lundi 7 janvier 2019

10 ans après (1/6) : ces leçons totalement oubliées

Il y a 10 ans, le monde sombrait dans la pire crise purement économique depuis 80 ans. Une finance folle a fait perdre leur logement à 9 millions de ménages outre-Atlantique, envoyé des dizaines de millions d’autres au chômage dans le monde, et trouvé le moyen de se faire sauver par les Etats ! Dix ans après, malgré d’innombrables analyses des ressorts de cette crise, aucune leçon ne semble avoit été tirée.


Un système s’est sauvé, sans même changer

Ce qui est assez frappant aujourd’hui, c’est que presque tout le monde s’accorde pour dire que rien, ou presque, a changé, comme le dit David Cayla dans un bon papier sur FigaroVox. Et, plus marquant encore que cette analyse robuste d’un économiste hétérodoxe, c’est la relative unanimité des média, y compris les plus libéraux, comme The Economist, pour qui « le monde n’a pas tiré les leçons de la crise financière ». Car si David Cayla pointe les incohérences et les leçons qui n’ont pas été tirées depuis 2008, notamment sur la « démondialisation », ce qui est effarant, c’est que, finalement, beaucoup ne semblent pas s’en émouvoir, comme si les risques étaient moins importants qu’en 2007.

Pourtant, comme il le rappelle, Stiglitz disait en 2009 : « il y a aussi une prise de conscience que le capitalisme actuel qui consiste à privatiser les profits et mutualiser les pertes n’est pas un capitalisme qui assure le bien-être des populations du monde entier ». N’est-il pas effarant que ces constats, alors largement partagés, n’aient pas permis un changement de politique ? Dix ans après, le montant des dettes accumulées dans l’économie a augmenté, les banques battent des records de profit, et les rémunérations dans la finance ont dépassé le sommet atteint en 2007… Et parallèlement, les règles qui président au système financier n’ont pas été fondamentalement modifiées.

Malheureusement, ceci était assez prévisible, même au cœur de la crise d’il y a dix ans. La lecture donnée à l’effondrement du système financier était peu propice à une véritable remise en question. En effet, la lecture systémique de la crise avait été trop rapidement éclipsée par le procès de comportements individuels, de Madoff à Kerviel, laissant penser à certains que le système économique n’était pas le responsable. On peut aussi y voir le fruit d’une faillite politique, aucun grand parti n’ayant porté une véritable alternative au tournant des années 2010, Obama notamment, ne faisant que sauver l’ancien monde sans rien changer de véritablement significatif, y compris avec son Obamacare.

Le constat de The Economist est sévère : « beaucoup de leçons ont été ‘désaprises’ », notant que « l’Etat n’avait pas d’autre choix que soutenir les banques, mais il a pris la mauvaise décision d’abandonner les ménages insolvables ». La bible des élites globalisées pointe les risques immobiliers. Il est clair que toute remontée des taux, suite à une remontée des prix provoquée par la hausse du prix des matières premières, pourrait provoquer un nouvel effondrement des prix. The Economist pointe aussi les risques liés au dollar, les dettes étrangères en dollar ayant doublé par rapport à 2008, et à la zone euro, dont le caractère profondément dysfonctionnel est, de toutes les façons, incorrigible

Dans un autre papier, The Economist se penche sur la finance, soutenant que les réformes ont rendu les banques plus solides, pesant sur leur cours de bourse peu dynamique. Mais bien des déséquilibres ont persisté, y compris les salaires des patrons des grandes institutions financières, des 24 millions de dollars du patron de Goldman Sachs aux 43 de celui d’AIG. The Economist pointe qu’après avoir plongé de 50% dans les zones les plus spéculatives de 2008 à 2011, les prix de l’immobilier ont fini par dépasser leurs records, y compris en Floride. Pire, l’hebdomadaire oublie d’y ajouter les autres bulles en développement, qui font peser le risque que la prochaine crise soit l’addition de 2008 et 2001…


Dix ans après, alors que beaucoup pointent que les prémices d’une nouvelle crise apparaissent de plus en plus clairement, il est effarant de constater que tant de dysfonctionnements sont encore là, souvent même encore plus marqués. C’est sur quoi je reviendrai dans les prochains jours : des inégalités aux bulles financières en passant, plus globalement par les failles du système oligo-libéral.

9 commentaires:

  1. Grand débat national : le salaire mirobolant de Chantal Jouanno fait polémique : 14 666 euros par mois, 176 000 euros par an.

    Sa rémunération annuelle sera presque aussi importante que celle d'Emmanuel Macron et Édouard Philippe.

    Chargée d'organiser le grand débat national, Chantal Jouanno touchera plus 176 000 euros en 2019, affirme ce lundi le site d'information La Lettre A.

    Par mois, ce sera donc un salaire brut de 14 666 euros qui lui sera attribué, soit bien plus que pour son ancien mandat de sénatrice ou de ministre des Sports, et presque autant que le chef de l'État et le Premier ministre, dont la rémunération est fixée à 15 140 euros.

