dimanche 13 janvier 2019

10 ans après (3/6) : l’enrichissement des uns fait toujours plus l’appauvrissement des autres

Disséquer la montée des inégalités est une chose, heureusement très bien faite par des économistes comme Piketty ou Stiglitz. Mais avec le temps, je finis par penser que simplement poser le débat en terme d’inégalités est insuffisant, tant les oligo-libéraux peuvent finir par les justifier. Le problème n’est-il pas plus profondément que les plus riches s’enrichissent en appauvrissant les autres ?


Du sens de la création de valeur

Pour Tocqueville, « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». C’est déjà un premier problème que les élites économiques oublient, ou refusent de voir, que leur fortune vient du fait qu’ils appartiennent à une société bien plus grande qu’eux, dont ils sont au sommet. Sans cette appartenance à une société composée de millions de personnes, il n’y aurait pas ces hautes rémunérations, et, sur un plus long terme, ces fortunes amassées. Si accepter des inégalités est probablement utile, la question qui se pose aujourd’hui est leur niveau, revenu aux excès du début du 20ème siècle, où un grand patron peut gagner plus de 1000 fois plus que le salaire minimum, contre 30 sous les Trente Glorieuses

Car tout le problème est là, comme le notait Paul Krugman dans « L’Amérique que nous voulons » : pendant les Trente Glorieuses, l’ensemble de la société avançait au même rythme. Les fruits de la croissance étaient répartis de manière juste : les plus riches y gagnaient autant que les moins riches. Aujourd’hui, et depuis plusieurs décennies, comme le montrent Piketty et Saez, tous les fruits de la croissance vont à une petite minorité. Pire encore, nous ne sommes pas seulement dans un mécanisme d’accaparement de la création de richesse globale de l’économie, mais dans un processus où une part grandissante de la population finit par s’appauvrir, quand une petite minorité continue à s’enrichir.


Encore une fois, The Economist donne des exemples flagrants. En Californie, les revenus du 10ème pourcent des ménages ont baissé depuis 1963, quand ceux du 90ème pourcent ont presque doublé, leur rapport passant de 6,5 à 14. Et encore, les chiffres du 99ème ou 100ème pourcent auraient été bien plus extravagants. Dans un autre papier consacré à l’Allemagne, The Economist rappelle un des nombreux côtés obscurs de la croissance du pays, à savoir le fait que les succès économiques du pays ne profite qu’à une petite minorité et qu’une grande partie des Allemands s’appauvrissent au passage. Il rappelle le développement de contrats précaires aux droits très limités, certains professeurs n’ayant même pas d’assurance-maladie ou de droits à la retraite, ce qui a provoqué une hausse du taux de pauvreté.


Il y a un peu plus d’un an, The Economist avait également montré que notre époque laisse tomber des pans entiers du territoire, la croissance se concentrant dans les régions les plus riches, quand les plus pauvres tendent à s’appauvrir, dans une illustration de la théorie de la France périphérique, qui, malheureusement, est probablement encore plus valable ailleurs… Mais ce modèle où non seulement les fruits de la croissance sont très concentrés, mais où beaucoup s’appauvrissement, amène à se demander si l’enrichissement des uns n’est pas le fruit relativement direct de l’appauvrissement des autres. Car quand les marchés exigent de la création de valeur, n’est-ce pas pour pressurer la grande majorité au profit exclusif d’une petite minorité, sans qu’il y ait le moindre ruissellement qui se matérialise ?



3 commentaires:

  1. On ne parle pas assez de tout ça. Merci de cette série d'articles.

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  2. Pour avoir une répartition des richesses juste , il faudra faire un nouveau partage de la propriété. Le drame du moment , c'est qu'une élite oligarchique achète tout et il y a de moins en moins de personne libre. J'aimerai bien connaitre l'évolution du pourcentage du nombre de personnes propriétaire de leur moyen de production depuis 100 ans.

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  3. Les 32 questions que pose Emmanuel Macron sont des questions ultra-balisées, encadrées, orientées, et même souvent fermées.

    ● Olivier Faure, Premier secrétaire du PS

    «On ne convoque pas tous les Français à un débat en leur interdisant de parler par exemple de l'ISF. Les conclusions doivent être celles des Français, pas celles déjà prévues par le président de la République».

    ● Éric Coquerel, député LFI

    «Pas de question interdite mais pas touche aux mesures économiques et fiscales. Pour le reste, les questions énumérées par Emmanuel Macron renseignent sur les décisions qu'il annoncera seul. Le peuple peut débattre, Jupiter tranchera.»

    ● Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

    «Nous ne voulons pas que ce débat soit l'occasion d'éviter de répondre aux questions de justice fiscale et de justice sociale que posent les Français depuis des mois. Il doit encore moins servir à cautionner des politiques d'austérité encore plus sévères. Il n'est à aucun moment question de «pouvoir d'achat» dans ce courrier aux Français» et «rien non plus sur l'évasion fiscale et les moyens de lutter contre la financiarisation de l'économie».

    ● Benoît Hamon, chef de file de Générations

    «La lecture de la lettre d'Emmanuel Macron aux Français, déçoit car elle est faible, prévisible, sans souffle ni vision. Elle confirme nos inquiétudes. Le Président de la République cherche par cette lettre à se sortir d'une mauvaise passe, mais pas à répondre aux Français.»

    ● Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France

    «Avec sa Lettre Aux Français, Emmanuel Macron ne cherche qu'à gagner du temps. Le seul Grand Débat, c'est un Référendum sur des décisions concrètes. Assez de bla-bla ! »

    ● Florian Philippot, président des Patriotes

    «Lettre aux Français : extrêmement longue, illisible, et surtout des questions souvent fermées, orientées, des sujets fondamentaux absents, rien sur l'UE !...»

    http://www.lefigaro.fr/politique/2019/01/14/01002-20190114ARTFIG00002-la-lettre-aux-francais-d-emmanuel-macron-deja-critiquee.php

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