Cette semaine, Tesla a publié ses résultats pour l’année 2025. Entre le premier recul du chiffre d’affaires, inférieur à 2023, et un effondrement du résultat net de 46%, après la chute de plus de 50% l’an dernier, la bulle boursière aurait pu éclater. C’était sans compter sur les talents de romancier d’Elon Musk qui a su raconter une histoire qui a calmé les marchés. Pour combien de temps ?
Une bulle de plus en plus démesurée
Et, sans grande innovation en 2026, avec l’arrêt des model S et X, et le naufrage du Cybercab, on peut penser que Tesla pourrait encore perdre du terrain dans l’automobile en 2026, alors que tous ces concurrents ne cessent d’innover et de lancer de nouveaux produits, toujours plus compétitifs. Dans un tel contexte, la bulle boursière extravagante qui entoure l’entreprise, la valorisant désormais à 400 fois son résultat annuel, devrait exploser. On peut rappeler ici que Meta, dans un business très différent, a passé le cap de 200 milliards de chiffres d’affaires en 2025 et a réalisé plus de 60 milliards de résultat net, plus de 15 fois plus que Tesla, avec une croissance de plus de 20% dans les deux cas. Pourtant, Meta n’affiche qu’une capitalisation boursière de 30 fois ses résultats, plus de 10 fois moins cher que Tesla…
La déconnexion entre des résultats financiers en forte baisse depuis deux ans, et sans guère de perspectives de rebond sur l’ensemble de l’année 2026 et une action encore proche de ses plus hauts historiques est totalement extravagante. On peut pointer que Tesla a supprimé le graphe sur ses parts de marché automobile de son rapport annuel pour ne pas rappeler qu’elles sont en baisse. En outre, il faut rappeler que Tesla a encore touché plus de 2 milliards de dollars de crédits réglementaires des autres constructeurs, soit plus de 50% de son résultat net en 2025. Mais on peut noter que l’EBITDA a beaucoup moins baissé et l’entreprise a généré davantage de trésorerie, et que cette dernière reste très confortable, au point que Tesla a investi 2 milliards dans xAI, une autre entreprise d’Elon Musk.
Mais c’est plutôt la stratégie globale de l’entreprise, et ses promesses, qui semblent tenir le cours de bourse. Outre quelques avancées technologiques, Musk parie sur le déploiement, payant, de la conduite autonome, le développement des Cybercab et la vente de robots. Tesla compte 1,1 million d’abonnés au service de conduite autonome (payant, à 99 dollars par mois à partir de cette année, alors qu’avant ce service était vendu en une seule fois), en hausse de 38%. Mais on peut objecter que la proportion d’abonnés reste limitée et progresse peu, et que le succès du service dépendra aussi du succès des ventes de voitures, en recul de 9% en 2025... Mais ce sont surtout les nouveaux marchés qui tiennent le cours de bourse, permettant toutes les prévisions les plus optimistes, de CA comme de rentabilité.
Le Cybercab pose pourtant plusieurs questions. D’abord, c’est un modèle d’affaire très différent, qui nécessite de lourds investissements puisque Tesla doit les produire avant de toucher des revenus. La marge peut être très forte, mais elle vient dans un second temps. En outre, Tesla devrait construire une base de clients, comme a pu le faire Uber, et cela peut être très coûteux. Enfin, Musk n’est pas le seul sur les rangs et la vitesse de déploiement de ces services, l’intensité concurrentiel, et le niveau d’adoption restent incertains. Le Cybercab peut aussi bien être très rentable qu’un gouffre pour Tesla s’il en produit trop et que ses rivaux sont agressifs sur les prix et les marges. C’est un marché qui a probablement du potentiel, mais ce potentiel attire d’autres entreprises, comme Alphabet, bien plus riche encore que Tesla…
Le robot Optimus, qui pourrait être lancé en fin d’année, représente un pari tout aussi incertain. Quel sera son prix et sa rentabilité ? Tesla n’est pas seul sur les rangs. Et on se demander si le comportement erratique et agressif d’Elon Musk va donner envie d’acheter le robot de son entreprise. L’image qu’il a projeté depuis deux ans pourrait bien être un frein majeur aux ventes d’un robot Tesla qui n’aurait pas totalement coupé les ponts avec l’entreprise. Qui aura envie d’un robot mis à jour régulièrement par Elon Musk ? Si le marché des robots a sans doute du potentiel, personne ne sait à quel point, quelle sera sa rentabilité, quels seront les acteurs clés. En outre, les nouveaux marchés ont souvent tendance à ne pas être rentables au début, ce qui augure mal d’un redressement des comptes de Tesla à court terme.
Plus globalement, la valorisation extravagante de Tesla, et son multiple unique, ne pourrait reposer que sur un redressement rapide de l’entreprise sur l’automobile, et un succès rapide et massif sur les robotaxis et les robots personnels. Deux hypothèses qui semblent irréalistes. L’activité automobile semble presque oubliée et on peut douter qu’elle se redresse d’ici à fin 2027. Et même à supposer que les marchés des robotaxis et des robots personnels se développent, non seulement Tesla n’est pas sûr d’être l’acteur dominant, mais l’horizon de temps de leur développement risque d’être trop éloigné pour redresser Tesla… Bref, entre un CA en recul, plus bas qu’en 2023, du fait de l’affaiblissement des positions de l’entreprise sur l’automobile, un résultat net qui a baissé de 75% en 2 ans, sous le niveau de 2021, le niveau de l’action Tesla est totalement délirant, même (voir encore plus) avec les paris ambitieux de l’entreprise.
Avec une valorisation dix fois plus fortes que les GAFAM, 8 fois plus forte que Nvidia, la bulle actuelle est particulièrement extrême. D’ailleurs, des échanges avec Grok avaient poussé l’IA d’Elon Musk à comparer Tesla avec Cisco, dont l’action avait perdu plus de 80% en 2001 et était resté autour de ce niveau pendant une décennie… La question n’est pas de savoir si la bulle explosera, mais quand.




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