lundi 31 mai 2021

Il est temps de revoir la loi Toubon !

Papier publié sur le FigaroVox

 

En 1994 cette loi était passée pour « protéger le patrimoine linguistique français ». Déjà, le Conseil Constitutionnel en avait limité la portée au service public. Vingt-sept ans après, elle est tellement inefficace que notre future carte d’identité sera bilingue, et le globish bourgeonne dans bien des communications de nos services publics, sans même parler du secteur privé. La France a donc besoin d’une nouvelle loi pour rétablir le français comme seule langue de communication de notre pays.

 


Combattre l’invasion du globish

 

Le comble a récemment été atteint par l’ajout de l’anglais sur notre carte d’identité. Dans une tribune forte, Mathieu Bock-Côté pointe que « ce n’est plus dans sa langue seule que le Français se présentera désormais au monde (…) Le français, sur cette carte de référence, n’est plus qu’une langue sur deux, presque optionnelle, réservée aux nationaux, mais jugée insuffisante à l’extérieur des frontières ». Il souligne que le choix de l’anglais revient « à se placer sous l’hégémonie symbolique du monde anglo-saxon » et rappelle qu’Emmanuel Macron est prompt à un tel comportement, lui qui avait choisi la langue de Shakespeare pour s’exprimer à Berlin en janvier 2017. On pourrait également épingler le choix d’un slogan anglais pour la candidature de Paris aux J.O. 2024

 

Encore une fois, l’UE était à l’œuvre, exigeant des papiers d’identité bilingues. Le promotion de l’usage de l’anglais pourrait sembler paradoxale après le Brexit, alors qu’il n’est plus la langue maternelle que de 1% de la population de l’Union, et que le continent a offert au monde des langues parlées sur toute la planète par des centaines de millions de personnes. Mais ce faisant, comme le pointait le Général de Gaulle, l’UE montre à nouveau qu’elle est un projet qui sert plus la globalisation anglo-saxonne que les pays européens. Quelle tristesse de contribuer ainsi à l’applatissement linguistique du monde.

 

Et malheureusement, nos services publics, pourtant théoriquement encadrés par la loi Toubon, ne se privent pas de l’usage du globish. Le cas du nom du nouveau pass Navigo easy, de la RATP et la SNCF, a été justement épinglé par l’association Francophonie Avenir, qui a porté le sujet au tribunal administratif. « Navigo facile » aurait parfaitement fonctionné, et nous aurait épargné cette nouvelle invasion du globish. Malheureusement, les juges se sont appuyés sur une interprétation biaisée de la loi pour rejeter la requête de l’association. Valérie Pécresse, présidente du conseil d’administration de la société Ile-de-France Mobilité, ne pourrait-elle pas agir pour changer le nom du pass et passer à une dénomination en français ? On peut également ajouter le choix contestable par la SNCF de rebaptiser ses TGV « Ouigo », mélange franco-anglais, à la sonorité qui penche bien trop vers le globish.

 


Mais ce ne sont pas seulement les services publics qui devraient exclusivement utiliser le français pour leurs noms de marques ou leurs communications. En France, il devrait être normal que toutes les campagnes de publicité n’utilisent que la langue de Molière. Après tout, si Mercedes parvient à le faire pour la plupart de ses véhicules, pourquoi Peugeot nous inflige actuellement un « Il est temps de changer » en anglais pour son 3008, et « une nouvelle performance pionnière » pour sa 508, après avoir déjà promis de rendre le futur moins ennuyeux avec sa nouvelle 208 l’an dernier ? Peugeot se démarque également défavorablement avec son label Peugeot Sport Engineered et son Store

 


Derrière cette invasion du globish, il y a la logique du capitalisme globalisé, qui préfère pouvoir utiliser les mêmes slogans et les même noms de marque pour le monde entier : cela coûte moins cher et permet un contrôle central plus fort. C’est la raison pour laquelle des entreprises françaises, comme Danone, persistent à faire la promotion d’Evian en France avec le slogan « vivre jeune », en anglais, ou celle de ses yaourts en promettant de « rester fort », en anglais aussi ! La logique ultime de la globalisation dérégulée, c’est un espace public totalement aplati et unformisé, d’où plus une distinction locale ne subsisterait, le tout, dans un globish pauvre et superficiel, au nom de la commodité marchande.

 

Comme le pointe Mathieu Bock-Côté, la France se doit d’être un pôle de résistance à cette uniformisation. Et puisque le cas Navigo easy montre que la loi Toubon ne permet même pas d’assurer l’usage du français pour un service public comme le transport en commun, il est essentiel de revoir la loi. Comme au Québec, où il a fallu s’adapter aux décisions de la justice, il faut aller plus loin pour interdire l’usage de l’anglais dans toutes les communications, du secteur public, comme du secteur privé. Ce n’est tout de même pas demander grand chose que s’assurer du respect de la langue officielle de notre pays, d’autant plus que cela ne nuira à personne. Et il faudrait sans doute également instaurer une réglementation plus stricte des choix linguistiques pour des marques ou des enseignes et ne pas permettre qu’Ile-de-France Mobilités intitule un pass Navigo easy à l’avenir, et préfère l’appeler Navigo facile.

 

Après tout, Nespresso aurait-il eu moins de succès en demandant « Quoi d’autre ? » dans notre pays ? Le respect de notre langue n’est pas une demande extravagante. Ce qui l’est, c’est laisser-faire l’invasion du globish et l’effacement du français dans l’espace public pour satisfaire la volonté d’uniformisation de la planète d’un capitalisme marchand refusant les particularismes nationaux.

