De 2010 à 2017, le RN avait accompli une véritable révolution copernicienne, sous l’impulsion de Florian Philippot et avec le soutien de Marine Le Pen : une rupture avec l’UE marquée par la sortie de l’euro et un programme économique s’éloignant des fables oligarchistes. Mais depuis, le parti semble se normaliser de plus en plus sur beaucoup de sujets, jusqu’à son traitement par le patronat…
Une tentation oligarchiste grandissante
Résultat, Jean-Philippe Tanguy dénonçait en octobre la « boucherie fiscale » du budget. Et s’il y a du vrai dans certains excès, qui complexifient toujours plus nos règles et notre fiscalité, une petite musique plus droitière se fait de plus en plus entendre, avec une dénonciation du poids de l’État ou des impôts qui ne dépare pas dans les colonnes des médias Bolloré. Bien sûr, le RN défend toujours sa mesure, plus populiste (terme qui n’a rien de négatif sous ma plume), de baisse du prix de l’essence, mais sur bien des sujets, la tonalité a évolué. La défense des services publics se fait moins présente. La lutte contre la fraude sociale est clairement plus importante que celle contre la fraude fiscale, pourtant bien plus importante en valeur. Si le cadre de l’UE est critiqué, il n’est plus remis en question, juste sujet à réforme…
Bref, la ligne Bardella / Bolloré semble progresser, jusque ches les électeurs du RN, comme le pointait cette semaine Alexandre Devecchio au regard d’un sondage Ifop, certes sans doute orienté. Les électeurs du RN débordent ceux des macronistes ou de LR sur des points marquants, comme l’excès de prélèvements obligatoires sur les revenus du travail. Ils jugent « le niveau des prestations sociales trop élevé » et qu’il « y a trop d’assistanat en France ». Il faut dire qu’avec la préemption par Bolloré de l’opposition médiatique au bloc central, le discours d’opposition à Macron est aujourd’hui souvent sur cette ligne, d’autant plus que les médias traditionnels continuent de présenter l’échec de Macron comme une trop grande perméabilité au socialisme, et non parce qu’il est allé trop loin, plus à droite que Sarkozy.
Le schéma médiatique actuel devient une bénédiction pour un RN droitisé. Assez logiquement, au regard des sondages flatteurs du RN pour la présidentielle, l’oligarchie commence à penser qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier macroniste, si percé et défaillant. Voilà pourquoi Marine Le Pen a eu droit à une rencontre avec plusieurs grands patrons du CAC40, puis Jordan Bardella a été reçu par le patronat, au même titre que les autres responsables de parti. Même si Édouard Philippe semble à même de pouvoir être élu, son profil typique du candidat attrape-tout qui se dégonfle en campagne, façon Balladur ou Juppé, dont il partage bien des caractéristiques, l’hypothèse d’une arrivée du RN au pouvoir se fait de plus en plus probable. Mais finalement, cela dérange de moins en moins l’oligarchie…
La question qui se pose, c’est de savoir si le RN restera une issue moins pire que la macronie pour les Français. Le désastre complet du président sortant fait qu’il est difficile de faire pire aujourd’hui. Mais la France aurait besoin que la prochaine majorité ne soit pas juste un peu moins mauvaise que l’actuelle. Nous aurions besoin d’un vrai changement, et le RN semble s’éloigner de cette voie.

Le RN est surtout le plan A de la populace!
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