samedi 25 juillet 2015

Ce que les « firmes zombies » disent du Japon, et de nous

The Economist a récemment consacré un papier sur les entreprises japonaises en difficulté, affirmant que « les difficultés de deux grandes entreprises montrent jusqu’où la réforme des entreprises doit aller ». Une analyse qui en dit sur la conception du temps en Asie, et pour les néolibéraux.



De la destruction créative

The Economist fait le procès de Toshiba et Sharp, deux géants de l’électronique nippon qui ne parviennent pas à trouver un second souffle, au contraire de Panasonic et Sony. Déjà, il n’est pas inintéressant de noter que l’hebdomadaire néolibéral mesure la réussite des quatre entreprises à leur cours de bourse. Quand on connaît la volatilité et les errements des marchés sur les dernières années, tant à la hausse qu’à la baisse, prendre une telle mesure en dit long. L’hebdo raconte les errements de Sharp, qui avait pourtant une bonne position sur plusieurs marchés il y a seulement cinq ans, mais qui vient de passer de fortes dépréciations. La situation de Toshiba est similaire, avec des ennuis comptables.



Pour l’hebdo, « au Japon, les banques conservent des légions de firmes zombies en soutien thérapeutique. Pour les créanciers de Sharp, la grande taille de sa dette signifie qu’ils ne peuvent pas permettre une banqueroute sans en payer le prix ». Il conclut « en fait, cela a été une semaine désespérante pour l’équipe grandissante des partisans d’une nouvelle gouvernance des entreprises au Japon ». En fait, il croit à la destruction créative de Schumpeter, ne pas trop s’appesantir sur les dégâts créés par les échecs car cela serait compensé par un climat plus favorable pour la création. Mais trois semaines plus tard, The Economist notait que « les vents du changement commencer à souffler ».

Le lièvre et la tortue

Il n’y a rien de bien étonnant  à ce que les néolibéraux soient favorables à un tel mode de fonctionnement, qui ne se soucie guère du passé, ou des conséquences humaines de cette destruction. Voilà pourquoi ils ne comprennent pas l’opposition à la concurrence déloyale apportée par l’anarchie commerciale, à Uber, ou à l’utilisation sans restriction de machines détruisant des emplois non délocalisables dans une période de fort chômage. Pour eux, la liberté passe avant tout, avant l’égalité, avant la fraternité. Mais le comportement des autorités japonaises n’indique pas seulement une forme de résistance, sans doute asiatique, à la théologie néolibérale, mais aussi une vraie différence culturelle fondamentale.



Le néolibéralisme pousse nos sociétés à des comportements extrêmement court-termistes. Les entreprises ne pensent qu’à leurs résultats trimestriels, qui doivent toujours progresser au point que les profits ont atteint un niveau qui inquiète même The Economist. L’Asie semble avoir un rapport différent au temps. Les efforts industriels du Japon, de la Corée, puis de la Chine, ont été construits avec une longue vue, selon un plan à très long terme. D’où peut-être le refus de céder aux injonctions néolibérales et de baisser le pouce quand une entreprise va mal. Ironiquement, c’est ce qui avait été fait pour GM, Chrysler et bien des banques lors de la crise de 2008. Le zombie peut être un malade qui va guérir.


Parce que bien des grandes entreprises sont passées par une phase « zombie », il ne faut pas forcément jeter la pierre au Japon. Dans notre société devenue bien trop court-termiste, certaines décisions ne doivent pas être prises à la légère. Pour ne pas solder trop vite un actif qui en fait vivre beaucoup.

14 commentaires:

  1. Le problème des boîtes Jap est la démographie

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  2. Article typiquement pseudo scientifique pet'tet ben que oui ou que non

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  3. Vous oubliez de mentionner les licenciements en masse chez GM, pas tout à fait un détail. Les US ont sauvé la marque GM et viré un paquet de salariés.

    Vous dénoncez le progrès machinique, le problème c'est que le Japon est le plus en pointe dans le domaine et la Chine s'y met. C'est bien parce que l'industrie française est en retard dans ce domaine, entre autres, qu'elle bat de l'aile. Le conservatisme aveugle en économie et industrie n'a jamais été porteur de progrès, pas même social puisque ça crée du chômage.

    Vos convictions ne peuvent qu'accroitre le chômage en France.

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  4. Si le respect de la hiérarchie et de l'ordre social en Asie, nous parait oppressant, il faut remarquer que cela est contrebalancé par un certaine solidarité des "puissants" avec le reste de l'organisation.

    On peut illustrer ceci aussi par la modération des asiatiques dans les versements de dividendes ou de revenus exceptionnels. Par exemple le défunt patron de Nintendo avait fortement diminué son salaire dès qu'un temps de vaches maigres s'est présenté. La récompense pour les patrons ne vient pas toujours de l'argent tant le désir d'être bien vu semble important.

    Je pense que sans cela, comme partout, il n'y aurait pas une telle cohésion. La Chine est un pays plutôt émeutier, malgré leur culture influencée par le confucianisme, personne n'accepte longtemps de se faire rouler.
    Finalement les moutons, ne serait ce pas nous en occident ?

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  5. La Chine a aussi une forte composante philosophique millénaire taoïste qu'Herblay qualifierait probablement de libérale... Je pense que ni le communisme, ni le confucianisme n'ont éteint cette composante anti-dogmatique essentielle de l'esprit chinois.

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    1. Ce qui est bien, c'est qu'on peut écrire ce qu'on veut, sans se soucier de la véracité.

      L'enseignement du tao-te-king n'a rien à voir avec leS libéralismeS (tous penseurs confondus) ou avec l'ultra-libéralisme.