    En pleine crise des gilets jaunes, qui revendiquent notamment plus de pouvoir d'achat, l'information passe mal.

    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/grand-debat-national-le-salaire-de-jouanno-fait-polemique_2056178.html

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  2. Un petit pays a pourtant su tout de suite tirer les leçons de la crise financière de 2008 et agir en conséquence, c'est l'Islande.

    M'est avis que l'Islande résistera beaucoup mieux que les autres à la prochaine crise financière annoncée.

    Ivan

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    1. Comparer un minuscule pays de 300 000 habitants et paradis fiscal avec la France, comment dire...

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    2. En quoi l'Islande serait-elle aujourd'hui un paradis fiscal ?

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    3. https://www.letemps.ch/economie/meilleurs-paradis-fiscaux-new-york-londres-lislande

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    4. Bof. Rien ne permet d'affirmer que ces pratiques sont la clé de la résilience islandaise. En tout cas pas davantage que la possibilité de dévaluer ou le refus de s'engager dans les politiques d'austérité préconisées par l'UE (https://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/ces-methodes-qui-ont-sorti-l-islande-de-la-crise-922081.html).

      "Nous avons pu nous remettre assez rapidement parce que nous n’avons pas tenu compte des recommandations de l'UE et du FMI, qui voulaient que nous mettions en œuvre des mesures d'austérité. Maintenant, il semble que la CE avait totalement tort dans le cas de l'Islande, pourquoi les recommandations qu’elle à faites à d'autres pays seraient-elles bonnes? Les intérêts économiques d'un pays ne doivent en effet pas être confondus avec le bon fonctionnement d'une démocratie" (déclaration du Président Olafur Ragnar Grimsson à l'occasion d'un voyage en Espagne, février 2015).



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  3. Merci pour vos analyses fort stimulantes pour un militant de gauche pour moi.

    Cela bouge pour la mouvance souverainiste :

    L'appel des 100 devient l'appel des 200 et plus...

    Une semaine après avoir lancé l'appel pour l’organisation d’une réunion nationale pour la défense de la souveraineté de la nation et des droits sociaux, 100 nouvelles signatures...

    Samedi 12 janvier 2019 à 14h
    Salle de l'AGECA - 177, rue de Charonne 75011 Paris


    Emmanuel Macron et son gouvernement organisent une régression d’ampleur, donnant un grand coup d’accélérateur aux politiques menées avant lui par Nicolas Sarkozy et François Hollande, pour ne parler que de ses plus récents prédécesseurs.

    Le « mouvement des gilets jaunes », parti de la question des taxes pesant sur l’énergie s’est très vite étendu à la question du pouvoir d’achat et trouve comme dénominateur commun à ses mobilisations la volonté exprimée partout en France, « Macron démission ».

    De fait, c’est le peuple oublié, méprisé, délaissé – ouvriers, employés, petits patrons, retraités, commerçants, jeunes des campagnes et des villes – qui se dresse dans toute la France et s’oppose à la remise en cause des grands acquis du mouvement ouvrier et populaire, des réalisations qui depuis le Conseil National de la Résistance ont rythmé la vie de la Nation. Il réclame la possibilité pour tous de travailler et mener une vie décente

    Emmanuel Macron met en œuvre le programme du capital financier tel que l’UE le définit. De plus en plus clairement il apparait que le combat contre Macron nécessite une lutte intransigeante contre le carcan de l’UE. Ce combat suppose que notre pays recouvre sa liberté en refusant les critères de Maastricht, la discipline budgétaire et les programmes de privatisation et de mise en concurrence des services publics.

    Nous avons tous notre propre histoire, notre propre trajectoire, nos propres engagements, mais partageons ces exigences qui ne peuvent être satisfaites que par la souveraineté de la Nation. Par-delà nos différences, voire nos divergences sur telle ou telle question, il est urgent d’envisager de nous rassembler pour agir lorsque cela est possible et nécessaire sur l’essentiel. Une force existe dans le pays pour la république laïque, démocratique et sociale, une et indivisible, une république souveraine au service du peuple de France. Tous ensemble nous pouvons dans l’unité proposer, organiser, agir sur ce qui nous rassemble.

    Voilà pourquoi nous proposons pour en discuter d’organiser autour de ces thèmes une réunion-débat publique la plus large possible, qui pourrait se tenir au mois de janvier à Paris.

    Cordialement

    Christophe

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  4. @ Anonymes

    Pas sûr que le traitement d’IceSave ne lui donne une grande capacité de parasite fiscal. Beaucoup de choses intéressantes dans ce pays dont j’ai plusieurs fois parlé :
    http://www.gaullistelibre.com/search?q=islande


    @ Christophe

    Merci de me rappeler cette initiative, qu’un ami m’avait déjà signalé. Je vais essayer d’y aller, mais cela n’est pas sûr. En tout, cela me semble particulièrement utile. Je vais les contacter

    Bien cordialement,

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  5. Salve
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