lundi 21 décembre 2020

Les mots révoltants de la crise sanitaire

Malheureusement, il n’y a pas que le bilan sanitaire, le bilan économique et les atteintes à nos libertés qui posent problème dans la gestion de cette crise sanitaire. Les mots qui ont été choisis par nos dirigeants lors de cette crise ont trop souvent également été choquants, entre approximations blessantes et infantilisation outrancière de l’ensemble des Français. Retour sur quelques exemples…

 


Insensibilité arbitraire et autoritaire

 

Dès son démarrage, la crise sanitaire a provoqué une crise sémantique. Dès le mois de mars, nos dirigeants et nos média nous ont exhorté à la « distanciation sociale » pour faire reculer la pandémie. C’est le premier terme mal choisi. Si les mesures prises peuvent aboutir à une forme de distanciation sociale, l’objectif était surtout une « distanciation physique » entre les citoyens, à savoir limiter le plus possible les contacts physiques, pour casser les chaines de contamination. En revanche, tous les moyens modernes de communication peuvent permettre de grandement limiter la distanciation sociale, même s’il est vrai que la distanciation physique tend souvent à en créer. Et surtout, autant l’exhortation à la distanciation physique se comprend de manière parfaitement apaisée avec l’épidémie, autant exiger une distanciation sociale par imprécision est plus difficile à supporter, et donc à se voir recommander, du fait de l’ampleur plus grande des sacrifices qu’elle peut sembler demander aux citoyens.

 

Deuxième terme qui aura beaucoup marqué le second confinement : celui de « commerce essentiel », qui implique, par ricochet, que les commerces qui ne sont pas qualifiés de la sorte ne sont pas essentiels… Autant le caractère très restreint des commerces ouverts lors de la première vague n’avait pas trop porté à polémique sur le sujet, autant le caractère moins restrictif du second a suscité des comparaisons délicates, entre commerces ouverts et commerces fermés, certains commerces ouverts (bricolage, caviste) pouvant sembler moins essentiels que certains commerces fermés (puériculture, librairie). D’abord il faut pointer que, là encore, la France a fait le choix de restrictions plus fortes que beaucoup de pays, l’Allemagne ayant longtemps gardé tous ses commerces ouverts. Pire, aucune étude ne montre que les commerces fermés étaient particulièrement dangereux, la concentration dans ceux restés ouverts pouvant au contraire y accentuer la densité des clients, et donc le danger épidémique…

 

En outre, ce terme est une double peine pour les commerces fermés, qui, outre une fermeture qui peut les envoyer à la faillite, subissent aussi le qualificatif de « non essentiel ». Non seulement ce dont ils font commerce est qualifié de non essentiel, en faisant des commerçants de seconde zone par rapport à ceux qui ont pu rester ouverts, mais en plus, leur fermeture administrative risque bien de rendre leur avenir non essentiel également. Il aurait été beaucoup plus judicieux de séparer de manière plus neutre les « commerces autorisés » à ouvrir des « commerces non autorisés » à ouvrir. Mais ce faisant, nos dirigeants se seraient placés en première ligne dans la séparation entre les deux catégories. Ils ont donc préféré créer une distinction arbitraire et très contestable entre les commerces qui seraient essentiels et ceux qui ne le seraient pas, sans se rendre compte de tout ce que cela implique…

 

Puis, la préparation du second déconfinement a donné lieu à un incroyable discours de Jean Castex, qui n’a rougi au fait de parler publiquement du fait de « desserrer la bride » des Français ! Bien sûr, cette expression est utilisée dans la vie de tous les jours, mais la parole publique d’un dirigeant a une importance qui devrait amener à un peu plus de réflexion dans l’usage que l’on fait des mots. Bien sûr, évoquer une bride serrée décrit probablement bien le sentiment des Français sur la manière dont nous avons été traités pendant ce confinement. Mais, parler de « desserrer la bride » des Français, c’est quand même assimiler les citoyens à des chevaux que l’on monte ou que l’on mène ! L’image est tout de même assez choquante, et probablement un peu trop révélatrice de l’état d’esprit de cette majorité. On y retrouve le complexe de supériorité typique de la macronie, que sa gestion effarante de la crise sanitaire aurait pourtant dû pousser à plus d’humilité. Et c’est aussi très symptomatique d’un rapport au peuple à mille lieues du gaullisme, qui le place tout en haut de la hiérarchie, quand Jean Castex nous compare ici à du bétail qui doit être dirigé… Nouvelle preuve du gaullisme de pacotille du Premier ministre.

