lundi 8 janvier 2018

Après l’émission politique avec Mélenchon



Trop de colères et pas assez de dialogue

Début 2017, bien que gaulliste, et totalement opposé à la proposition d’une Sixième République, je m’étais sérieusement demandé s’il ne fallait pas voter Mélenchon. Après avoir lu son programme et l’avoir écouté lors de l’Emission Politique d’alors, je n’avais pas été convaincu. Il y a un mois, le script de l’émission, défendant la globalisation oligo-libérale, et le biais bien plus marqué que celui des récentes émissions auxquelles ont participé Edouard Philippe et Emmanuel Macron, lui créaient un contexte favorable. Je devrais pencher sans hésiter du côté du leader de la France Insoumise après le visionnage de l’émission du 30 novembre, et la lecture de sa note de suite sur son blog.

Bien sûr, le Premier ministre s’était vu « opposé » un Thierry Breton pas si opposé et Laurent Delahousse a battu des records de complaisance en interviewant Macron à l’Elysée. Mais, pour toutes les figures de l’opposition, le principe d’une telle émission est d’apporter la contradiction et en général, les participants se voient opposés de véritables contradicteurs. Le traitement réservé à Jean-Luc Mélenchon, s’il n’était pas le plus indulgent, n’était pas radicalement différent des autres opposants. Invoquer comme il le fait sur son blog le manque de temps pour répondre est effarant sachant que l’émission a duré plus de deux heures et qu’il n’a souvent pas hésité à prendre du temps pour répondre.

Mélenchon a su être bon à certains moments : face à la chef d’entreprise, il a été assez pédagogue, calme et posé, et face à un Castaner ultra-caricatural il s’est mis en valeur par sa calme densité intellectuelle. Mais l’impression globale reste très mitigée pour moi. Pourquoi tant de patience et de pédagogie pour les uns, et tant de fureur et de refus du dialogue pour les autres ? On en vient à se demander s’il accepte véritablement la contradiction, tant il peut se montrer fermé et agressif dans certaines circonstances. Les questions de Lenglet sur les hausses d’impôt ou sur le financement de la dette publique étaient légitimes et Mélenchon n’y répondait guère, son manque de choix sur l’euro ne l’aidant pas.

L’échange avec Philippe Val ne lui a pas réussi. L’ancien patron de Charlie Hebdo lui a posé des questions légitimes, de manière posée et particulièrement humble. Il s’est attiré des saillies effarantes. Quand Mélenchon a évoqué une « laïcité instrumentalisée pour faire la guerre aux musulmans », Val a eu raison de lui demander quels sont les faits qui permettent de dire cela. Renvoyer à Valls, malgré ses excès, est tout de même abusif. Même s’il n’est pas illégitime de s’interroger sur la place accordée aux polémiques sur Danièle Obono, il est aussi légitime de l’interroger sur certaines de ses prises de position et malheureusement, il entretient le procès de complaisance avec l’islamisme.

Sur le Vénézuela, s’il y a de la mauvaise foi de la part de ses opposants, son refus de toute critique peut faire penser à un aveuglement inquiétant à l’égard des limites économiques et démocratiques du régime au pouvoir. Sa connaissance du dossier devrait lui permettre un discours plus équilibré. En fait, il semble s’enfermer dans le piège de ses détracteurs en tenant une position sans nuance. Et son agressivité verbale à l’égard de la fille de Régis Debray empirait encore les choses, alors que s’il avait calmement accepté certaines limites du chavisme, alors le reste de son discours, sur ses aspects positifs, et le rôle délétère des Etats-Unis, auraient alors été beaucoup plus audible.


Au global, outre des désaccords de forme et de fond, notamment sur la République, et cet incompréhensible priorité exprimée aux dangers de la laïcité plutôt que ceux de l’islamisme, Mélenchon n’a même pas su être convaincant sur les sujets économiques, voir européens. Encore une fois, il a terriblement manqué de pédagogie, et s’est montré trop fermé à tout dialogue.

15 commentaires:

  1. Je ne suis pas d’accord avec vous : tous les invités politiques ne sont pas traités de la même manière. Et Mélenchon a fait l’objet d’un traitement « spécial » lors de cette émission.

    Il est normal qu’il y ait des contradicteurs, mais encore faut-il qu’ils soient de qualité et que leurs identités ne soient pas dissimulées, ce qui a été le cas dans cette émission.

