samedi 17 octobre 2026

Budget, retraites : avant tout un problème de recettes ?

C’est la tarte à la crème de la pensée oligarchiste : les dépenses publiques seraient beaucoup trop élevées et nos gouvernements achèteraient une relative tranquillité en hypothéquant notre futur. Pourtant, on ne compte plus les coupes dans tous les budgets sociaux et nos autres services publics manquent d’argent, avec un manque de fonctionnaires, mal payés. Et si le problème était mal posé ?


 

Des impôts et taxes trop réduits et délocalisés

 

En effet, nous sommes très loin d’avoir un service public obèse, même s’il y a des économies importantes à réaliser. Nous pourrions simplifier notre mille-feuilles administratif, en supprimant région et agglomération et en quittant l’UE. Après tout, la France ne semblait pas sous-administrée dans les années 1970… Les technocrates qui nous gouvernent ont également une tendance à la complexité bureaucratique qui devrait être combattue : la pseudo-libéralisation du marché de l’électricité, qui a doublé le prix du kWh, a permis de créer différents organismes où d’anciens ministres peuvent être recasés (la CRE…). Et plus globalement, il ne faut pas oubllier que les comparaisons du niveau de dépenses publiques entre pays sont biaisées par des périmètres différents : en France, la santé, les retraites et l’énergie restent surtout publics et cela pris en compte, nous ne dépensons vraiment pas tant que cela.

 

En revanche, nos dépenses publiques d’éducation sont plutôt faibles, une fois mesurées par élève, notamment dans le supérieur. Et nos professeurs sont payés au lance-pierre, eux dont le salaire en début de carrière dépassait deux SMICs il y a cinquante ans, et qui dépasse à peine un SMIC aujourd’hui. Plus globalement, une grande partie de la fonction publique a été paupérisée, avec un point d’indice non revalorisé, une utilisation de contractuels moins payés. Et nos gouvernements n’ont pas été tendres avec la Sécurité Sociale : tout le monde sait le manque de moyens dont souffre l’hôpital et le manque de considération salariale d’une grande partie du personnel médical. Les chômeurs subissent coupe d’allocation sur coupe d’allocation (le régime est excédentaire). Et les retraités ont déjà perdu 10% de pouvoir d’achat en 15 ans, et le COR anticipe un recul supplémentaire de 10% d’ici à 20 ans, et de 15% d’ici à 40…

 

Bref, quand j’entends les discours milléistes de Sarah Knafo ou David Lisnard ou les promesses de coupes du bloc central, j’ai du mal à comprendre où ils pourraient couper sans davantage abîmer nos services publics. Et il y a un éléphant dans la pièce, beaucoup trop oublié par des médias presque tous oligarchistes : les 100 milliards de baisses de taxes décidées par Hollande et Macron depuis 2012 : CICE, pacte de compétitivité, ISF, IS, PFU, impôts de production, autre baisse de cotisations sociales. La France a renoncé à environ 100 milliards de recettes fiscales annuelles sous l’impulsion du résident de l’Élysée. Voilà la cause numéro un de nos déficits, et de la montée de la dette publique. Pire, ces baisses d’impôts étaient justifiées par un besoin de compétitivité, et pourtant, elles n’ont permis aucun redressement commercial, le déficit étant plus élevé qu’en 2012 : cet investissement n’a pas eu d’effet sur notre commerce.

 

Encore pire, cet investissement massif a eu pour corollaire une baisse des autres budgets publics pour limiter l’impact sur les déficits. Sans cet investissement, il aurait été possible de revaloriser le point d’indice ou les pensions, de fermer moins de lits. Et ce faisant, l’État aurait dépensé davantage, et en dépensant plus, notre PIB aurait été plus élevé (d’autant plus qu’il y a un multiplicateur budgétaire : les salaires plus élevés des fonctionnaires auraient ruisselé, eux, dans le reste de l’économie), produisant aussi plus de recettes fiscales et réduisant le poids de la dette par rapport à notre richesse nationale. Les baisses d’impôts (mal ciblées, et dans un contexte où elles ne servaient pas à grand chose) ont fortement pesé sur notre économie. On peut ajouter que le rééquilibrage de notre commerce extérieur (déficitaire de près de 70 milliards) aurait généré 70 milliards de PIB de plus et 30 milliards de recettes fiscales de plus.

 

Enfin, il faut aussi rappeler que ce ne sont pas seulement les usines qui sont délocalisés et les produits qui sont importés. Parfois, c’est même le chiffre d’affaires réalisé en France (et donc les profits, et la plupart des taxes) qui peut être délocalisé dans ce marché unique qu’est l’UE. Une partie des GAFAM parvient à délocaliser plus de 90% de son chiffre d’affaires réalisé en France hors de l’hexagone, se contentant de facturer les clients Français depuis l’Irlande… Là encore, ce sont des milliards de richesses et de recettes fiscales qui sont artificellement délocalisées, et qui manquent pour financer nos services publics, dont une partie est exsangue aujourd’hui. Pour couronner le tout, que dire de ce PFU mis en place par Macron, qui limite l’impôt sur les revenus du capital à moins de 15%, même pour les dividendes des milliardaires. Autant dire que certaines recettes sont en réalité trop faibles…

 

Et avec des banques centrales dont l’action accentue fortement la crise financière actuelle, on peut penser que la crise actuelle de nos finances publiques ne vient pas tellement des dépenses, mais bien des 100 milliards de recettes abandonnées par Macron, et des dizaines de milliards perdus par l’ouverture déloyale de notre marché et les délocalisations comptables de certains grands groupes.

