lundi 2 novembre 2020

Brexit, plan de relance, Turquie : quand l’union (européenne) affaiblit l’Europe

Les crises sont des révélateurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce révélateur est extraordinairement cruel pour l’UE. Si l’union peut faire la force, les négociations du Brexit, celle du plan de relance et les rapports avec la Turquie démontrent que, parce que les pays de l’UE ne tirent pas dans le même sens, l’union, loin de nous rendre plus fort, affaiblit tous les pays qui la composent.

 


Londres qui gagne et relance européenne asthmatique

 

Si le tardif plan de relance pouvait donner le change auprès des eurobéats, les tribulations des derniers mois le remettent à sa (petite) place. Déjà, il faut rappeler que ce plan est très modeste par rapport aux efforts annoncés plus rapidement par les pays. Dès le printemps, les Etats-Unis ont mobilisé 2000 milliards de dollars, l’Allemagne environ 1000 milliards d’euros et la France, plus de 500. Les 750 milliards faisaient doublement pale figure. D’abord, c’était la somme de 390 milliards de budgets théoriquement nouveaux et de 360 milliards de prêts, hypothétiques et peu utiles étant donné le niveau des taux, même pour les pays du Sud. Le montant était faible et arrivait bien tard : à peine 0,4% du PIB de dépense supplémentaire par an de 2021 à 2027 selon l’accord conclu aux forceps en juillet.

 

Mais cet accord tardif et insuffisant n’était qu’une base de négociation. Fin septembre, le calendrier était concentré de 2021 à 2023, mais les budgets additionnels avaient fondu de 20%, à 312 milliards d’euros, soit 0,7% du PIB de dépenses en partie additionnelles sur 3 ans... Depuis, les négociations se poursuivent avec difficulté, le parlement demandant la mise en place de conditionnalités liées à l’état de droit, refusées par la Hongrie et la Pologne, qui bloquent le processus. Début octobre, Bruno Le Maire espérait au mieux la libération de 10% des aides pour avril 2021 ! La réponse de l’UE à la plus grave crise économique de ses membres depuis 70 ans pourrait démarrer par un versement dérisoire de 30 milliards plus d’un an après le début de la crise ! L’UE démontre ici son inutilité complète.

 

De manière tout aussi intéressante, les négociations sur les ressources propres que devrait mettre en place l’UE pour payer directement les sommes avancées piétinent, rendant toujours plus probable que les Etats soient contraints de régler la note. En effet, la Chine n’est guère favorable à une taxe carbone européenne aux frontières, qui pénaliserait ses exportations vers l’UE, et les Etats-Unis renâclent à une taxe GAFA. Dans les deux cas, c’est l’Allemagne qui relaie l’opposition de ses clients, ses excédents commerciaux la rendant dépendante et perméable à ces arguments. Une nouvelle démonstration du fait que l’union ne fait pas forcément la force, mais peut au contraire nous affaiblir car les intérêts sont trop divergents entre les pays de l’UE. Ici encore, notre union fait notre faiblesse.

 

Les négociations du Brexit sont tout aussi cruelles pour l’UE. Derrière les déclarations martiales de Michel Barnier, c’est bien Londres qui mène aux points. La balance commerciale l’explique avec 265 milliards d’importations et 172 milliards d’exportations : c’est l’UE qui serait perdante de l’absence d’accord, que Boris Johnson, logiquement, ne craint pas. C’est ainsi que malgré le scandale de la remise en cause de l’accord de 2019, c’est l’UE qui ne cesse de céder, dans tous les domaines, aussi importants soient-ils. Nous avons donc appris que le futur parquet européen parlera anglais. Plus incroyable, sans même attendre l’accord sur le Brexit, Bruxelles a déjà accordé aux chambres de compensation britanniques de continuer à opérer les transactions financières en euros jusqu’à mi-2022

 

