samedi 20 décembre 2014

6 mois après, le dépeçage d’Alstom s’accomplit





Trois vautours et un cadavre

Le bilan est amer. Le vote de l’Assemblée Générale d’hier a entériné un dépeçage complet de l’entreprise. Pas moins de 70% du chiffre d’affaires de l’entreprise va être cédé à General Electric pour 12,35 milliards. Plus de 60 000 salariés changent d’employeurs. Toute la question est de savoir combient le seront encore dans quelques années. Pire, la fiction des co-entreprises tombe puisque GE détiendra « 50% plus une action en capital et en droits de vote » comme le rapporte le Monde. Et sur le nucléaire, GE disposera de « 80% du capital et 50% plus deux voix en droits de vote ». Bref, dans la réalité, comme je l’annonçais alors malheureusement Alstom est dépecé par GE, le vautour en chef.

Mais le géant étasunien n’est pas le seul vautour en chef. Habile, pour obtenir le soutien des autres partis-prenantes, il partage le cadavre avec les actionnaires et les dirigeants, s’assurant un vote positif lors de l’Assemblée Général. C’est ainsi que « le groupe a nnoncé qu’il compter reverser à ses actionnaires, sous la forme d’une offre publique de rachat d’actions, 3,5 à 4 milliards d’euros ». Cela aide à obtenir 99,2% de vote positif à l’Assemblée. Mais ce n’est pas tout : Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros. Le Figaro cite un délégué syndical CGT-Métallurgie pour qui « 2000 hauts dirigeants vont également se partager 60 millions d’euros ».

La victoire du capitalisme cannibale

Voici un nouvel exemple typique du mode de fonctionnement de ce capitalisme totalement dérégulé et qui ressemble définitivement à la loi de la jungle. Le pire est que l’Etat avait théoriquement un droit de vote, ce qui signifie qu’il a entériné ce plan barbare, où les dirigeants de l’entreprise n’hésitent pas à la dévorer eux même contre espèces sonnantes et trébuchantes. Quand aux actionnaires, dans ce système, il y a bien longtemps qu’ils ne se soucient plus du long terme et qu’ils ne regardent que ce que cela leur rapporte à court terme, les rendant ouverts à ce genre de dépeçage où ils touchent rapidement beaucoup d’argent, plutôt que d’essayer de construire quoique ce soit dans la durée,

Mais que restera-t-il demain d’Alstom ? Finalement, ne devrait subsister que la partie transport ferroviaire, qui n’intéressant pas General Electric. Mais, même si GE a une forte et ancienne présence en France, comment ne pas comprendre que les intérêts de la filière énergie d’Alstom ne seront qu’un détail par rapport à ceux des actionnaires et des dirigeants du monstre étasunien. La France a soldé sa filière énergétique et l’Etat laisse faire sans que grand monde ne se rende compte de cette énorme arnaque et des mécanismes délétères à l’œuvre dans ce capitalisme cannibale qui dévore les organisations pour gagner toujours plus d’argent, sachant laisser quelques restes à ceux dont il a besoin.

Dès le début de l’affaire, en avril, on pouvait comprendre qu’il fallait protéger Alstom de General Electric, mais aussi de Siemens. Malheureusement, le laisser-faire continue à régner. Il est effarant que François Hollande ait été moins interventionniste sur Alstom que son prédécesseur à l’Elysée.

11 commentaires:

  1. "Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros", ce qui explique son empressement à liquider Alstom. Question : combien vont toucher les salariés demain lorsqu'ils seront éjectés ? Et les Français spoliés ?

    DemOs

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  2. Des sociétés franco-francaises importantes où les patrons s'en mettent plein les poches tout en licenciant à tours de bras c'est très courant.

    Pour le moment Alstom ne licencie pas et Kron se sucre au passage de la même façon que le font des patrons de sociétés françaises. On voit pas bien pourquoi ces cris d'orfraie.

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    1. Faut-il vous rappeler ce que sont devenus Arcelor, Péchiney ou même Alcatel?
      pourquoi cette soumission permanente aux Anglo-Saxons?

      Antoine

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    2. PS : surtout après le racket par l'état américain de BNP Paribas et de la SNCF!

      Antoine

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    3. Le comportement de Kron démontre juste où se situe l'intérêt stratégique de l'opération. A une certaine époque, l'establishment n'avait que les mots de "patriotisme",
      "souveraineté", n'a plus à la bouche et dans les médias que les mots de "compétitivité", "concurrence". Plus question de parler de la France et des intérêts stratégiques, c'est chacun pour soi et sauve qui peut. Et après, on viendra nous chanter - tu seras peut-être de ceux-là - que les Français sont populistes et conservateurs.

      DemOs

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  3. HS mais ça reste dans le domaine de la soumission : http://www.lexpress.fr/culture/nous-collaborons-a-la-disparition-du-francais_1611912.html

    "Oui, l'"anglobal" est une forme de parasite. A la Renaissance, des milliers de mots italiens sont entrés dans la langue française, mais ils ont été rapidement absorbés, transformés, francisés. Aujourd'hui, et c'est une première dans l'histoire de la langue, les mots anglais qui s'implantent chaque jour dans notre vocabulaire ne sont plus de l'ordre de l'échange, mais de la substitution ("checker" à la place de "vérifier") : ils font penser aux 30 000 flèches d'Azincourt. En France colonisée, c'est Halloween tous les jours. Mais, plus que de colonisation, nous devons parler d'autocolonisation. Nous n'avons pas d'ennemi. C'est l'effet Banania, le début de la déculturation. Regardez ce qu'il se passe avec Daft Punk, The Artist... Pour être reconnus du maître et obtenir la récompense majeure, il faut le mimer, abandonner, renoncer à ce que nous sommes."
    [...]

