mardi 15 janvier 2019

Le faux débat du président qui n’écoute pas et n’apprend pas

Je reprendrai la suite de papiers sur "Dix ans après" dans quelques jours

Les vœux du 31 décembre, avaient annoncé la couleur. Après une mobilisation en forte hausse lors de l’acte 9, pas assez soulignée par des média de plus en plus avocats du pouvoir, Macron a fini par dévoiler sa lettre qui doit lancer le grand débat annoncé en décembre. Comme il était prévisible, le président, qui a récidivé dans l’insulte sociale vendredi, refuse de débattre de ce qui compte.


Tactique politicienne et rupture avec les Français

La manière dont Macron gère la crise des gilets jaunes est absolument ubuesque. Là où le Général de Gaulle a su siffler la fin de la récréation au printemps 1968, en convoquant des élections qui redonnaient la parole au peuple, remportant un succès triomphant, son très lointain successeur est incapable de trouver une porte de sortie. Car la nette remontée de la mobilisation, 84 000 personnes selon les faibles décomptes officiels, contre 50 000 la semaine précédente, indique que la tension n’a pas baissé. Il faut dire que Macron ne donne aucune raison de baisser la garde, entre gestion chaotique, pour ne pas dire d’amateur, de ses annonces, son profond manque d’écoute et ses provocations.

Le bilan du dernier mois est absolument effarant. Après les hésitations sur les moyens d’accorder cent euros de plus aux personnes qui gagnent le SMIC, nous avons eu droit aux aléas de l’organisation du grand débat national, avec le retrait de Chantal Jouanno, puis la valse hésitation sur le sort de la taxe d’habitation pour les 20% de Français les plus riches. Un sentiment d’amateurisme et de manque de préparation commence à affaiblir ce qui était sensé être une force de Macron : son présupposé professionnalisme. Aujourd’hui, tout le monde le voit naviguer à vue, hésiter, faire des annonces précipitées et mal préparées. On se demande ce qui pourra bien lui rester à la fin, si ce n’est ses concurrents…

Et que dire de cette effarante provocation faite la veille de l’acte 9, s’ajoutant à une longue liste, à savoir que « trop de Français n’auraient pas le sens de l’effort ». Dire que moins de deux semaines avant il avait fait mine de regretter ce type de paroles ! Il n’aura même pas tenu deux semaines pour reprendre ses provocations ! Et pour couronner le tout, alors que 77% des Français sont favorables au retour de l’ISF, et que les questions économiques sont probablement les premières qui motivent les gilets jaunes, il sort le sujet du débat, n’y acceptant que des questions sur les impôts ou les dépenses à baisser, alors même que la question est justement de faire payer plus à ceux qui le peuvent.

Pas totalement malhabile, il veut focaliser le débat sur les institutions, ouvrant la porte au RIC défendu par les gilets jaunes. Mais plus globalement, la séquence de la semaine dernière semble indiquer une claire volonté d’asphyxier Les Républicains, au point de ne pas hésiter à reprendre l’atirail sécuritaire de Sarkozy, des mesures annoncées par Philippe sur les casseurs, jusqu’à l’évocation de la possible suppression des allocations familiales pour les parents de délinquants, en passant par les quotas de migrants. C’est ce qu’a noté Sapir, qui a parlé de « parti de l’ordre ». Que va-t-il bien pouvoir rester à la droite pour tenter de se différencier du pouvoir en place dans les prochaines élections ?


Frédéric Lordon a bien raison de parler de « Forcenés », pour qualifier la posture de Macron. Mais ce terme s’applique également bien aux éditocrates, qui ont plaidé sans succès pour une fin du mouvement, achevant de creuser le fossé entre les Français et leurs média. Même si cela ne justifie pas la violence, on peut y voir une part de responsabilité dans la regrettable tension actuelle.

10 commentaires:

  1. Vous comparez la situation actuelle avec Mai 68 et la façon dont le général de Gaulle était sorti de la crise, mais il faut dire que les accords de Grenelle étaient autrement plus généreux que les quelques concessions concédées par Macron aux Gilets Jaunes.

