samedi 23 janvier 2021

Les illusions de l’investiture de Biden

L’investiture officielle de Biden a été largement saluée par les grands média, communiant dans un sentiment de passage du mal au bien, après les quatre années de l’extravagante présidence Trump. Mais le regard porté sur cette nouvelle administration, portée aux nues sans nuance, risque de provoquer de graves déconvenues dans les prochaines années, tant ses carences sont grandes.

 


Le président idéal pour le clan Trump

 

Bien sûr, la présidence Trump a été totalement aberrante. L’ego boursouflé de ce président, qui a cassé toutes les règles et était davantage préoccupé par la communication que par réaliser concrètement ce qu’il avait promis, l’a poussé à des extrêmes qui devraient théoriquement mettre un terme définitif à sa carrière politique. Même sa guerre commerciale avec la Chine était largement superficielle, comme le montre la remontée du déficit commercial entre les deux pays, à plus de 300 milliards de dollars en 2020, proche de ses sommets historiques. Même si son opposition au confinement à l’européenne pouvait avoir du sens au regard de la culture états-unienne, sa gestion globale de la crise sanitaire, comme pour tout le reste, a été trop erratique, un Jupiter très mal élevé et incompétent.

 

Pourtant, chose insuffisamment répétée, il n’a perdu que sur le fil, mobilisant des millions d’électeurs de plus qu’en 2016, rassemblant davantage de citoyens qu’Obama en 2008 et en 2012, ne perdant que de quelques dizaines de milliers de voix dans trois Etats, sur plus de 150 millions de votes exprimés ! Non seulement la fracture du pays est profonde, mais elle se situe juste à la frontière d’une majorité électorale. Si le trumpisme a été défait, il ne l’a été qu’avec une marge extrêmement faible, ce qui signifie que Biden et les Démocrates ne sont vraiment pas en position de force et pourraient perdre, dès 2022, leur majorité au Sénat ou au Congrès. Et si Biden a raison de vouloir s’adresser à tous et rassembler les Etats-Unis, ses premiers pas ne me semblent vraiment pas prendre la bonne direction.

 

Car l’administration Biden ressemble à s’y méprendre à l’administration Obama, qui a enfanté politiquement la victoire de Trump en 2016. Les Démocrates semblent faire comme si la présidence Trump n’avait été qu’un moment aberrant, sans se remettre le moins du monde en question. Même si l’attitude de Trump le 6 janvier a été irresponsable, s’embarrasser d’une procédure de destitution d’un président déjà parti me semble assez effarant. Cela l’est dans la gestion des priorités, parce que l’agenda de ce qu’il y a à faire est déjà très chargé. Mais surtout, cela hypothèque définitivement la réconciliation nationale professée par Joe Biden. N’est-il pas contradictoire de vouloir rassembler le pays et destituer Trump ? Ses 74 millions d’électeurs n’y verront qu’une vendetta revancharde qui les renforcera dans leurs idées. Et la censure de Trump par les GAFA vient sans doute aggraver le phénomène.

 

Car le rassemblement à la Biden, c’est le vieux discours démocrate qui consiste à s’adresser à tous les publics individuellement, en fonction de leurs origines ou orientations sexuelles, le communautarisme comme succédané aux idées sociales pour des Démocrates qui ne remettent pas en cause un système économique injuste. La description de l’administration Biden par Le Vent Se Lève est à ce titre extrêmement éclairante. C’est la même équipe qui a créé un espace politique pour le trumpisme en 2016 et qui pourrait bien le lui conserver à l’avenir. Avec du recul, l’absence de remise en question des Démocrates est stupéfiante. Ils n’ont rien changé au logiciel perdant de 2016 et semblent incapables de réfléchir aux raisons pour lesquelles Trump a pu gagner. Bien sûr, ils ont repris le pouvoir, mais la prochaine fois, ils seront les sortants. Et l’opposition pourrait bien aller au trumpisme…

 

A ce titre, il est totalement effarant d’entendre le nouveau locataire de la Maison Blanche parler de « mener le monde » ou dire qu’il veut refaire « des Etats-Unis la grande force du Bien dans le monde ». Comment oser tenir un tel discours près de 20 ans après l’Afghanistan et l’Irak, où ce prétendu Bien n’a apporté que chaos, désolation et des morts par centaines de milliers ! Comment parler de « Bien dans le monde » pour un pays qui choisit arbitrairement d’affamer des pays qui lui sont hostiles, au-delà du raisonnable et de ce qui devrait être humainement acceptable, à Cuba ou au Vénézuela. Pire, les Etats-Unis parviennent à imposer à trop de pays dans le monde de suivre leur politique, par l’extraterritorialité de leur droit, qui en fait des tyrans ! Au moins, les Etats-Unis de Trump avaient moins la prétention d’imposer leur ligne à la planète entière. Le (relatif) isolationnisme a des vertus, comme le découvriront ceux qui célèbrent un peu trop un président qui pourrait bien être plus dur pour les pays européens

 

Bien sûr, le spectacle de l’investiture était réussi, pour qui s’en accomode pour une cérémonie politique. Mais en refusant de se remettre en question et en poursuivant les mêmes politiques qu’Obama, Biden créé les conditions idéales pour que le trumpisme perdure. Théoriquement, c’est aberrant, mais le scrutin de novembre montre qu’il ne faut pas sous-estimer le président sortant…

 

 

Deux très bon papiers à lire, pour sortir échapper au Fan de Biden superficiel et léger :

-        Le remarquable papier « Administration Biden : le retour au statu quo néolibéral » de Politicoboy sur le site de Le Vent qui se lève

-        L’excellent et très riche papier de Laure Mandeville du Figaro sur le futur politique des Etats-Unis : « La démocratie américaine dans les eaux dangereuses d’un temps révolutionnaire »

3 commentaires:

  1. Là bas un crétin succède à un mégalo. Ici un pervers a succédé à une andouille. Au moins les russes sont épargnés !

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  2. Trump n'aurait peut-être pas dû contester l'élection.

    D'un autre côté, cette contestation et même le ridicule investissement du Congrès début janvier sont nettement moins dangereuses et nettement moins graves que les agissements des Démocrates, qui appuient les déclarations inexactes et dangereuses de BLM.

    Le fait que vous ne vous rendiez pas compte du danger nettement plus grand de l'un que de l'autre montre à la fois votre parti-pris, et l'influence qu'ont sur vous la majorité des médias.

    Pour en revenir à l'investissement du Capitole, Tandonnet sur son blog relaie l'article dans le Figaro de l'ex ambassadeur Araud (celui qui avait twitté sur "la fin d'un monde" lors de l'élection de Trump), et souligne en réponse aux commentaires que celui-ci parle "d'erreur invraisemblable" des forces de l'ordre qui se seraient laissé déborder. A bon entendeur...

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  3. @ Anonyme

    Poutine n’est pas un modèle il me semble.

    Influence des média ? Libre à vous de le penser ou le dire. Je ne vois pas de quel danger je ne me rendrais pas compte.

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