Cette information, relayée par le Figaro est totalement extravagante. D’abord, on y apprend que malgré le début du Brexit, il y a plus de 4 ans, Londres conserve 90% des transactions et n’a rien perdu face à Paris ou Francfort, contrairement aux menaces de certains bremainers. Plus effarant, Bruxelles cède à Londres sans contre-partie alors que cela aurait pu être un argument de négociation clé pour l’accord en cours de discussion. Plus globalement, Londres ne pâtit pas du tout du Brexit, et renforce sa position de 2ème centre financier mondial, alors que Paris n’est que le 18ème, contredisant une nouvelle fois les prévisions des bremainers… Idem, sur la pêche, ce serait l’UE qui serait prête à lâcher du lest. Bref, dans les négociations actuelles, c’est bien Londres qui garde l’avantage sur Bruxelles.

 

Et alors que les provocations d’Erdogan franchissent une nouvelle étape avec les manœuvres dans les eaux Grecques, puis les insultes à Macron et les appels au boycott de produits Français, l’UE démontre encore une fois son inutilité. Bien sûr, les dirigeants européens expriment leur solidarité. Mais, il est effarant que la procédure d’adhésion à l’UE de la Turquie ne soit pas purement et simplement interrompue. Oui, le rassemblement de 27 pays pourrait nous permettre de peser face à Ankara. Mais ici encore, les intérêts contradictoires des uns et des autres dont que notre dénominateur commun est si petit que cela nous condamne de facto à l’impuissance, comme face à Erdogan.

 

Coralie Delaume avait bien raison de parler des « Etats désunis d’Europe ». Le dénominateur commun des 27 est beaucoup trop petit pour peser ou permettre des politiques ambitieuses, comme le révèlent les négociations du Brexit, du plan de relance ou l’attitude à l’égard de la Turquie. Ce faisant, loin de faire notre force, l’UE affaiblit ses membres. En sortir reviendrait en fait à nous renforcer.

16 commentaires:

  1. L'idée-clé de la construction européenne est que "l'union fait la force", que l'entité multinationale ou transnationale qui en découlera sera forte de la somme arithmétique des moyens individuels de chaque État. Il s'agit d'une illusion mathématique. "J'admire moins Napoléon depuis que j'ai dirigé une coalition" disait Foch.

    YPB

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  2. Le plan de relance européen n'est pas intéressant puisqu'il est financé par les pays membres à des conditions qui ne sont meilleures, voire qui sont pires, que celles que ces pays peuvent obtenir sur les marchés, les taux étant bas actuellement. La France étant un contributeur net, elle est le pays qui y perd le plus. Ce qu'il aurait fallu faire, c'est permettre à l'UE de percevoir directement des impôts et taxes pour financer cette relance. Des taxes à l'échelle européenne auraient le mérite de court-circuiter le dumping fiscal de certains pays. Mais bien sûr, ç'aurait été un pas supplémentaire vers la fédéralisation tant redoutée par beaucoup. Donc, plan sans intérêt, d'un montant trop modeste, d'autant plus qu'avec la seconde vague, il est devenu obsolète.

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  3. Concernant le Brexit, il faudra voir si le RU retrouve la liberté de sa politique commerciale, et sa souveraineté à l'égard de la CJUE. Ca me semble être le point le plus important avec la résolution du problème irlandais.

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  4. Vous radotez toujours les mêmes âneries. Le Brexit n'est toujours conclu dans les textes d'accord et si Biden est élu, alors BoJo va se retrouver à poil, Biden a toujours été contre le Brexit, il ne fera aucun cadeau à BoJo.

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    1. Mais oui, Dutroll, mais oui. Biden est un homme d'idées et de valeurs, cohérent et sincère, sinon psychorigide, pas du tout attaché à l'alliance américano-britannique, amoureux du grandiose projet politique européen dont les succès ne se comptent plus, etc.

      Toujours les même oublis cependant : les fleuves qui vont charrier du sang et les invasions de sauterelles qui inévitablement accompagneront le Brexit. Il faudrait y penser la prochaine fois, mon bon Dutroll.

