samedi 14 novembre 2020

Ce que révèlent les chiffres de l’épidémie

Depuis quelques semaines, la communication autour des chiffres de l’épidémie de la seconde vague pose doublement problème. Non seulement les chiffres communiqués ne sont que ceux remontés le jour même, sans prendre en compte la date des tests. Mais plus globalement, le choix des chiffres mis en avant donne l’impression d’une volonté de communication aussi anxiogène qu’infantilisante.

 


Amateurisme, projet peur et conséquences

 

En préliminaire, je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas de nier l’importance de l’épidémie, mais je suis assez effaré par tout ce qui tourne autour des chiffres de cette crise sanitaire. Pour suivre Olivier Berruyer, sur Les Crises, qui fait partie de ceux qui nous ont alerté très tôt sur les dangers du coronavirus, et Nicolas Meilhan, je constate qu’outre certains ratés du pouvoir, la communication de bien des média sur le sujet semble extrêmement partielle, et même partiale. Premier problème, plus conjoncturel : la remontée imparfaite de l’information, illustrée l’envolée des cas pendant quelques jours, dépassant même 80 000 le 7 novembre, du fait d’un problème informatique, et d’un effet, artificiel, de rattrapage. Second problème, plus structurel, souligné à maintes reprises par Nicolas Meilhan, le fait que les chiffres du jour ne sont que les remontées du jour, qui portent sur des tests réalisés sur plusieurs jours.

 

En fait, pour avoir une vue précise de ce qui se passe sur les contaminations, il faut retraiter les données communiquées pour affecter au jour de test, et non au jour de remontée, les cas de contamination. Pour bien mesurer l’évolution, il faut également étudier les chiffres sur une semaine roulante, pour neutraliser l’effet de la fin de semaine, où les laboratoires ne sont pas tous ouverts. C’est la méthodologie utilisée par Nicolas Meilhan, Olivier Berruyer, et d’autres. Les épidémiologistes distinguent trois phases pour une telle épidémie : l’accélération (croissance exponentielle du nombre de cas), la décélération (l’augmentation du nombre de cas ralentit) et la décrue. En France, on constate une très forte décélération depuis la période du 25 octobre, peu après la mise en place du couvre-feu.

 


Et après un plateau sur la fin octobre, la décrue a démarré début novembre. La propagation de l’épidémie a été arrêtée, au point que le R0 est passé sous les 1, signe que chaque personne contaminée en contamine moins d’une. Il est somme toute logique que des décisions aussi dures soient efficaces, même si les choix et la façon de faire du gouvernement sont extrêmement critiquables. En revanche, parce qu’il y a un décalage entre contamination et hospitalisation ou réanimation, il y a un contraste saisissant avec la situation des services hospitaliers, qui subissent encore une forte hausse du nombre de patients, même si le pic semble devoir être assez proche maintenant. C’est sans doute ce qui explique le discours très alarmiste d’une très grande partie du personnel soignant aujourd’hui.

 

Jusqu’à peu, le gouvernement et les média tenaient un discours alarmiste, incriminant l’indiscipline des Français et multipliant les menaces de sanctions. Parallèlement, la communication de chiffres bruts, sans la moindre mise en perspective (pas de lissage hebdomadaire, pas d’évolution par rapport à la semaine passée) est clairement une représentation de la réalité plus inquiétante qu’elle ne l’est réellement. De même, les chiffres bruts par pays n’ont pas toujours du sens du fait des différences de taille. Nous gagnerions à les présenter d’une manière à les rendre comparable, comme le font certains. Il en va de même pour ces communications sur le chiffre total des morts, parfois même non accompagné du chiffre du jour. Il y a un décalage frappant entre la réalité de l’évolution de l’épidémie et la façon dont cette évolution est présentée, avec un biais marqué, par les média, et le gouvernement.

 

Bien sûr, il y a sans doute eu des excès et il est important de ne pas dilapider l’effort fait. En outre, nous sommes sur le point d’atteindre le pic pour le système hospitalier, et cela est une source légitime de stress. Mais plutôt que de présenter les choses de manière si partielle et partiale, le gouvernement et bien des média auraient pu dire plus tôt, depuis au moins deux semaines, que nous tirons les fruits de la stratégie de restrictions des déplacements de la population, dire que cela ne se retrouvera dans le système hospitalier que dans quelques jours et qu’il faut tenir bon pour maitriser cette deuxième vague et également éviter de semer les graines d’une troisième vague pour plus tard. Mais à ce discours adulte et mature, il semble que l’élite politico-médiatique de notre pays préfère l’infantilisation.

 

C’est ainsi que Macron avait exagéré le nombre de morts dans sa dernière allocution et avancé le chiffre totalement extravagant de 400 000 morts potentiels en France sans mesure, près de 10 fois le bilan étatsunien à population équivalente, avec peu de restrictions ! En clair, la macronie et trop de média sont sur une communication visant à faire peur aux Français pour compléter toutes les restrictions légales prises. Mais une telle stratégie, quand elle est exagérée, et revient à tordre les faits, ou à en faire une présentation trop biaisée, est très dangereuse. Tous ceux qui connaissent ces analyses plus fines ne peuvent qu’être révoltés par la communication peu honnête et infantilisante du gouvernement et de bien des média. Cette façon de faire casse toute forme de confiance avec nos élites.

