vendredi 2 février 2018

La condition agricole : honte de nos sociétés

Dans quelques décennies, nul doute que nos descendants jugeront d’une manière extrêmement dure la façon dont nos sociétés traitaient alors ceux qui nous nourrissaient. Car derrière les gesticulations de Macron devant le monde agricole, la réalité est là, terrible. Un tiers des agriculteurs vivent avec moins de 350 euros par mois, et 20% sont carrément en déficit. Un véritable scandale.


L’abandon des agriculteurs à la loi de la jungle marchande

Moins de 350 euros par mois ! Voilà ce que gagnent un tiers des personnes qui nous nourrissent dans la France de 2018. Pire encore, selon France bleue, 20% d’entre eux perdent carrément de l’argent à produire de quoi nous nourrir. Cette situation intolérable n’est malheureusement pas nouvelle. Elle s’est construite, petit à petit, avec le démantèlement de la PAC originale, qui garantissait des prix minimums et protégeait nos marchés de la concurrence souvent déloyale d’autres pays. Le problème est que la situation ne s’est pas dégradée en une seule fois, mais plutôt de manière tellement pernicieuse et progressive que l’on ne peut pas attribuer à un seul traité cette évolution délétère.

Le démantèlement des protections de ceux qui nous nourrissent a été étalé dans le temps, par la réduction des prix des soutiens, jusqu’à leur abandon, et la suppression de toute protection contre les productions à la qualité douteuse venue du monde entier. Pire encore, l’Allemagne représente un concurrent redoutable pour notre agriculture, à coup d’usines géantes employant des immigrés payés au lance-pierre, ces mini-jobs qui expliquent en partie la compétitivité et les créations d’emplois de notre voisin d’outre-Rhin, tout en ayant une pauvreté plus élevée qu’en France. Comme toujours, l’Union Européenne ne protège pas, mais organise une concurrence particulièrement sauvage et violente.

Nos agriculteurs en sont les victimes depuis de trop longues années, comme le montre ce témoignage d’un producteur de lait, qui perd de l’argent et pousse ses enfants à ne pas prendre sa suite. Quelle honte que cette société où ceux qui nous nourrissent peuvent carrément perdre de l’argent sur leur activité, comme s’ils subventionnaient le reste de cette société bien ingrate ! Une telle situation est une honte révoltante. Comment ne pas être pris de vertige devant le laisser-faire de nos dirigeants, qui pratiquent une forme de charité dérisoire quand la tension est trop forte, avant de continuer à démanteler plus encore toutes nos protections, en signant des traités comme le CETA.

Le pire est que ce n’est pas comme si on pouvait dire qu’il n’y a pas d’alternatives. Les pays asiatiques nous montrent depuis des décennies qu’il est parfaitement possible de réussir une transition économique tout en protégeant ses agriculteurs d’une concurrence déloyale, pour assurer une indépendance alimentaire. Le Japon ou la Corée du Sud, pourtant proches de pays qui pourraient leur vendre du riz peu cher, préfèrent conserver des droits de douane de 322 et 218% respectivement pour rester indépendants et permettre à leurs agriculteurs de vivre de leur travail. Bref, il y a un autre modèle que ce laisser-faire destructeur. Le plus triste est que c’était le modèle originel de l’Europe…


Bref, parce que c’était notre modèle, et qu’il est celui de pays qui ont particulièrement bien réussi, il est d’autant plus révoltant de constater que nos dirigeants, par paresse intellectuelle et conformisme à l’égard des règles folles de l’UE, abandonnent à ce point ceux qui nous nourrissent. Oui, il y a d’autres modèles qu’un où un tiers des agriculteurs subsistent avec moins de 350 euros par mois.

7 commentaires:

  1. La Suisse réputée libérale pratique le protectionnisme agricole :

    http://www.rtl.fr/actu/international/agriculture-la-suisse-pratique-le-protectionnisme-a-geometrie-variable-7787002329

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  2. Quand s'observent des dysfonctionnements dans notre nation : l'ignorant accuse les autres d'en être la cause, alors que bien souvent la cause vient de soi-même.
    Ce qui ne veut pas dire que le paysan s'auto-mutile, mais que la nation où le paysan s'évertue
    est injuste envers lui.

    Toute nation est composé de citoyen qui ont des besoins qu'ils ne peuvent satisfaire que si les autres les produisent.

    Le paysan produit donc les besoins des autres , de l'élite, par exemple, qui décrètent les lois et, en particulier, dit comment construire le prix des consommations nationales : nos productions nationales, moins nos exportations plus nos importations.

    Théoriquement chacun des citoyens est contraint, par équité, à produire pour les autres autant de biens et de services agréables et utile à la vie, que ce qu'il consomme de biens et de services, autant agréable et utile à la vie que les autres produisent pour lui.