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    2. Comme si le taoisme avait empêché le dogmatisme chez les Chinois...

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  6. D'après le Spiegel (all.) l'Allemagne planifie des licenciements massifs en Grèce :

    http://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/griechenland-bundesregierung-pocht-auf-massenentlassungen-a-1045210.html

    C'est vrai quoi, comme le chômage progresse dans d'autres pays y compris la France, la Grèce risquait à terme de perdre son avance. Il fallait faire quelque chose.

    Ivan

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  7. "cela est contrebalancé par un certaine solidarité des "puissants" avec le reste de l'organisation"

    Ah bon, et les affaires de corruption du plus bas au plus niveau de l'état chinois, ses milliardaires rouges ? Il faut s'informer, au lieu de rêver à une Chine imaginaire.

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    1. Il faut arrêter de me lire de travers surtout.

      Je copie colle:
      " Je pense que sans cela, comme partout, il n'y aurait pas une telle cohésion. La Chine est un pays plutôt émeutier, malgré leur culture influencée par le confucianisme, personne n'accepte longtemps de se faire rouler. "

      Il y'a quoi que vous n'avez pas compris là ?

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  8. @ Lowcarber

    Sauf s’ils automatisent

    @ Anonyme 11h41

    Très juste, il y a eu beaucoup de licenciements, mais au moins, ils n’ont pas laissé mourir les zombies

    Je ne dénonce pas le progrès machinique, je pense que globalement, c’est un vecteur de progrès. Mais ce progrès est un moyen au service d’une fin qui le dépasse, la condition humaine. Le progrès machinique n’est pas la fin de nos sociétés auquel soumettre la condition humaine. Voilà pourquoi, temporairement, quand le chômage est élevé, je pense qu’il faut savoir faire une pause pour protéger l’emploi.

    @ TeoNeo

    C’est exactement ce que montre l’article de The Economist

    @ Ivan

    Effarant !!??!

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    1. Le travail n'est pas une fin en soit et si les machine remplacent tant mieux il faut surtout arrêter de délirer sur le toujours plus et passer du quantitatif au qualitatif de toute façon la nature se charge déjà de nous le rappeler .

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  9. "Voilà pourquoi, temporairement, quand le chômage est élevé, je pense qu’il faut savoir faire une pause (dans le progrès machinique)pour protéger l’emploi." Dans la mesure où les gains de productivité ne bénéficient, en général, ni aux salariés, ni à la société, les machines pourraient aisément supporter des taxes dans la mesure où le travail humain est, lui, assujetti à des taxes diverses et variées. La solution peut être celle-ci ou une autre, mais il va nous falloir - et le plus sera le mieux - changer de paradigme, qu'il s'agisse de la mécanisation, de l'automatisation ou plus largement de l'exploitation forcenée des ressources naturelles. Continuer à détruire les sociétés humaines et l'environnement ne pourra continuer bien longtemps, car la réalité va rapidement nous rattraper. Le plus déroutant, le plus inquiétant même est que les dirigeants politiques, comme la quasi totalité de ceux qui ont le pouvoir de se faire entendre, ne fassent rien, trop préoccupés par leur vision court-termiste.

    DemOs

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  10. Une remarque sur la référence à la "destruction créatrice" de Schumpeter : la compréhension et l'emploi qui en est fait par les néo-libéraux est totalement usurpée.

    Ce n'est pas le premier emprunt que les néo-libéraux font à tort à la pensée économique : ils ont par exemple pillé Smith sans rien y comprendre. Il faut dire que leur bagage intellectuel se limite aux pensées de Ronald Reagan ...

    Ils ont effectué un hold-up sur la pensée du libéralisme historique, qui est l'opposé de ce qu'est un néo-libéral, comme j'ai pu le montrer par ailleurs dans des billets antérieurs.

    Le seul "penseur" dont le néo-libéralisme peut vraiment se réclamer est Bernard Mandeville, qui avait théorisé que "les vices privés" font les vertus publiques, ... et avait été fortement attaqué par Francis Hutcheson, véritable fondateur du libéralisme historique, père des "lumières écossaises", ayant compté David Hume et ... Adam Smith dans ses rangs. L'usurpation du libéralisme historique par le néo-libéralisme, c'est la passage au premier plan de Mandeville au détriment de Hutcheson.

    Pour en revenir à Schumpeter, l'un des économistes les plus mal compris mais de mon point de vue le meilleur de tous, la "destruction créatrice" enjoint de ne pas s'acharner à poursuivre des activités condamnées, mais nullement sur le mode cynique consistant à laisser faire les dégâts humains sans intervention.

    Le grand projet de Schumpeter était celui d'"Economic cycles", c'est à dire la capacité à anticiper les cycles économiques d'expansion et de récession, précisément pour se protéger des périodes de destruction d'activité.

    Schumpeter fut finalement connu bien davantage pour "L'évolution économique", car une théorie des cycles relève d'une complexité que nous n'appréhendons que maintenant.

    Pour prendre une image comparant les phases de destruction économique à un tremblement de terre, un néo-libéral dira que les tremblements de terre sont inévitables, et qu'il faut accepter qu'ils provoquent des dizaines de milliers de morts à chaque fois qu'ils se produisent. Un marxiste de l'économie planifiée dira que l'on peut maîtriser la nature au point de supprimer les tremblements de terre. Un Schumpéterien dira que les tremblements de terre sont inévitables, mais que rien n'interdit de construire des bâtiments anti-sismiques, des abris, ainsi que des capteurs permettant de les anticiper.

    Tel était le projet d'"Economic cycles" : Schumpeter n'enseignait en rien la passivité et le cynisme néo-libéral vis-à-vis des dégâts induits par les changements de technologie.

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