 

Il ne faut donc malheureusement pas complètement s’étonner si une partie de la population joue un peu avec les règles byzantines conçues par le gouvernement pour s’affranchir en partie du confinement. Ce n’est sans doute pas cela qui mettra en échec le confinement, mais on peut voir dans le rebond de la rentrée, particulièrement marqué en France, une conséquence de la politique du gouvernement, entre mensonges et restrictions particulièrement fortes. A prendre les Français pour des enfants irresponsables, en jouant plus de l’interdit que de leur civisme, le gouvernement récolte largement ce qu’il a semé. C’est sans doute également la raison pour laquelle les théories les plus folles circulent.

 

En effet, il y a quelque chose d’assez troublant à voir le gouvernement qui gère avec grande difficulté et une multitude de couacs et erreurs, et la plupart des média refuser de tenir un discours de vérité aux Français. Ce faisant, transparaît la populophobie dont est coutumière la macronie et notamment Macron. Mais après, il ne faut pas qu’ils s’étonnent d’être remis en question…

10 commentaires:

  1. Des tas d'entreprises, de commerces, vont faire faillite. Les dégâts sont considérables et irréversibles. On attend d'autres vagues. C'est une catastrophe sans fin. On nous dit qu'il faut apprendre à vivre avec le virus, mais on ne vit pas vraiment lorsqu'on est confiné. Ceux qui rêvent de décroissance peuvent se réjouir, mais il faudra en payer le tribut, qui sera très lourd.

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  2. Ça ce n'est la décroissance c'est un système qui s'effondre (pas pour tout le monde en plus). La décroissance c'est autre chose et le mieux pour savoir c'est de lire le journal qui porte ce nom.

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  3. Il y a une réflexion juste que j'ai entendue lors d'une interview radio de André Comte-Sponville : on ne veut plus s'occuper voire gérer sa mort (désolée pour le verbe gérer). Du coup, face au coronavirus on demande à l'Etat de la gérer pour nous. Surtout ne pas prendre ce fardeau. Et de ce fait, l'Etat prend des décisions qui semblent justes et protectrices mais qui finissent par faire le malheur de certains.
    Il est clair que l'Etat ne peut pas rester les bras croisés. Il est de son ressort d'aider, de protéger et d'accompagner au mieux ses citoyens, ses services, ses forces vives mais peut-il tout à lui tout seul ? Doit-on le laisser faire seul ? Sans rien dire, en acquiesçant ? Non !

    Il y a un double langage absolument insupportable qui s'est développé aujourd'hui. On vous aide, on est le pays où le gouvernement a fait le plus gros efforts financiers, économiques, sociaux, sanitaires etc...etc...au monde (si, si je l'ai entendu). Ne vous inquiétez pas nous sommes là on ne lâchera rien. Alors oui, les aides ne sont pas une vue de l'esprit (même si les toucher est plus proche du chemin de croix pour certains), le chômage partiel a fonctionné et fonctionne encore etc...etc...mais dans le même temps on fait passer la responsabilité de la maladie, de ses conséquences sur les citoyens : les médecins, les travailleurs, les étudiants etc...etc...en les culpabilisant (vous ne respectez pas le règles, vous ne faites pas de télétravail, vous devez produire des certificats médicaux pour telle catégorie de personnes ...). Au final, cela ne va pas avec la réalité pratique. Tout n'est pas à jeter mais tout le monde a-t-il la même situation familiale, sociale, économique, professionnelle etc...Non ! Est-ce à l'Etat d'entrer jusque dans les foyers pour dire toi tu t'isoles, toi c'est bon, vous, vous ne voyez plus etc...Est-ce à l'Etat d'aller dans les entreprises pour leur dire comment mener leurs affaires ? Alors que lui-même n'a pas balayé devant sa porte notamment rien n'a changé sur la destructuration et le démantèlement de l'hôpital et au-delà. Car cette crise met en évidence ce naufrage organisé depuis une bonne trentaine d'années mais cache difficilement le reste de la casse, du laisser à l'abandon des services publics. Et à côté de cela on ponctionne les Français !
    C'est très ambigu et très malsain. Et cela déboussole totalement les esprits, dérègle notre société et son fonctionnement au point d'en arriver à une situation socio-économique extrêmement grave !

    Personnellement, je suis désabusée et inquiète.

    Noëlle

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    1. On serait désabusé(e) à moins... Quant à être inquiet, comment ne pas l' être quand on a compris que ce gouvernement feignait d'organiser les événements faute de savoir les maîtriser... aidé il est vrai par le manque de recul et d'analyse de beaucoup de Français !

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  4. Le problème c'est qu'après avoir menti, minimisé, infantilisé et, rien fait, le gouvernement veut nous culpabiliser alors qu'il est le seul responsable de la situation. Les ordures sadiques au pouvoir devront rendre des comptes. Si 2022 devait au moins permettre ça.