    Hélas que constatons-nous :

    Le peu d'objection à ce qu'un paysan passe sa vie à produire les besoins des autres et les satisfassent tout en profitant, lors de sa vie active et inactive, que très peu des productions des autres, tandis que eux, l'élite, productrice de mesures improductives, peu propice à des productions de biens et services agréables et utiles à la vie, qui mettent en place l'incompétitivité, le besoin d’optimisation fiscale, la fuite de monnaie à l’extérieur de la nation , la délocalisation et lancer la machine à chômage : profitent un max des productions des autres.

    Voilà la cause du mal. La délibération (de façon délibérée) de la construction du prix des choses.

    Le prix des choses, de toutes les choses, pas seulement les produits agricoles, mais aussi les choses servant à la production agricole, devrait être la rétribution du travail des producteurs qui élaborent ces choses, correspondant au temps d'activité de ces producteurs, d'un côté et de l'autre d'une frontière.

    Mais ce n'est pas le cas.

    L'élite ajoute à ce prix une multitude de composantes autres que celles du travail, fort utile à donner des attributions à ceux qui ne travaillent pas ou ne travaille plus, à payer des consommations mutuelles, à payer des consommations collectives dont les rémunérations de cette élite.

    Résultat, le prix des consommations en France est de 250 % du prix des rémunérations des actifs qui produisent et 167 % en Allemagne et cela n'est pas un problème de protectionnisme , de droit de douane, de dumping social. C'est omettre d'enlever, en traversant la frontière, sur le prix des choses : les attributions à ceux qui ne travaillent pas ou ne travaille plus, à payer des consommations mutuelles, à payer des consommations collectives dont les rémunérations de cette élite qui sont spécifiques à notre nation (et pas celle des Allemands) et de les transférer sur le prix de nos importations qui vont devenir des consommations nationales.
    Quand on dit que le seuil de pauvreté est les 2/3 des revenus médian. Peut-on comparer le pouvoir d'achat de ceux en dessous de ce seuil , de part et d'autre de la frontière, quand le prix des consommations respectif est de 250 % d'un coté et 167 % de l'autre, des rémunérations de leurs producteurs ?
    NON !
    Il vous faut rentrer dans vos logiciels que la monnaie à :
    * une fonction de circulation de la PRODUCTION NATIONALE dans la nation ou entre nations
    * une fonction de partage de la CONSOMMATION NATIONALE dans la nation qui décide souverainement son partage entre ses actifs et ses inactifs, de cette consommation nationale (production non exportées plus importation) suivant trois modes : familial, mutuel, collectif.

    Unci TOÏ YEN 2 février 2018

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  3. Anecdote de mère de famille sur les produits laitiers :
    depuis quelques temps est arrivé en toute discrétion sur certaines étagères des supermarchés d'ile de france du lait issu de 3 exploitations d'ile de france. Bah...dans certains magasins ce lait est relégué sur une étagère...produits de la région (oui...car beaucoup ont oublié que l'ile de france a une tradition agricole). Comme une espèce de relique ! Et puis il faut la voir l'étagère. Et la place accordé au pack de lait, 2/3 packs posés pas plus ! Alors que le lait des gros industriels lui trouve son étalage dans le rayon frais et bien visible.
    Autre constat : hier les courses. Rayon yaourts et là ô surprise....Ledit supermarché qui distribue d'habitude des toutes toutes petites marques dont une d'ile de france...rayons yaourts resserrés avec marque du magasins, quelques grandes marques nationales et mais il n'y a plus cette petite marque d'ile de france.
    Bon bah tant pis...peut-être sont-ce des réflexions et des réflexes de bobo parisienne (francilienne plutôt).
    Bon WE
    Sylvie

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  4. Pétitions à signer : https://www.change.org/p/parlements-europ%C3%A9ens-fa%C3%AEtes-votre-travail-et-rejetez-ceta-parliaments-in-europe-reject-ceta-as-it-is?recruiter=86082629&utm_source=share_petition&utm_medium=twitter&utm_campaign=share_petition&utm_term=243319

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    1. https://www.change.org/p/parlements-europ%C3%A9ens-fa%C3%AEtes-votre-travail-et-rejetez-ceta-parliaments-in-europe-reject-ceta-as-it-is

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    2. http://pardem.org/le-parti/campagnes/ceta/772-petition-le-ceta-ne-doit-pas-etre-ratifie-par-les-parlementaires-francais

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  5. @ Anonyme

    En effet, quelques pays ont l’intelligence de se protéger

    @ Sylvie

    Dans les produits laitiers, il y a la marque « C’est qui le patron ? », qui rémunère mieux les éleveurs

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