3 commentaires:

  1. Herblay
    Si, la crise non pas seulement actuelle mais historique de nos finances vient de nos dépenses, qui ne sont pas appropriées en montant et en destination.
    Si je suis d'accord avec vous que le coût de niches fiscales est astronomique et elles devraient être toutes supprimées, il reste que l'état dépense trop et mal.
    Et je ne vous parle même pas d'une inefficacité de l'administration mais de la destination de nos dépenses.
    Les 4 premiers postes de dépense sont :
    1° enseignement (scolaire et supérieur): 95 milliards sans compter les coûts de retraites, non couvert par des cotisations insuffisantes
    2° charge de la dette : 65 milliards
    3° militaire 62 milliards pareil sans coût des retraites
    4° budget vert 60 milliards
    Le coût de l'enseignement est absolument anormal et sans commune mesure avec celui de tout pays équivalent. Tout cela pour des résultats scolaire en bas des classements internationaux. Réduire fortement ce coût devrait être la première des priorités.
    Les dépenses militaires devraient également être fortement réduites: à quoi sert la dissuasion nucléaire si l'on doit dépenser autant ? Quel pays est en train de menacer la France d'invasion ? Est-il vital d'envoyer 2000 soldats français pour défendre la dictature saoudienne ? De dépenser des milliards pour la guerre au Donbass qui ne nous concerne pas ?
    Finalement, le budget vert. Qu'est-ce qui justifie ces immenses dépenses ? Peut on rédiger un bilan concret des coûts et des résultats obtenus ? Combien de cet argent est fini en Chine, entre véhicules électriques, batteries et panneaux solaires ? Quelle influence cela a eu sur le réchauffement climatique ?
    Rarissimes sont les voix qui osent affirmer ces évidences, devant les toutpuissants syndicats des enseignants (un million de votes plus leur familles), les toutpuissants lobbies de l'industrie militaire, et devant la diffusion croissante de la religion de l'effet de serre (qui comme toute les religions instaure une morale sur la base de faits sans preuve expérimentale).
    Mais la lobby encore plus puissante, en France comme ailleurs, est celle des banques et assurances, qui vivent bien grâce au free lunch de l'emprunt à l'état. Les trois dernières présidences françaises ont singulièrement accru la dette étatique et les banques non seulement françaises (la dette est détenue majoritairement par des étrangers), en préparent sans doute une quatrième dans la même direction.

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  2. Les baisses de taxes ont été fait parce que le coût du travail est trop élevé. Evidemment que c’est une très mauvaise décision. On aurait dû baisser massivement les salaires !

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  3. @ Anonyme

    1- Sur l’enseignement, je crains que nous ne dépensions pas tant que cela : il y a des différences entre les niveaux, mais au global, nous ne dépensons pas assez. Il y a un lien dans le papier qui montre que nous dépensions déjà moins que la moyenne, et beaucoup moins que les Allemands par élève. Si on se réfère aux statistiques de l’OCDE (https://www.oecd.org/fr/topics/policy-issues/education-financing.html), nous sommes encore en-dessous de la moyenne en part du PIB, alors que notre PIB est trop bas (cf reste du papier) et que nous avons proportionnellement plus d’élèves / étudiants que la moyenne en proportion de la population. Bref, je pense qu’il y a un sévère manque de moyens ici, qui explique en partie la baisse du niveau (les enseignants sont très mal payés en France : je rappelle ici qu’ils gagnaient un peu plus de 2 SMICs en début de carrière il y a 50 ans, contre à pein plus d’un aujourd’hui)
    2- Sur la dette : si nous monétisions, une partie plus importante de cet argent nous reviendrait, alors qu’aujourd’hui, c’est une part de plus en plus faible qui revient…
    3- 2% du PIB pour la défense, cela ne semble pas un niveau excessif. Le coût de la dissuasion nucléaire me semble bien faible par rapport à la protection qu’elle représente, même si nous n’avons pas de vraie menace aujourd’hui. Mais l’histoire montre qu’il vaut mieux être prévoyant. Et l’abandonner aujourd’hui sous prétexte d’absence de menace, ce serait prendre le risque de ne pas l’avoir dans 10, 20 ou 30 ans quand une nouvelle menace pourrait émerger. Sur les interventions militaires, d’accord pour les questionner
    4- Bon point sur le budget vert. J’ai l’impression que les énergies renouvellables sont surtout de très coûteuses rentes accordées à des investisseurs privés, pour acheter des équipements à la Chine, ce qui est fou ! Si nous y croyons, il faut que ce soit EDF qui construise (éventuellement les particuliers chez eux avec les panneaux solaires, à condition qu’ils soient faits en France)

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