Quand il avait commencé à exprimer des vues sur le Groenland, j’avais cru à une foucade passagère. Mais les derniers jours ont montré que ce n’était pas juste des paroles en l’air. Donald Trump a annoncé, puis suspendu, une guerre commerciale contre ceux qui s’opposeraient à ses projets ! Et outre l’enlèvement de Maduro, il menace le président de la Fed d’actions en justice. Plus fort que Netflix…
Ego-trip arbitraire, autoritaire, vulgaire et erratique
Le contexte intérieur semble délicat, même en essayant de s’abstraire du parti-pris colossal de nos médias. Sur le Vénézuela, 5 sénateurs républicains ont voté avec la minorité démocrate contre le président pour tenter de lui signifier que les conflits doivent être votés par les Assemblées. L’inflation pèse sur les ménages et il a échoué à être le président du pouvoir d’achat qu’il disait être face à un camp démocrate miné par l’inflation de 2023 et 2024, apparaissant de plus en plus comme celui des milliardaires. L’affaire Epstein ne l’épargne pas. Et les élections de mi-mandat ne semblent pas évidentes, même si les démocrates se cherchent entre une aile populiste toujours incarnée par Bernie Sanders et les apparatchiks de l’ère Clinton-Obama, incapables de faire leur mea-culpa pour leur responsabilité dans l’élection de Trump.
En ce début d’année, Donald Trump semble prêt à tout pour faire ce qui pourrait l’aider à gagner les élections de fin d’année. Faute de pouvoir agir sur l’inflation en contraignant les entreprises, il semble vouloir s’appuyer sur deux leviers : la politique monétaire et une ambition impérialiste renouvelée. Sur la monnaie, il a réussi à arracher trois baisses de taux à la Fed en 2025, avec le reflux de l’inflation, mais Jérôme Powell résiste à ses demandes. Trump a accentué la pression en utilisant le levier judiciaire pour obtenir une politique plus accommodante rapidement, mais le patron de la Fed résiste en publiant une vidéo devenue virale défendant son indépendance. Son remplacement dans quelques mois devrait être l’occasion d’une nouvelle bataille rangée pour obtenir un remplaçant qui serait à sa botte…
A l’international, son action est tout aussi extrême. L’enlèvement de Nicolas Maduro et la tentative de prendre le contrôle du pays et de son pétrole a stupéfié le monde. Mais comme souvent, entre les mots de Trump et la réalité, il y a un grand écart. Lui qui annonçait contrôler le pays se voit remis à sa place par la présidente par intérim chaviste et les compagnies pétrolières étatsuniennes expriment leurs doutes pour investir dans un pays qui a déjà nationalisé plusieurs fois leurs actifs. Si la première partie de l’expédition vénézuélienne a été exécuté avec une grande force, les étapes d’après semblent encore très incertaines et il est tout sauf certain que le chavisme finisse par tomber. On peut se demander s’il ne sortira pas renforcer de l’épisode, face à des yankees un peu trop charognards pour être bien accueillis…
Gain à court terme, perte juste après ?
En somme, ce qui frappe avec le Vénézuela, c’est à quel point Trump prend des risques inconsidérés, qui pourraient lui exploser à la figure un peu après. Si dans quelques mois, les chavistes sont toujours au pouvoir, alors, l’enlèvement de Maduro risque d’être vu comme une opération très incomplète. Idem avec le Groenland. Il y a une semaine, les USA n’excluaient pas le recours à la force pour en prendre possession. Devant les réactions des pays européens et des marchés, Donald Trump a fini par exclure le recours à la force et se contenter de dire que s’il n’obtenait rien, il s’en souviendrait. Ce faisant, Trump et les USA risquent de perdre sur les deux tableaux. Non seulement, je pense qu’il n’obtiendra que le minimum pour ne pas perdre totalement la face, mais en plus, il accélère l’éloignement des USA. Face à un partenaire aussi dur, agressif et erratique avec ses alliés, qui va vouloir rester proche de l’Oncle Sam ?
Même l’ectoplasme européen semble vouloir barrer la route aux cow boys intéressés par un Groenland qui ne veut pas devenir la tribu indienne du 21ème siècle, quelques que soient les conditions. En agissant de la sorte, non seulement, les habitants du Groenland devraient être encore plus hostiles à tout rapprochement avec les USA, mais, de manière exceptionnelle, cela a poussé certains dirigeants européens à montrer les muscles, en évoquant une vente des Bons du Trésor ou un mécanisme de sanctions commerciales. Son recul n’a pas donné l’occasion à nos dirigeants d’exprimer clairement un plan de riposte. Pour être honnête, il n’est pas certain qu’ils y seraient parvenus, au regard de la modération de l’Italie et l’Allemagne. Mais, ce faisant, il faut reconnaître qu’il créé les meilleures conditions pour que l’UE lui résiste.
Et à moitié terme, son action extraordinairement agressive représente une puissante incitation pour les dirigeants du monde entier à réduire toute dépendance à l’égard des USA et à couper ou minimiser tout lien qui pourrait servir de moyen de pression pour Washington. Trump vient de faire une publicité incroyable pour toutes les initiatives qui visent à remettre en cause le rôle du dollar dans le monde. Nul doute qu’il contribue à accélérer tous les choix permettant de se rendre moins dépendant de ces yankees agressifs et instables. Mais est-il simplement étonnant qu’un dirigeant étatsunien s’enferre dans un combat pour des gains à très court terme en ignorant complètement les risques que cela pose à plus long terme ? C’est comme une allégorie de leur système économique tellement court-termiste et instable.
Cette première année du second mandat de Donald Trump a été tellement remplie qu’elle semble avoir duré deux ou trois fois plus longtemps. Si certains bras de fer commerciaux sont justes et pertinents, notamment avec la Chine, la majeure partie des actes de ce président sont ceux d’un sale gosse insultant et agressif avec le reste du monde. Comment certains peuvent encore l’épargner aujourd’hui ?

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