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  5. Un fait est sûr avec ces chiffres : il ne s'agit pas juste d'une grippette, il y a un truc qui se passe avec ce virus.

    Le gouvernement fait en toute responsabilité (pour reprendre une expression de J. Castex) mais en même temps (pour reprendre une expression de E. Macron) il renvoie le balancier aux gens. Si vous ne respectez pas les gestes barrière, si vous sortez sans motif réel, si vous vous rendez au travail alors que vous pouvez télétravailler, si vous vous rassemblez même chez vous... On vous aura prévenu !!!!
    Comme on fera quoiqu'il en coûte...Ah ouais....l'hôpital est au même point et si ils reconfinent c'est parce que l'hôpital va toujours mal. A la décharge du gouvernement, ce n'est pas en un été qu'il va réparer et remettre d'équerre un service public hospitalier qui est défait depuis 20 ou 30 ans. Mais on aurait pu attendre un petit quelque chose depuis cet été. Pareil...le gouvernement dépense. On ne peut pas attendre autre chose pour amortir des décisions qui nous foutent dans l'entre-deux. Mais qui au final va payer ce pognon magique ?????? Nous !
    Cette crise aura-t-elle changé le logiciel vis-à-vis des services publics au moins les plus essentiels et régaliens ??? Tu parles Charles, on continue à démonter : la douane, la DGCCRF (pardon ! c'est déjà fait), la police (on lui colle toujours plus avec toujours moins), l'école, l'armée (elle n'est pas en mesure d'aider plus avec ses hôpitaux de campagne)...bah oui ! ma brave Lucette c'est comme ça et là le pognon magique va falloir le rembourser quoi de mieux que de démonter encore plus.

    Ainsi va la 6ème puissance mondiale...même ça ! quand j'étais au collège, lycée puis fac' dans les 80's et les 90's on t'apprenait que la France était la...3ème puissance mondiale.

    Bon dimanche ! et malgré la pluie profitez de vos 1h de sortie à moins d'un km de chez vous.
    Sylvie

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  6. @ Moi

    Je suis bien d’accord (cf papier à venir)

    @ Piedecou

    Bien sûr, ce n’est pas la même chose, mais il est vrai que les conséquences économiques du confinement, qui n’en sont qu’à leurs prémices malheureusement, sont probablement sous-estimées

    @ Noëlle

    Un grand merci pour votre commentaire, qui va nourrir la finalisation de mon prochain papier

    @ Anonyme

    Bien d’accord pour dire que le gouvernement a été totalement nul, n’anticipant rien, réagissant lentement et avec une assurance proportionnelle à son manque de maîtrise et de professionnalisme

    @ Sylvie

    Pas une gripette, quelque chose de très violent pour une petite minorité, mais seulement une petite minorité.

    Pour l’hôpital, grosse responsabilité de ce gouvernement puisque certains (Macron, Véran…) sont au pouvoir depuis 8 ans et d’autres étaient au pouvoir avant (Castex, Le Maire…), et qu’ils continuent à couper dans le nombre de lits et les budgets

    Bonne journée

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  7. C’est ainsi que Macron avait exagéré le nombre de morts « dans sa dernière allocution et avancé le chiffre totalement extravagant de 400 000 morts potentiels en France sans mesure, près de 10 fois le bilan étatsunien à population équivalente, avec peu de restrictions ! »

    Très juste !

    Bien peu de médias ont cru bon de relever cet énorme bobard destiné à flanquer la frousse aux Français et justifier les mesures les plus liberticides du gouvernement.

    Le jour où les chaînes info interrompront une allocution présidentielle sous prétexte que le Président tient des propos extravagants n'est pas encore arrivé (aux Etats-Unis, si !).

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  8. Personnellement j'ai arrêté les chaînes d'infos en continu depuis un bon moment. Là avec le coronavirus c'est de la dinguerie. J'ai des membres proches de ma famille qui ont fini par faire de véritable crise d'angoisse (une se voyait carrément mourir).
    Je ne ferme pas les yeux sur le coronavirus, et surtout je ne néglige pas sa dangerosité globale. Globale dans le sens où il y a un risque réel médical et sanitaire, et ce même si cela touche une minorité (comme me disait mon médecin : cette maladie est une vraie saloperie car c'est une vraie loterie voire une roulette russe) mais aussi et c'est on ne peut plus clair un risque socio-économique SUPER grave !
    Personnellement j'ai essuyé les plâtres il y a peu en matière d'emploi (heureusement que j'ai réussi à me rattraper aux branches immédiatement).
    Mais je ne vais pas m'en rajouter en regardant et en écoutant ces chaînes.
    Enfin la France reste un pays formidable...notre hôpital est au bord de l'écroulement mais il y a une tripotée de grands spécialistes sur les plateaux et à la radio.

    L'Anonyme du Jour

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  9. @ Marc-Antoine

    Merci pour ce rappel

    @ L’Anonyme du Jour

    Je suis bien d’accord. Bon courage à vous

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