    Il convient de souligner que les deux situations sont très différentes, et surtout que l'époque n'est plus du tout la même. Aujourd'hui, l'exécutif n'a plus de marges de manœuvre et prend ses ordres à Bruxelles. Il ne peut pas donner ce qu'il n'a plus. De ce point de vue, ni le prétendu grand débat, ni même le RIC ne peuvent changer quoi que ce soit. Tant que nous serons prisonniers de l'UE, rien ne sera possible.

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  2. "de Gaulle en 1958, par exemple, se propose de « renverser les institutions de la république » — la IVe. Comme on sait, il s’est alors agi, dans la manière, davantage d’un coup d’État que d’une refondation démocratique, mais comme de Gaulle est leur doudou à tous, et qu’ils tiennent tous ce cas de « renversement des institutions de la république » pour une chose très admirable, un argument a fortiori devrait les convaincre sans peine que la même chose appliquée à la Ve, mais avec beaucoup de monde au lieu d’une sorte de junte, est encore plus exemplairement démocratique."

    Lordon

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  3. "Que va-t-il bien pouvoir rester à la droite pour tenter de se différencier du pouvoir en place dans les prochaines élections ?"

    Si vous voyez une différence autre que cosmétique - une seule entre LR et LREM, vous êtes plus fort que moi.Mais c'est sûrement le cas.

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  4. La ministre Emmanuelle Wargon va piloter le Grand débat national. Quand Emmanuelle Wargon était cadre chez Danone, elle gagnait 475 899 euros net par an, soit 39 658 euros net par mois. Aujourd'hui, elle est contre le rétablissement de l'Impôt Sur la Fortune ! Tu m'étonnes !

    https://www.francetvinfo.fr/politique/gouvernement-d-edouard-philippe/emmanuelle-wargon-defend-sa-remuneration-chez-danone-mon-salaire-etait-conforme-aux-salaires-des-cadres-dans-ce-type-de-fonction_3145693.html

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  5. @ Moi

    C’est juste. On peut aussi mentionner les accords de Grenelle bien évidement. Bien d’accord sur l’UE. Voilà pourquoi je suis pour un Frexit immédiat et unilatéral.

    @ Anonymes

    Sur ce point, comme quelques autres, je ne suis pas du tout d’accord avec Lordon

    Il est bien évident qu’il n’y a pas beaucoup de différences. On pourrait juste dire que LR reste sans doute un peu plus conservateur, un peu moins libertaire que LREM. Le sigle du second n’est que le prolongement de celui du premier…

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  6. Mardi 15 janvier 2019, l'institut de sondage ELABE publie une étude très intéressante sur les Gilets jaunes.

    Gilets jaunes : 67 % des Français soutiennent le mouvement. Par rapport à la semaine dernière, c'est une hausse de 7 %.

    Total « soutien + sympathie » : 67 %

    Total « opposition + hostilité » : 25 %

    Total « indifférence » : 8%

    https://pbs.twimg.com/media/Dw8U0aDWwAIyQiI.jpg

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  7. Macron prône un "débat sans tabou" et en même temps il biffe les sujets dont il ne veut pas entendre parler, la meilleure manière d'attirer l'attention sur eux.

    Fillon avait fait aussi le coup du débat sans tabou aux syndicats pour engager l'acte III du démantèlement de l'assurance vieillesse. Dés que les syndicats ont accepté son offre de débat sans tabou il a sorti de sa poche un tabou : on ne parlera pas d'augmentation des cotisations patronales.

    Et les syndicats se sont couchés, puisqu'ils ont continué de participer à cette mascarade au lieu de prendre acte du fait que l'offre qu'ils avaient accepté était caduque, puisqu'elle avait été reniée par son auteur.

    Ivan

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  8. Un article de Juan Branco explique la corruption qui règne au plus haut sommet de l'Etat :

    Sur un certain Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement.

    https://blogs.mediapart.fr/juan-branco/blog/101218/sur-un-certain-benjamin-griveaux-porte-parole-du-gouvernement

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  9. @ BA

    Un immense merci pour la mention de ce sondage, que bien des médias semblent avoir oublié de mentionner. Juan Branco est intéressant

    @ Ivan

    Le double discours de Macron est absolument effarant, sous les applaudissements de ses trop nombreux soutiens médiatiques

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  10. Salve
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