    "Mais c'est inéluctable : la Commission européenne a décidé d'imposer l'anglais à tous les Etats européens. Ce choix renverse l'ordonnance de Villers-Cotterêts, par laquelle François Ier substitua le français au latin comme langue officielle : nous rompons avec cinq siècles de culture et avec le logiciel absolu de l'histoire de France."
    [...]

    "A l'origine, il y a Giscard d'Estaing, le grand fourrier de la langue française, qui lance son message au monde en anglais depuis le balcon de la rue de la Bienfaisance. Les Québécois en pleuraient. Même François Mitterrand a été gravement passif, il l'a regretté d'ailleurs à la fin de sa vie. Il a laissé tous les collabos, les Camdessus, les Trichet, les Védrine, les Lamy, se déchaîner dans la langue du maître. Bel exemple de La Trahison des clercs.

    Rappelez-vous, en 1420, alors que la France disparaît de sa propre carte, les Armagnacs furent laminés par les Bourguignons. Le clivage droite-gauche n'a pas de pertinence en période de tempête, ce qui remonte aujour d'hui (en 2014, dans les mêmes chiffres que 1420 !), c'est ce clivage fondamental Armagnacs-Bourguignons. Et les Armagnacs, aujourd'hui, n'ont aucune chance, car les Bourguignons ont désormais de leur côté le fédéralisme européen, qui installe un espace anglophone libéral. Ce qui est frappant, c'est qu'il y a un effet de "naturalisation", comme disait Barthes, la langue du maître paraît désor mais naturelle."
    [...]

    ""L'histoire de France, écrit Michelet, commence avec la langue française." Il est temps de voir en quoi notre société se transforme. Comme les Gallo-Romains qui ont trahi leur passé en abandonnant leur culture, les "gallo-ricains" se soumettent au modèle dominant. Et le français, tendant au chiac, ce sabir anglo -français qui sévit dans le Nouveau-Brunswick ("je watche la TV"), devient tous les jours moins attractif. On peut dire que l'histoire de France s'achève avec sa langue."

    "La langue et la culture françaises sont désirées partout dans le monde comme une alternative au modèle anglo-saxon. Mais nous, nous y avons renoncé. Sinon, nous verrions tous les jours à la télévision les Québécois, les Belges, les Suisses, les Burkinabés... Or que nous propose-t-on ? Des séries américaines. La France a renoncé à la francophonie pour prendre part à l'Europe anglophone. Djibouti sera perdu dans dix ans, le Rwanda, où les professeurs de français sont ringardisés, l'est déjà. La perte de la francophonie est imminente. Que faire ? "On a beau crier dans le désert, cela ne fait pas tomber les étoiles", dit un proverbe dogon."

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    1. D'accord avec tes observations et bravo pour ce beau proverbe dogon.
      Notre problème actuel, ici, vient de l'endogamie de ce que certains commentateurs osent appeler des "élites" : même origine sociale, mêmes écoles, mêmes milieux professionnels , mêmes pratiques. Ce petit milieu, retranché dans ses beaux logis et ses certitudes, si bien présentés par les Pinçon-Charlot, a tout compris - c'est ce qu'il croit en tout cas - a toutes les solutions et surtout a les moyens de nous imposer ce qu'il veut dans notre société post-démocratique.

      DemOs

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  4. Anonyme20 décembre 2014 21:20

    Il se trouve que les plus grosses major US sont récentes et ne relèvent pas du tout de la sidérurgie ou autres vieilles industries. Il se trouve que la Russie a une économie industrielle morte en raison des choix de privilégier certains secteurs dits nobles au détriment d'autres secteurs qui auraient pu se développer. La Russie est l'exemple même de l'état "stratège" nationaliste souverainiste complètement foireux où une centaine de personnes concentre une gigantesque part des richesses. Dire que ces benêts de Berruyer ou Sapir passent l'essentiel de leur temps à plaider la cause russe, c'est à mourir de rire :

    http://www.inegalites.fr/spip.php?page=breve&id_breve=993

    http://geographie.blog.lemonde.fr/2014/12/19/russian-disease-ou-la-maladie-du-sovietisme-de-la-crise-economique-qui-frappe-la-russie-et-de-ses-origines/#xtor=RSS-32280322

    Les ex-peco se méfient à juste titre de la Russie qui sous l’appellation URSS leur a fait subir tous les outrages et se sont vite précipité vers l'UE qui malgré ses problèmes leur a permis d'améliorer leur sort. Allez en Hongrie et vous verrez ce qu'ils pensent de la Russie, Orban s'est bien gardé de sortir de l'UE pour rejoindre la sphère russe.

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  5. "Notre problème actuel, ici, vient de l'endogamie de ce que certains commentateurs osent appeler des "élites" : même origine sociale, mêmes écoles, mêmes milieux professionnels , mêmes pratiques."

    C'est le problème et la sortie de l'Euro ou de l'UE n'y changera strictement rien. L'énarchie qui date de de Gaulle a complètement pourri la France. C'est l'énarchie gaullienne qui ne cesse de couler la France.

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    1. Non, ce n'est pas l'énarchie gaullienne! Ce sont les Young Leaders de Giscard! Et l'anglais est devenu leur langue maternelle!

      Antoine

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  6. @ Démos

    Bien vu

    @ Anonyme

    Bien sûr. Mais pour combien de temps ? Merci à Antoine pour ses rappels.

    @ Bip

    Merci. Cela mérite un papier

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