mardi 9 avril 2019

François-Henri Pinault, l’homme aux 1200 SMICs



Des chiffres révélateurs d’une époque

Bien sûr, les défenseurs de François-Henri Pinault et de ces rémunérations trouveront toujours des raisons pour justifier de telles pratiques. Ils soutiendront que cela récompense les performances extraordinaires de Kering, dont le résultat opérationnel a atteint 4 milliards d’euros en 2018, en hausse de près de 50%. Après tout, cela ne représente qu’une petite fraction des résultats du groupe qu’il dirige et il ne serait pas anormal qu’il soit récompensé de sa performance. D’ailleurs, son fixe n’est que de 1,2 million d’euros, ce qui pourrait démontrer le caractère juste de cette rémunération totalement exceptionnelle. Mieux, de toutes les façons, il touchera probablement encore plus en dividendes…

Mais cette ligne de défense n’est pas sans faiblesse. Tout d’abord, cet article rappelle que 18,7 millions de sa rémunération sont des bonus différés liés à la performance du groupe, mis en place par certaines grandes entreprises après le durcissement de la fiscalité sur les stock-options de 2013 pour contourner la législation. En clair, il y a fort à parier qu’il s’agisse d’un mécanisme sophistiqué de désertion fiscale qui permette de ne pas payer une juste fiscalité sur cette rémunération, ce qui laisse songeur devant l’immensité de la prime, et le fait que même en abandonner la moitié aux impôts permettrait au patron de Kering de toucher le double de la moyenne des patrons du CAC40

La remarque sur les dividendes n’est pas fausse, mais ne permet pas d’échapper à la question de la hausse sans fin des plus hautes rémunérations. Il faut encore rappeler ici qu’au début des années 1990, Jacques Calvet avait défrayé la chronique pour une rémunération de plus de 2 millions de francs… par an, soit 300 000 euros. Comment ne pas rester songeur devant le fait que la rémunération 70 fois supérieures du patron de Kering soit passée si inaperçue ? De même, Raymond Lévy, alors patron de Renault, gagnait un million de francs par an, soit 150 000 euros. Les grands patrons de l’époque n’étaient pas malheureux, et pouvaient largement profiter de la vie avec de telles sommes.

La comparaison par nombre de SMIC est particulièrement éclairante. Les grands patrons de l’automobile du début des années 1990 touchaient 20 et 40 fois le SMIC de l’époque. Leurs successeurs en gagnent 300 pour Carlos Tavares, et jusqu’à 1000 pour Carlos Ghosn au sommet de son règne. Et parallèlement, les taux d’imposition marginaux sont tombés de 56,8 à 45%... Plusieurs questions se posent. Est-il humainement et moralement acceptable que les écarts de rémunérations gonflent à ce point, alors même qu’une part grandissante des populations occidentales s’appauvrissent, indiquant potentiellement que l’enrichissement des uns se fait directement par l’appauvrissement des autres.


La rémunération de François-Henri Pinault est bien le signe des excès de l’oligo-libéralisme. Et même si on peut évoquer les rémunérations supérieures de patrons étasuniens, comment ne pas se souvenir d’une époque pas si lointaine où les grands patrons se « contentaient » de dizaines de SMIC pour rémunération, tout en payant plus d’impôts ? La terre ne tournait-elle pas plus rond alors ?

3 commentaires:

  1. Mais qu'en font-ils? ça me plonge dans un abîme de perplexité.

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    1. Ce qu'ils visent est la supériorité. Ils ne veulent pas être riches pour répondre à des besoins qu'une fortune moins conséquente leur permettrait de satisfaire, mais être plus riches que les autres. Et comme nombre de ces autres veulent la même chose, c'est entre eux une course sans fin.

      YPB

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  2. C'est se sentir le plus fort, une forme de narcissisme, le mâle alpha.

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