dimanche 15 octobre 2017

Le cauchemar étasunien, partie 1 : ce rêve qui n’est plus qu’un rêve


Dans la grande mythologie étasunienne, le pays de l’Oncle Sam serait le pays où quiconque, en travaillant et avec du talent, pourrait réussir, le pays qui permettrait à ceux qui le veulent et s’en donnent les moyens de réussir, bien plus que dans cette vieille Europe sclérosée et conservatrice. Sauf que dans la réalité, c’est absolument l’inverse, comme le reconnaissent même les défenseurs de son modèle.


L’ascenseur social bloqué par les inégalités

Le « rêve américain » n’est plus qu’un rêve, justement. Dans l’imaginaire collectif, les Etats-Unis sont le pays où tout serait possible, pour qui a du talent et travaille, un pays dont l’ADN serait la juste récompense de l’effort. Bien sûr, quelques stars du sport, du monde artistique ou du monde des affaires peuvent sembler le démontrer. Mais ici, quelques arbres cachent la forêt. Même The Economist reconnaît depuis des années que l’ascenseur social est largement bloqué outre-Atlantique, soulignant qu’il marche sensiblement mieux dans cette Europe continentale si étatiste, y compris en France. Car la réalité est là : notre pays offre davantage d’opportunités d’ascension sociale que les USA.



Pire encore, les chiffres des inégalités sont absolument effarants aux Etats-Unis : si les revenus réels moyens ont progressé de 17% de 1973 à 2012, ici, la moyenne est extrêmement trompeuse. Sur cette même période, les revenus des 99% les moins riches ont stagné, et ceux des 90% les moins riches ont baissé de 13%, au plus bas depuis 1965. Dans le même temps, les revenus du 1% le plus riche ont progressé de 187% quand ceux du 0,1% le plus riche se sont envolés de 381%. En outre, à rebours de ces évolutions, depuis les années 1970, les impôts sont devenus bien moins progressifs, les taux marginaux d’imposition étant passés de 70% sous Nixon à moins de 50% aujourd’hui.


Thomas Piketty et Joseph Stiglitz ont largement documenté et dénoncé cette explosion des inégalités. The Economist y apporte aussi sa contribution : il montrait l’explosion de la rémunération des grands patrons depuis la fin des années 1970, passée de 1,5 à près de 10 millions en 30 ans. Il rapportait aussi l’étude de trois économistes français, Xavier Gabaix, Augustin Landier et Julien Sauvagnat qui ont montré que le revenu médian est resté stable de 1970 à 2011, alors que le PIB étasunien a été multiplié par 3, démontrant que la croissance n’est pas parvenue à la grande majorité, alors que les salaires des patrons ont été multiplié par 12 et la valeur des entreprises par près de 5.


9 commentaires:

  1. Avec Macron, on y vient :
    http://piketty.blog.lemonde.fr/2017/10/12/budget-2018-la-jeunesse-sacrifiee/#xtor=RSS-32280322

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  2. Pour expliquer tout cela, il faut remonter 150 ans en arrière, mais comme tout le monde s'en fiche, aucun journaliste ne publie la-dessus. Des qu'on cherche un peu, on trouve vite que les Etats Unis sont entierement aux mains d'un petit groupe de financiers qui s'est perpétué depuis. Il suffit de lire Caroll Quigley mais comme nous sommes tous bouche-bée devant notre télé, nous continuons à croire que les saucissons poussent sur des arbres appelés saucissoniers...

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  3. https://www.mediapart.fr/journal/economie/141017/dette-la-sonnette-d-alarme-est-tiree?onglet=full

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  4. Une nuance à votre dernière phrase : il est "encore" bien plus facile de réussir en France que de l'autre côté de l'Atlantique; parce que Macron comme Obama va casser les classes moyennes.

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    1. Pour casser la classe moyenne, encore faudrait-il qu'il existe encore une classe moyenne à casser

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  5. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  6. "Car les règles du jeu seront fixées depuis le siège de Siemens, à Munich" :

    http://www.xerficanal-economie.com/emission/Mathias-Thepot-Ferroviaire-Alstom-Siemens-le-vrai-enjeu-strategique_3745096.html

    Dites-donc, Herblay, vous avez l'air tout content dans votre fil twitter du revirement (qu'y disent) de Marine Le Pen sur le Frexit.

    Ne pensez-vous pas :
    - qu'avec un meilleur score en mai (c'est à dire avec votre vote) il n'y aurait pas eu de revirement (s'il y a en effet revirement) ;
    - qu'il deviendra considérablement plus compliqué pour vous de promouvoir la sortie de l'euro si ni Dupont-Aignan (selon vous) ni le FN ne le font plus ?

    Que croyez-vous pouvoir faire, tout seul sur votre petit blog, alors que vous n'avez pas leurs notoriétés et que tous les médias y sont opposés ?

    En tout cas, je vous récapitule l'addition de votre choix de 2017 jusqu'ici :
    - plus d'Alstom ni de STX
    - plus de partis connus soutenant sortie de l'UE ou de l'euro (selon vous, car je ne sais pas ce qu'il en est)
    - le futur discours de Macron à Alger
    - un discours ouvertement européiste qui s'installe à la tête de l'Etat

    Cette addition ne peut que s'allonger, puisqu'à l'évidence Macron et ses soutiens sont prêts à tout pour empêcher tout retour en arrière.

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    1. Si vous voulez sortir de l'UE, de l'Euro et de l'OTAN il y a un parti qui n'a jamais varié là-dessus, l'UPR. Et du coup Laurent n'est pas tout seul sur son petit blog.

      Asselineau a toujours dit qu'on ne pouvait pas faire confiance à NDA et MLP. Ils se sont couchés comme prévu aux coups de sifflets de leur maîtres, qui après la victoire du Brexit outre-Manche ont pris peur, et ne veulent plus aucun débat sur le sujet.

      Ivan

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  7. @ Anonyme 8h46 et 16h34

    Bien d’accord

    @ Anonyme 13h55

    Content, non. Je constate. Notez que je n’ai pas (encore) fait de commentaire sur ce sujet. J’y viendrai plus tard. Merci de sembler me prêter une influence qui aurait permis de changer significativement le score du second tour, mais je crois que vous me surestimez quelque peu. Il aurait au moins fallu qu’elle fasse 40 ou 45% pour se voir confirmée dans sa stratégie. Mais je crois que sa prestation au débat ne le permettait pas, quel que soit ma position.

    On verra sur la sortie de l’UE et de l’euro. Peut-être que libérées du poids du FN, ces idées pourraient enfin se développer. En tout cas, la proximité du FN ne leur a pas permis d’aller très loin, malheureusement.

    Je vous rappelle qu’il y avait 10 millions de voix d’écart entre Macron et Le Pen. N’est-il donc pas un peu abusif de m’attribuer l’addition de son élection ? Et la plupart des retours en arrière sont toujours possibles.

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