 

Plus dernièrement, Jérôme Salomon a complété la collection en affirmant qu’«  on peut voir papy et mamie, mais on ne mange pas avec eux, même à Noël », suggérant de « coupe(r) la bûche en deux » pour que « papy et mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger ». Cette déclaration, que même le Gorafi n’aurait peut-être pas osé inventer, a naturellement déclenché un tir de barrage dans les médias, certains « papy et mamie » ne goûtant guère les recommandations de ce dirigeant de l’AP-HP. On y trouve un condensé de tout ce qui ne va pas dans la gestion de la crise sanitaire par nos dirigeants. D’abord, il est choquant de le voir assigner « papy et mamie » à la cuisine, quand le reste de la famille a droit à la salle à manger, Jérôme Salomon faisant des personnes âgées des citoyens de seconde catégorie… En outre, il est pénible d’être autant infantilisé avec des consignes si précises qu’elles semblent destinées à un enfant en bas âge. Et pour finir, on retrouve le caractère profondément arbitraire de cette haute fonction publique qui prétend édicter des normes uniques pour des cas totalement très différents, alors que nous pourrions privilégier des conseils généraux flexibles et adaptables…

 

Les mots de cette crise sanitaire ont le don de confirmer à quel point cette majorité gère mal la crise actuelle. Ils montrent à nouveau l’amateurisme de dirigeants tellement dans la réaction, parce qu’ils n’anticipent pas, qu’ils ne prennent pas le temps de faire attention aux mots qu’ils emploient. Et ce faisant, ils confirment encore leur mépris à l’égard de ceux qui ne sont rien à leurs yeux

6 commentaires:

  1. Papy et Mamie !
    Perso' dans ma famille les papys et mamies préfèrent que leurs petits-enfants les appellent directement par leur prénom ou un diminutif entrée dans le langage de la famille. Papy et Mamie les faisant frémir ! Et pourquoi pas Bonne Maman aussi !

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    1. Chez moi cela va au-delà de Papy ou Mamie mais aussi Tonton et Tata. Nous préférons largement un diminutif du prénom ou un surnom : Jo, Nini, Mimie etc...ou carrément le prénom.
      L'Anonyme du Jour

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  2. Le recours à du vocabulaire type "commerce essentiel" et "commerce non essentiel" est tiré de ce qui n'est pas encore une obligation pour l'ensemble des secteurs d'activité du privé comme du public : la continuité d'activité.
    Les plans de continuité d'activité ont commencé à émerger à la fin des 90's et sont devenus pour certains secteurs type banque et assurances obligatoires suite à la crise des subprimes de 2008.
    Avec la crise du coronavirus il ne serait pas étonnant que cela devienne une obligation légale pour beaucoup de sociétés, organismes etc...
    Si les plans de continuité d'activité, sans être la solution idéale, représente un outil pouvant aider plus à l'organisation qu'à la décision (ou gouvernance grand mot à la mode !) il n'en demeure pas moins qu'il est conçu pour coller à une entité très réduite fonctionnelle une entreprise, une administration mais en oublie un si ce n'est l'élément crucial : l'humain. On parle de ressources humaines mais on en parle comme une consistance, un élément constitutif de la structure qui parle, qui se déplace, qui travaille etc...mais sans prendre en compte une dimension hors normes (dans le sens littéral du terme).
    Et donc je ne suis pas étonnée et je fais parti des personnes qui sont très mal à l'aise voire contestent cette détermination de commerce essentiel et commerce non essentiel.
    Et au regard de la crise que nous traversons je crains que le plan de continuité d'activité s'impose de plus en plus et surtout s'impose sur un plan légal.
    Il y aura un vrai travail de sémantique à faire !
    Joyeux Noël
    Noëlle

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    1. Merci Noëlle pour ce post très intéressant et qui cadre assez bien avec le propos de Laurent.

      Moi j'ai découvert la continuité et la reprise d'activité comme peut-être beaucoup en mars 2020 lors du 1er confinement. Je ne savais pas de quoi il en retournait maintenant je vois un peu mieux.

      En effet les plans de continuité d'activité sont apparus lors des 1ères grandes crises financières de la fin des 90's début 2000 pour s'imposer dans certains secteurs comme banque, assurances.

      A la base c'est un outil d'aide à la décision et au management d'une crise et ses répercussions sur le long terme. Et à mon sens le problème ne réside pas dans le fait de mettre en place ce genre d'outil mais comment ils sont pensés. Et le facteur Etre Humain et socio-psychologique est complètement noyé au point d'être quasi effacé.Alors si il y a du ressources humaines par ci, du collaborateur par là mais c'est mécanique.

      Associer à du vocabulaire qui recense, catégorise et classifie : missions essentielles, postes prioritaires, personnels clés, collaborateur à fonction indispensable, processus clé etc...et puis le reste qui est déterminé même pas comme support mais qualifier de faible ou moyenne priorité ou secondaire...

      Moi j'ai perdu mon taff' en sorti de confinement. Je ne pleure pas car j'ai retrouvé un CDI dès novembre (ce qui n'est pas le cas des 1ers de cordée viré(e)s à la suite du confinement et ce qui ne sera pas le cas d'autres qui suivront). Cela n'allait pas fort avec mon employeur. La crise a été un prétexte, bien ficelé par l'employeur et son conseil, pour me virer (avec d'autres). Et il y a eu un moment la continuité d'activité et la préservation de la société sont apparues dans les licenciements prononcés. Et les fameux recensements, listings, distinctions etc...essentielles, secondaires, priorité forte, priorité faible, priorité moyenne, processus clé, processus métiers ou supports etc...

      Conclusion : Emmanuel Macron, Jean Castex et le gouvernement pourront avoir des formules bien léchées" quoiqu'il en coûte" "nous sommes le pays qui avons été le plus protecteur", "ayons confiance dans nos chercheurs et notre système de santé", le vocabulaire ne triche pas lui. Essentiel non essentiel, Papy, Mamie...

      Bonnes fêtes de fin d'année
      L'Anonyme du Jour

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