    Ensuite, Mélenchon a sans doute pu parler longuement mais il n’a pas été maître des sujets. Or, dans le cas présent, on peut dire que les organisateurs ont choisi des sujets très curieux comme le Venezuela. Et qu’en revanche, ils n’ont pas parlé du projet politique de Mélenchon ni de la convention de LFI qui venait de se tenir quelques jours plus tôt.

    Ce que j’ai retenu pour ma part de cette émission, c’est que Mélenchon est la cible du système médiatique et ça a renforcé mon soutien pour lui.

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  2. Je me demande si Mélenchon ne devrait pas boycotter certaines émissions qui ne sont que des traquenards, des procès à charge qui n'apportent rien.

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    1. Pour avoir milité pendent la campagne présidentiel à la France insoumise , j'ai pu voir de près que le problème principal de Mélenchon est ses militants . Le mouvement n'a aucune colonne vertébral idéologique sur beaucoup de sujets et le mouvement c'est rempli de militants bien plus proches des idées de Bésancenot et du NPA que de régis Debray . Toute sorti de l'Europe ou de l'Euro est impensable chez beaucoup de militants LFI . Il n'y a qu'a observer l'extraordinaire reculade sur le sujet de François Ruffin .
      Par contre je suis pas spécialement d'accord avec vous sur l'émission , c'était un véritable traquenard et je ne comprend pas pourquoi il a accepté d'y aller . Avec les idées que vous avez Mr Herblay , je donne pas chère de votre peau si jamais un jour vous y aller !

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    2. Même Asselineau a pris la défense de Mélenchon sur ce coup là.

      A partir de 14:38 :

      https://www.upr.fr/actualite/page/2

      Ivan

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    3. Je me disais bien que le lien n'était pas assez long ;

      https://www.upr.fr/actualite/france/entretien-n55-smic-ecole-audiovisuel-brexit-corse-jerusalem-johnny-hallyday

      Ivan

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  4. @Moi

    Tout à fait d'accord avec l'analyse de Laurent.
    Mélenchon se ridiculise en se faisant passer systématiquement pour une victime, subbissant la mauvaise foi de ses contradicteurs, alors que lui-même utilise moults subterfuges pour répondre à côté des questions.
    Il montre un trait de caractère inquiétant: sa suceptibilité colérique et son refus de toute contradiction.

    Vraiment pas convaincant.

    Je préfère de loin Ruffin...

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  5. Aller à ce type d'émission, JL Mélenchon sait à quoi il expose. Il sait bien que la sphère journalistique est plutôt dans la lignée ultra-libérale, pro-européenne, libertaire sur certains sujets etc...etc...et que pour elle JL Mélenchon c'est de la blague et du coup on aime le titiller pour rire de lui. Mais je pense que JL Mélenchon est assez intelligent et bon tribun pour aussi profiter de ce comportement journalistique et notamment en savant jouer toutes les notes de la gamme de la victime et du méprisé par les zélites.

    En revanche, je vois 2/3 thématiques pour lesquelles JL Mélenchon ne fera pas le plein auprès des Françaises et Français et notamment des classes populaires et précaires :
    - l'immigration : pour beaucoup son discours qui est clair et posé se finit par une seule conclusion : il est pour des frontières ouvertes à tout le monde;
    - le communautarisme : peut-être pas lui directement des membres de la FI ont des discours fondés sur le droit à la différence allant à l'encontre de la République une et indivisible;
    - la laïcité;
    - sa connaissance (idéalisée? Phantasmée ? désuète ?....) des classes populaires: notamment de la classe ouvrière. Le monde des usines des années 2010 n'est plus celui du XIXème et du XXème siècle. De plus, comme beaucoup de politiques très à gauche, très cause ouvrière, le dernier vrai terreau des damnés de la terre est complètement sorti de leur champ de vision (si jamais il a été un jour) : le monde du bâtiment de et des travaux publics.
    Bonne journée
    Sylvie

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  6. Pourquoi toujours faire des procès d'intention à JL Mélenchon ? Il existe un programme qui s'appelle "l'Avenir en commun", tous les sujets y sont abordés : l'euro, l'UE, l'immigration,la laïcité. C'est sur ce programme qu'il faut porter un jugement, pas sur le caractère de Mélenchon ou les propos de tel ou tel insoumis qui n'engagent que lui-même.