9 commentaires:

  1. Bonjour Laurent,

    Ce qu'on nous donne à "parler" ce n'est pas de l'anglais à proprement dit mais comme vous le soulignez dans votre billet du globish !
    Pour qui parle bien l'anglais voire couramment l'anglais est déjà une très belle langue et qui comme le français, le portugais ou l'espagnol a ses vrais différences de style, de vocabulaire et d'accent que vous soyez Canadien.ne, Australien.ne, Maltais.e, Britannique etc...
    Par exemple le portugais du Portugal est parfaitement compréhensible pour n.e Brésilien.ne ou Angolais.e et vice versa mais il y a des tournures de style, du vocabulaire qui se distinguera. Quant à l'accent il est différent. Il en va de même pour l'espagnol d'Espagne et l'espagnol d'Argentine car en Argentine on a pas mal de mots qui sont issus ou qui sont galicien (par exemple en espagnol on dit buenas dias et les Argentin.es diront très facilement Bom dia dérivé de Boa dia en portugais puisque le galicien est une langue lusophone). On pourrait faire des constats similaires entre le français de France et celui de Suisse, du Québec.

    Pour les Anglo-saxons bah c'est pareil ! Aux USA déjà il y a de la différence d'accent entre les états.
    Reprenons le français, nous avons une culture de la langue argotique avec des apports étrangers ou encore des dialectes ou des parlés régionaux, professionnels (je pense au louchebem par exemple). Cela donne du piment, de la variété et du dynamisme à la langue.
    Bah...l'anglais-américain a le slang qui a ses caractéristiques aussi et apportent la même chose que l'argot à la langue anglaise.

    Donc on croit parler anglais car on nous colle de l'expression globish partout mais non et en plus à mon sens, moi qui pratique la langue anglaise et qui l'aime vraiment, je trouve qu'on insulte cette langue.

    Bonne journée
    Sylvie

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    1. Que de place électronique gâchée pour vous vanter de parler bien l'anglais...

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    2. En espagnol, on ne dit pas buenas días, mais buenos días (días est masculin pluriel). À part ça, d'accord avec Sylvie sur les méfaits du globish.

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    3. Hello Sylvie !

      Analyse juste et totalement partagée ! Ainsi que celle de Laurent ! Nous n'apprenons plus à parler l'anglais véritablement. Mais du globish (gloubiboulga même ).
      La façon dont on enseignait l'anglais en France est aujourd'hui totalement discréditée. Car jugée dépassée, vieillotte et trop intellectuel. Ce qui donnait (selon les détracteurs de ce type d'enseignement) des personnes lisant et comprenant bien l'anglais écrit mais qui ne sauraient pas le parler. Je ne dis pas que c'est faux mais faire croire que l'anglais n'est qu'une langue de communication, ramenée à une expression orale très basique c'est effectivement lui faire insulte.

      Ce qui est marrant ma progéniture apprend l'anglais comme la majorité des élèves français, or, cela fait 2/3 ans qu'ils ont des professeurs d'anglais qui reviennent...à cette méthode vieillotte car ils sont inquiets de voir des élèves parler...globish ! Soyons clair et honnête, l'enseignement est très fondé sur l'expression et la compréhension oral. Mais les devoirs filés à la maison sont très fondés sur de la rédac', de la traduction et de l'apprentissage par coeur, les fameux verbes irréguliers, mais pas que les phrasal verbs (et d'autres trucs dont je ne me souviens plus).

      Comme vous je vais gâcher de la place électronique pour me vanter de parler bien anglais ;-)...l'anglais je le maîtrise pas mal et je l'entretiens aussi, et franchement croire que parce que vous allez savoir débiter du slogan pubard à toutes les sauces, vous speak English very well...quelle méprise et quel mépris pour l'anglais.

      Au plaisir de vous lire de nouveau
      L'Anonyme du Jour

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    4. intellectueLLE c'est mieux !
      L'Anonyme du jour

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    5. Bonjour Sylvie

      La défense de la langue française n’est pas compatible avec la promotion de l’écriture inclusive. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire l'excellent essai d'Eric Sadin "L'ère de l'individu tyran : la fin d'un monde commun"

      Cette contradiction mise à part, je suis en tout point d'accord avec vous.

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  2. Le vrai problème, c'est que les Français – contrairement aux Quebecquois – n'ont pas le souci de défendre leur langue.

    Je me souviens qu'en 1994, Toubon était la risée de tout le monde, non seulement des médias et de l'opposition mais y compris de ses amis politiques.

    On passe vite pour un « franchouillard » dès que l'on cherche à protéger la langue française.

    Aucune loi ne peut rien contre cet abandon de la langue française par ses propres locuteurs.

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  3. @ Bonjour Sylvie et l’Anonyme

    En effet, l’invasion linguistique du globish représente à la fois un aplatissement et un appauvrissement considérable de la planète

    @ Moi

    Je suis effaré de constater que Valérie Pécresse ignore complètement le cas du Navigo facile. Une partie des élites n’en a vraiment rien à faire de la France et de tout ce qui la constitue

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  4. "Les esclaves parlent la langue de leur maître" disait Bretch. Nous sommes gouvernés par des Young Leader qui parlent anglais parce que l'anglais est la langue de leur maitre américain. Demain, les mêmes nous imposeront peut-être le chinois...
    Lorsque la France auront retrouvé sa souveraineté politique en quittant l'UE et l'OTAN, elle pourra aussi retrouver facilement sa souveraineté linguistique.

    PS Cette nouvelle carte nationale d'identité en anglais est un scandale!

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