Comme habitant de Paris, j’avais un vrai intérêt pour la campagne des élections municipales. J’ai lu plusieurs programmes avec attention. Devant le bilan calamiteux d’une équipe au pouvoir depuis bien trop longtemps (un quart de siècle…), je pensais, et pense toujours, que notre ville a besoin d’alternance. Dommage que Rachida Dati se soit imposée comme sa première incarnation.
Une majorité finalement moins faible que son opposition…
Plus encore que cela, c’est tout le bilan de la majorité au pouvoir qui me semblait mériter sanction électorale. Je doute de la bonne utilisation de l’explosion des dépenses et de la dette, alors que bien des fonctionnaires municipaux semblent souvent si mal payés (animateurs scolaires, personnel des crèches ou des piscines). Les rachats dispendieux d’immobilier ne sont-ils pas surtout destinés à se créer une clientèle électorale captive pour rester en place ? La nouvelle carte scolaire des lycées publics est un casus belli pour garder ses enfants dans le public au collège, même dans les beaux quartiers. Pourquoi imposer à ses enfants plus d’une demi-heure de transport en commun pour aller au lycée, ou couper avec leurs amis et leurs habitudes à 15 ans dans la loterie scolaire mise en place pour l’entrée en seconde ?
Je persiste à contester l’extrémisme de la politique anti-voiture, quand la vie nécessite parfois de se déplacer de la sorte, notamment avec des petits enfants. La limitation à cinquante kilomètres par heure de la vitesse sur le périphérique est ridicule. Mais aussi sur bien des sujets théoriquement plus proches du centre de gravité de la majorité, le bilan me semble étonnamment mauvais : les réaménagements de lieux emblématiques de la capitale manquent cruellement de végétations, de République à Porte Maillot. L’accessibilité n’a clairement pas assez progressé dans le métro. Enfin, je suis révolté par le laisser-faire architectural qui fait de notre ville un champ d’expérimentation quasiment sans contrainte pour tous les nouveaux bâtiments alors que les règles sont parfois très strictes pour l’existant. Malheureusement, en 25 ans, l’héritage haussmanien, qui aurait pu être régénéré, a été dilué par des immeubles sans âme.
Pour toutes ces raisons, j’ai pu dépasser mes innombrables limites à l’égard de la liste des Républicains, en arrivant à la conclusion qu’elle était une moins mauvaise solution que l’actuelle dans bien des domaines : le programme me semblait préférable sur la plupart des sujets. Mais les Parisiens en ont décidé autrement, accordant un peu plus de 50% de leurs voix aux listes d’Emmanuel Grégoire, contre 41% pour celles de Rachida Dati, dans une configuration pourtant quasiment idéale (maintien de LFI, désistement sans accord de Sarah Knafo). On peut y voir pour partie l’effet du clientélisme de la majorité sortante, probablement à l’œuvre dans la politique de transport, dans une ville où les automobilistes sont si minoritaires que Rachida Dati s’est montrée très timide sur le sujet, contrairement à Sarah Knafo. Emmanuel Grégoire n’a pas été très bon lors du débat du second tour, mais cela a été suffisant…
Il faut dire que Rachida Dati a été aussi mauvaise candidate que perdante. S’il convient d’être prudent sur les attaques concernant son caractère, qui peuvent relever d’une forme de misogynie, on peut aussi croire qu’elle n’a pas su unir autour d’elle la majorité présidentielle et LR, s’imposant avec brutalité et en négligeant les alliances de personnes et d’appareil. Pire, elle a très fortement négligé sa campagne parisienne, conservant bien trop longtemps son maroquin ministériel, alors que Paris méritait une longue campagne à plein temps. Cette négligence électorale ne peut pas être comblée par le buzz de quelques posts tardifs : les parisiens l’ont vu faire une campagne à temps trop partiel. Elle ne semblait pas vouloir la ville. Et son programme, révélé bien tardivement, aurait mérité plus de travail et de communication en amont. Pour gagner, il fallait faire trois à six mois de campagne tous azimut, à plein temps et très préparée.
Cette élection, c’est peut-être finalement davantage
la défaite d’une candidate qui n’a pas su donner envie aux Parisiens de changer,
alors même que nous n’étions pas satisfaits de cette majorité usée. Pourtant, une
alternance ferait du bien à notre ville. Dommage que l’élection 2026 prolonge
les expérimentations si hasardeuses de cette majorité dans tant de domaines.
Pauvre de nous.

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