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    1. Il y aurait beaucoup à dire sur les livrets. En temps que militant LFI , je n'ai jamais compris qui les écrivais et nous n'avions qu'a attendre leurs publications (presque jamais à la date annoncé) avant de les distribuer sur les marchés.
      J'ai par exemple attendu impatiemment la sortie du livret thématique sur le fameux plan B. Mainte fois annoncé , il ne sorti jamais...

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  7. Des propos qui n'engagent que les membres de la FI et pas J.Luc Mélenchon. Oui c'est une façon de voir les choses comme sanctionner les journalistes qui disent n'importe quoi ou du moins qui ne convient pas à la FI.

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  8. Comment peut-on encore penser que Mélenchon représenterait une solution et changerait quoi que ce soit au schmilblick ? ça me dépasse.
    Cette idée de 6ème république c'est du flan pour ne pas avouer qu'en fait il ne veut et ne peut rien changer.

    Egocentrique, égotique, bouffi d'orgueil, et au final frustré comme jamin, tout cela pour finir de cette façon, minable et misérable, ben ça donne vraiment pas envie de faire de la politique...

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  9. @ Moi

    Mélenchon n’a pas été le mieux traité, c’est sûr. Mais en revanche, il a choisi de répondre plus par la colère et l’agressivité que par le fond. Il a très mal argumenté face à Lenglet, Val ou la fille de Régis Debray. Et sur les deux premiers, il n’y avait pas d’agression, mais des questions légitimes et posées normalement. Et son agressivité face à la fille Debray lui a donné le mauvais rôle.

    Il aurait d’autant plus à gagner à répondre sur le fond, avec pugnacité, mais sans agressivité, que l’opposition trop apparente des média est un atout pour lui. Mais là, il perd les opposants au système auxquels il peut faire peur.

    Ce programme, je l’ai lu et c’est la base de mon papier de la campagne présidentielle où j’avais dit qu’il ne me semblait pas une alternative souhaitable. Beaucoup de divergence : immigration, laïcité, sécurité, institutions, manque criant de pédagogie sur l’économie (un comble avec la question des inégalités) et une position trop ambiguë sur l’Europe…

    @ Cgrotex

    L’émission avait le parti-pris de le mettre en difficulté. Mais c’est le cas pour tous les opposants au pouvoir et il n’avait aucun besoin de réagir de manière aussi violente, de manquer autant de pédagogie et de refuser de répondre aux questions de Lenglet…

    @ Vincent

    Merci. Bien d’accord sur Ruffin

    @ Sylvie

    Analyse très intéressante. Merci

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  10. La construction européenne a entraîné un appauvrissement généralisé.

    Entre 1993 et 2010, en France, la proportion des emplois à moyen salaire s'est effondrée de 8,6 % !

    Autrement dit :

    En France, les classes moyennes se sont beaucoup appauvries. Les classes moyennes rejoignent de plus en plus les classes sociales les plus pauvres.

    En Allemagne, la proportion des emplois à moyen salaire a baissé de 6,7 %. (Rappel : en septembre 2017, l'extrême-droite a obtenu 94 députés au parlement en Allemagne. Je dis bien : 94 députés.)

    Cet appauvrissement des classes moyennes est encore pire dans d'autres pays de l'Union européenne :

    En Suède, la proportion des emplois à moyen salaire s'est effondrée de 9,6 % !
    Au Danemark, la proportion des emplois à moyen salaire s'est effondrée de 10,3 % !
    En Autriche, effondrement de 10,4 % !
    En Italie, effondrement de 10,6 % !
    En Finlande, effondrement de 10,6 % !
    En Grèce, effondrement de 10,7 % !
    Au Luxembourg, effondrement de 10,8 % !
    Au Royaume-Uni, effondrement de 10,9 % !
    En Espagne, effondrement de 12 % !
    En Belgique, effondrement de 12,1 % !
    En Irlande, effondrement de 14,9 % !

    L'appauvrissement des classes moyennes va avoir des conséquences politiques partout en Europe.

    Comme les classes moyennes deviennent de plus en plus pauvres, elles vont voter pour les partis extrémistes.

    Cet échec total de la construction européenne est visible dans le graphique page 15 : « Change in Occupational Employment Shares in Low, Middle, and High-Wage »

    https://economics.mit.edu/files/11563

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