dimanche 6 septembre 2026

Austérité : il n’y a pas de fatalité

La cause est entendue pour le bloc central et ses appendices droitiers. Entre un déficit supérieur à 5% du PIB, une dette publique approchant les 120% et des taux au plus haut, l’austérité serait le seul horizon. Les Échos ont même commandité un sondage qui indiquerait que 85% des Français voudraient réduire le niveau de la dette. Problème : l’opinion est moins claire, et ceux qui recommandent cela sont ceux qui nous ont mené là. De même qu’ils avaient tort dans le passé, ils ont encore tort aujourd’hui.


 

Le débat trop oublié de la monétisation

 

Il est dommage que Jean-Luc Mélenchon ait abordé ce débat sous l’angle de l’annulation des dettes, qui, aussi intéressant soit-il, n’est que la forme la plus radicale du débat sur la monétisation des dettes publiques par les banques centrales. Il aurait été plus avisé d’annoncer que, lui président de la République, il reprendrait le contrôle de la Banque de France, et lui demanderait d’intervenir sur les marchés pour racheter de la dette publique Française. Après tout, le président de la Banque de France n’est qu’un haut fonctionnaire, nommé par le pouvoir, et il pourrait dire qu’il passerait par la loi pour mettre fin à la sortie de la politique monétaire du cadre démocratique. Bien sûr, c’est contraire aux traités européens, mais il pourrait dire que cela fait partie des réformes non négociables qui font le socle de son programme.

 

Malgré tout, le Conseil Constitutionnel et nos banquiers centraux pourraient s’y opposer, mais ce faisant, il pourrait aussi opposer une volonté populaire aux arguties juridiques de la technocratie. L’avantage pour lui, c’est qu’il pourrait trouver une majorité de Français derrière lui pour soutenir le retour de la politique monétaire dans le cadre, alors que la proposition d’annulation, si elle semble déjà soutenue par 43% des Français, aura plus de mal pour trouver une majorité. Bien sûr, l’annulation a l’avantage de la simplicité, mais la proposition est suffisamment radicale pour en rebuter beaucoup et continuer à entretenir le procès en manque de sérieux ou de réalisme des propositions de LFI. Proposer une reprise de la monétisation aurait été infiniment plus habile : c’est un outil qui a été largement utilisé dans les dernières décennies, au point que plus d’un quart de notre dette publique a été détenue par la Banque de France.

 

Il serait impossible d’opposer un caractère irréaliste à cette proposition du fait de l’ampleur des programmes du passé récent. Ce faisant, il serait possible de souligner que les banquiers centraux ont pris l’initiative de « démonétiser » la dette publique depuis 2023, en ne remplaçant pas les titres venus à échéance, ce qui a réduit le part de la dette publique détenue par la Banque de France, passée de 26 à 18%. Ce choix n’est pas neutre, et porte sans doute un rôle majeur dans la remontée des taux d’intérêt puisque le montant des titres disponibles sur le marché progresse alors encore plus rapidement que notre endettement. D’ailleurs, a contrario, quand les banques centrales rachetaient des titres, cela avait fortement contribué à pousser les taux à des plus bas historiques, proche de zéro, réduisant très fortement le coût des intérêts de la dette et réduisant la dépendance de nos pays à l’égard des marchés financiers.

 

Jean-Luc Mélenchon aurait mieux fait de porter ce débat sur la place publique ou souligner l’importance de la politique monétaire dans nos équilibres économiques et il aurait pu proposer une reprise en main de la politique monétaire pour reprendre les programmes de monétisation. D’ailleurs, il y a un précédent intéressant : celui du Japon au début des années 2010. Avec 250% de dette publique par rapport au PIB, 8% de déficit, dans un pays souffrant de déflation, le Premier ministre Japonais, Shinzo Abe, avait compris que pour sortir de la crise économique, il fallait procéder à une monétisation massive de la dette publique, qui permettrait de relancer l’économie, malgré les déficits et sortir par le haut. Aujourd’hui, nous savons que cela a marché : la déflation a été vaincue et la moitié de la dette monétisée, avec un rythme de monétisation ambitieux, de 10 à 15 points de PIB par an. Il y a bien une autre voie à l’austérité.

 

Bien sûr, cela est contraire aux traités, mais moins complexe, politiquement, que l’annulation. La monétisation a été une bouffée d’air pour nos économies. Mais face à des banquiers centraux arc-boutés sur des politiques monétaristes austéritaires, il devrait être plus facilement possible de questionner leurs choix, et plus encore leur indépendance, même si pour moi, la meilleure solution reste un débat sur le Frexit.

 

Suite à venir sur les modalités, en prolongement du très bon dernier papier de Frédéric Lordon sur le sujet, mis à ma connaissance par @Caro_Jer, que je remercie

5 commentaires:

  1. Depuis des décennies, tous les français ont vécu très largement au-dessus de leurs moyens et aussi très largement au-dessus de ce qu’ils méritaient. Logiquement, le moment est venu de payer la facture!

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  2. Sur la proposition LFI, Michel Rocard, un grand extrêmiste radicalisé islamo-gôchisse et komplôtisse, avait une approche similaire. https://www.youtube.com/watch?v=y99HMX03Dlg

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  3. HERBLAY
    La dette ne disparaît pas: si la Banque de France la rachète c'est en inscrivant un montant équivalent en réserves/dépôts bancaires à son passif. Et la banque d France appartient à l'état français.

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  4. @ Anonyme

    Non, les Français souffrent d’un vrai appauvrissement (au niveau personnel pour beaucoup, complété par le recul des services publics) pour financer une politique de l’offre qui coûte un pognon de dingue (environ 100 milliards par an sur les seules mesures Macron/Hollande) qui n’a aucun sens dans un espace ouvert à tous les mauvais vents. Elle est là la responsabilité de la situation actuelle.

    @ Rodolphe

    Complètement aligné avec l’idée du frigo, et avec des idées d’augmentation de sa taille (j’ai dénoncé dès que j’ai su la réduction de sa taille) ou son passage en mode permanent. En revanche, l’idée d’incinération me semble un peu maladroite, outre le fait de ne pas être pleinement utile (un frigo plus grand et permanent pourrait l’être davantage)

    @ Anonyme

    En effet, aujourd’hui, elle ne disparaît pas. Mais un débat poussé par LFI, c’est l’incinération des dettes publiques détenues par la Banque centrale (après tout, elles sont à la fois à l’actif et au passif de la nation)

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    1. herblay
      si les obligations figureraient bien à l'actif de la banque centrale qui les achetait, (et la monnaie créée pour les acheter à son passif), ces obligations étatiques continueraient néanmoins à figurer au passif de l'état.
      Simplement le créditeur des obligations ne serait plus l'investisseur privé, mais la banque centrale.

      On ne voit vraiment pas ce qui changerait.
      Actuellement l'état défaillant ruinerait les particuliers et institutions détenteurs d'obligations.
      Après un éventuel achat d'obligations par la banque centrale, l'état défaillant ruinerait la banque centrale, qui perdrait l' actif qui équilibre son passif (la monnaie créée).
      C'est la faillite de la Banque de France que l' on souhaite ?

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