques à l’époque. C’est vous qui souffrez d’un biais idéologique en refusant toute critique, comme si on attaquait votre religion.

    @ Cording

    Bien sûr, il y a sans doute une volonté de déstabiliser le pouvoir au Vénézuela, mais Maduro, contrairement à Chavez, déconstruit la démocratie vénézuélienne. Et si la rente pétrolière a été bien partagée, l’économie est aussi à genoux et la population très appauvrie, du fait des carences de la politique économique menée depuis des années.

    @ Jacko

    Merci, je vais écouter

    @ Moi

    Je vais regarder, mais j’ai toujours sa déclaration de campagne au JT de TF1 en travers de la gorge, surtout pour quelqu’un qui défend sans guère de nuances Maduro.

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  8. C'est bien pour cela que je parlais de malédiction de la rente pétrolière d'une économie qui repose trop sur les revenus du pétrole et fait négliger le reste de l'économie productive de bien et de services autres. La redistribution des richesses doit être parallèle à leur accroissement.

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  9. Saint-Martin : « Dehors les blancs »

    Isabelle, Toulousaine de naissance, vit sur l'île antillaise de Saint-Martin depuis 25 ans. Cette médecin, qui séjourne actuellement en vacances à Toulouse, a habituellement, du fait de son métier, les nerfs solides. Mais depuis hier, elle est en panique totale et lance un appel au secours car elle craint pour la vie de son mari et de son fils qui sont, eux, sur l'ïle antillaise ravagée par l'ouragan Irma.

    "Mon mari et mon fils sont en danger de mort, comme une grande partie de la population. C'est la guerre civile là-bas. On commence à entendre parler dans les médias des pilleurs qui ont dévalisé les magasins après le passage de l'ouragan, mais on est bien loin de la réalité. Des bandes de voyous ont en effet dévalisé le bâtiment des douanes, qui a été très abimé et ont volé le stock d'armes qui s'y trouvait. Depuis jeudi soir, ils sillonnent l'île masqués et cagoulés et s'attaquent aux maisons encore debout dans lesquelles les habitants se sont réfugiés", raconte-t-elle, au bord des larmes.

    "Je les ai eu hier soir au téléphone, ils sont tétanisés de peur. Ca tire autour de notre maison dans laquelle ils sont barricadés avec six amis qui sont chez nous parce leur villa a été détruite, poursuit-elle. Ils ne peuvent pas sortir. Ils disent que les agresseurs circulent par bande de dix, sont sans foi ni loi et sont prêts à tirer pour récupérer de la nourriture ou de l'argent."

    Ses dires sont corroborés par les témoignages d'autres résidents de l'île, qui, sur les réseaux sociaux, racontent que ces gangs défoncent les portes des maisons et disent : "dehors les blancs".

    http://www.ladepeche.fr/article/2017/09/08/2641493-ouragan-irma-mari-fils-sont-danger-mort-est-guerre-civile.html

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