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  5. Brexit : les banques vont transférer un montant colossal du Royaume-Uni vers l'Allemagne

    https://www.capital.fr/entreprises-marches/brexit-les-banques-vont-transferer-un-montant-colossal-du-royaume-uni-vers-allemagne-1384804

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    1. Ben ouais, Herblay croit au père Noël, il croit comme tout bigot souverainiste que le Brexit ça va se passer crème pour la GB.

      Si Biden est élu, la GB va s'en prendre encore plus plein la tronche, BoJo va enfin révéler qu'il est un prank clown ridicule.

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    2. Oui. Et a mise en œuvre de l''euro va booster le commerce intra-européen de 200 %, forcer les États à une saine gestion de leurs finances et dynamiser la croissance européenne. Et l'Union européenne va devenir un grand acteur autonome des relations internationales, dans le cadre d'une solidarité sans faille entre ses membres.

      Euh non, erreur de ma part. C'était le discours qui était tenu en 2000. Depuis les choses ont un peu changé, nonobstant le déni des bigots européistes. L'euro est un fiasco, on croule sous la dette et l'UE, où la zone euro est devenue depuis une décennie le trou noir de la croissance mondiale, est plus divisée que jamais.

      Comme quoi les prévisions...

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    3. Bah, les US, le Japon... croulent sous la dette and so what ?

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    4. "Bah, les US, le Japon... croulent sous la dette and so what ?"

      Hé hé hé... Voilà qui flatte ma fibre néochartaliste ! Je ne suis pas certain pourtant que tel était ton objectif. C'est sympa en tout cas de donner raison à ceux qui, depuis une décennie, dénoncent la folie des politiques austéritaires européennes.

      Le problème que je voulais signaler n'est pas tant que l'Europe croule sous les dettes, mais bien plutôt que l'euro a précipité, en accentuant les disparités entre les économies européennes, ce dont il était justement censé nous préserver. La dette sert ici de révélateur. Le Japon et les États-Unis peuvent se payer le luxe d'être endettés, parce qu'ils disposent de leur propre monnaie. C'est une affaire bien différente pour les cocus de l'eurozone (nous, l'Italie...).

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  6. @ Moi

    Bien d’accord. Je pense qu’il y aura un accord entre l’UE et Londres et que chaque partie fera des compromis, notamment Bruxelles

    400 milliards d’actifs, ce n’est pas grand chose. Ce n’est pas du tout colossal. Il y a environ 4 fois plus d’actifs financiers que le PIB, soit 60 000 milliards à l’échelle de l’UE. Et encore, je ne suis pas sûr que cela couvre tout : il y a les dérivés… En outer, ce n’est qu’une prévision de la Buba, qui fait de la retape pour les services financiers locaux… Je vous renvoie aux articles en lien dans mon papier, qui indiquent au contraire que les choses n’ont pas beaucoup changé.

    @ Anonyme néochartaliste

    Merci

    @ Troll

    Biden, s’il était élu, aurait autre chose à faire que faire du mal à la Grande-Bretagne…

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    1. Troll
      "Biden, s’il était élu, aurait autre chose à faire que faire du mal à la Grande-Bretagne"

      Ni du bien, BoJo va se planter.

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    2. "Vous savez combien de retraités espagnols prennent leur retraite en GB ? 180 ! Comparez aux 800 000 Britanniques qui prennent leur retraite en Espagne, dont certains sont assez stupides pour avoir voté le Brexit."

      https://www.londresmag.com/2019/07/18/alex-taylor-disseque-le-brexit-lautopsie-dune-illusion/

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    3. "Je suis très fier d’être européen, j’étais déjà très fier mais je le suis encore plus. Ça a commencé avec le concours Eurovision de la chanson en 1967".

      Ouais, ça vole très très haut comme argument...

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    4. https://twitter.com/gforestier/status/1324494174033502210

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