J’avais suivi les travaux de la commission sur l’audiovisuel public comme citoyen intéressé par l’actualité et la politique. Les raisons me paraissaient évidentes devant les failles de l’audiovisuel public. Mais derrière le tir de barrage des tenants de l’ordre établi, difficile de ne pas y voir une caricature destinée à discréditer le remarquable travail de fond réalisé. Il suffit de lire le rapport pour le comprendre.
Une commission justifiée, factuelles et solide
Mais cela est rendu possible par le fait que bien des grands médias ont embrayé sur cette ligne de défense, Nagui pouvant déverser le même narratif sans guère de contradiction dans Quotidien. Car en réalité, bien des médias privés sont finalement sur une ligne très proche de celle de notre prétendu service public, et déversent un catéchisme oligarchiste fermé à toute contradiction. Faut-il voir dans l’activisme médiatique de Charles Alloncle le seul moyen qu’il avait pour que le contenu de la commission parvienne aux Français, même dans une version très majoritairement critique ? Et sur ses prétendus excès, il faut noter que Delphine Ernotte est bien incapable d’en avancer un seul : où sont les faits dans sa maigre publication ? C’est bien elle qui cède à l’invective pour attaquer la commission et ignore les faits.
D’ailleurs, le président Horizons de la commission, dont on pourrait penser qu’il est juge et partie au regard de ses mandats dans l’audiovisuel public, qui a écrit un avant propos de 45 pages comprenant 40 propositions alternatives en introduction du rapport, a bien du mal à trouver des faits justifiant la critique de Charles Alloncle. Se raccrocher à l’emploi du terme « aveux » est bien court, d’autant plus que le rapporteur a fait son travail dans un contexte profondément hostile. Ce choix sémantique, dans un exercice oral qui plus est, est plus qu’anecdotique. En fait, tout cela, comme l’ahurissante audition d’un Xavier Niel qui se comportait comme un dieu descendu de l’Olympe, ressemble à un rideau de fumée destiné à masquer le fond particulièrement juste et pertinent du travail de la commission sur l’audiovisuel public.
Sur le principe, je pense qu’il y avait vraiment besoin d’une telle commission. Pour avoir été auditeur de France Inter de 2017 à 2022, et avoir regardé le journal de France 2, tout en jetant parfois un œil à d’autres productions du « service public », je peux témoigner qu’il y a un grave problème de neutralité et de pluralisme sur leurs antennes. Tous les journalistes et éditorialistes semblent être socialo-macronistes. L’arrivée prochaine d’Eugénie Bastié dans une nouvelle émission politique ne pourra pas cacher la forêt des journalistes qui ont presque tous la même opinion, sur l’économie, l’Europe ou la société. D’ailleurs, l’arrivée d’une seule journaliste de droite a déclenché une réaction effarante de la société des journalistes qui a littéralement insulté la journaliste. Pourtant, elle ne sera que l’exception qui confirme la règle, une bienvenue pincée de pluralisme dans un environnement totalement clôt auparavant...
Sur le fond, le rapport est très riche et documenté, à mille lieux des caricatures de ceux qui le critiquent. Les quelques pages d’introduction de Charles Alloncle semblent même indiquer qu’il croit au service public, ce que confirment ses propositions. Ce n’est pas parce qu’il réclame une forte réduction du budget ou la fusion de certaines chaines qu’il n’y aurait plus de service public. Avons-nous réellement besoin de 6 chaînes publiques de télévision. Quatre ne seraient-elles pas suffisantes ? La question est parfaitement légitime, même si Delphine Ernotte s’accroche à son budget et ses privilèges. La commission pose d’innombrables questions parfaitement légitimes et pertinentes : il y a un vrai problème de neutralité, pas uniquement dans le sens où le rapporteur l’entend. Sur l’économie, la ligne reste trop oligarchiste.
Le rapporteur a également raison de questionner l’usage de prestataires privées pour des émissions de flux qui devraient pouvoir être produites en interne. Et cela est d’autant plus problématique car certains des actionnaires de ces prestataires avancent un agenda politique, qui se retrouve à l’antenne. Cela ne devrait pas être possible. On peut aussi y voir un moyen commode de camoufler les rémunérations finales énormes de certains animateurs tout en facilitant la précarisation des équipes. Si France Télévisions produisait les jeux de Nagui, les équipes de production seraient mieux traitées et son traitement apparent. Finalement, ce qui ressort de cette commission, c’est que le petit milieu de l’audiovisuel public veut continuer à travailler de manière opaque et biaisée sans jamais rendre de compte.
Cette commission a fait apparaître de nombreuses pratiques choquantes : le copinage entre parties-prenantes (ancien salarié qui touche des indemnités de départ très importantes après avoir signé un contrat pour un prestataire qu’elle rejoint ensuite…), les frais inconsidérés de certaines stars du service public, sans doute supérieurs à ceux du privé avec la sécurité du public, pour ceux qui se conforment à une idéologie. Cela ne devrait pas être possible avec de l’argent public. Pire, le rapporteur pointe bien que toutes les pièces n’ont pas été versées au dossier, ce qui suggère que d’autres scandales restent cachées par la direction. Et leur indignation n’est qu’un rideau de fumée destiné à couper court au débat et au questionnement parfaitement légitime des élus de la République, quels qu’ils soient.
Moi qui suis un défenseur du service public pour les autoroutes, l’énergie ou le transport ferroviaire, je crains de ne pas soutenir un service public de l’audiovisuel dans son mode de fonctionnement actuel plutôt qu’une privatisation. Ce qui est fait à Radio France ou France Télévisions ne devrait pas être financé par les Français tant ces médias méprisent une grande partie de la population et invisibilisent une grande partie de l’opinion au point de travestir notre démocratie. Radio France ou France Télévisions sont des médias d’opinion et ne fonctionnent pas différemment des médias Bolloré, même s’ils défendent, en partie seulement, d’autres opinions. Et s’il est acceptable que les médias privés soient partisans (comme avec Libération et Le Figaro), il n’est pas acceptable qu’un prétendu service public le soit.
Si je reste partisan d’un service public audiovisuel, il est clair que son mode de fonctionnement devrait être radicalement différent de l’actuel, garantissant l’expression de toutes les opinions, et pas seulement pour les invités, mais aussi les journalistes et éditorialistes. Une partie des propositions du rapporteur permettrait un progrès. Merci à Charles Alloncle d’avoir tenu bon dans un contexte si hostile et d’avoir produit un rapport aussi riche et étayé, sans être d’accord sur tout, ni être du même bord politique.

Merci d'avoir lu ce rapport. J'approuve votre commentaire. Maintenant, il faut qu'il y aie des conséquences, et des économies!
RépondreSupprimerVous savez bien que le dossier va être très bien classé au fond d'une armoire.
SupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerEn même temps le mec suit l'un des plus gros voleurs-escrocs de l'Assemblée, Eric Ciotti et, en plus, est en service commandé de Bolloré.
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