lundi 10 décembre 2012

Guerre des chefs, partielles : le paradoxe de l’UMP



Jeux de massacres

J’ai sous-estimé la persévérance de François Fillon à contester la victoire de son adversaire à la présidence de l’UMP. Il a franchi le Rubicon de la constitution de son groupe, de manière à garder un véhicule pour son ambition. En fait, c’est justement tout le problème des deux protagonistes. Ils se sont tellement avancés qu’il leur est difficile aujourd’hui de reculer, sans paraître totalement capituler en rase campagne, dans un engrenage qui pourrait leur être mortel si on en croit les sondages.

Dans ce jeu mortifère, Jean-François Copé ne semble pas dans une position si solide que cela. Certes il a arraché la présidence de l’UMP et semble prêt à s’y barricader coûte que coûte pour la conserver, quitte à faire pourrir la situation, en espérant que François Fillon se lasse avant lui. Le problème est que cette tactique ne semble pas forcément gagnante. Déjà moins populaire que l’ancien premier ministre, le maire de Meaux semble encore plus souffrir de la bataille en cours dans l’opinion.

En outre, une partie de ses soutiens (Hortefeux, Jacob) commencent à évoquer l’option d’un nouveau vote… Bref, la situation du président (auto) proclamé de l’UMP ne semble pas si solide que cela. Mais l’image de François Fillon a également largement pâti de cette guerre des chefs, qui a atteint des sommets jamais atteints dans la vie politique récente, sans pour autant qu’un recours solide n’ait véritablement émergé, Nicolas Sarkozy ne parvenant pas à remettre de l’ordre.

Quelle issue pour l’UMP ?

dimanche 9 décembre 2012

Les dangers du capitalisme actionnarial


La critique des excès du capitalisme actionnarial, et de son court-termisme destructeur se développe depuis la crise de 2008. Mais si cette critique est fréquente dans les milieux plus alternatifs, comme Alternatives économiques, elle s’exprime également dans les colonnes du très libéral The Economist.

Pourquoi il faut lire The Economist

Bien sûr, la plupart du temps, je suis en désaccord complet avec la bible néolibérale des élites mondialisées, dogmatiquement favorable au libre-échange et à la libéralisation des marchés financiers… etc. Mais il ne faut pas résumer l’hebdomadaire britannique aux positions caricaturales et volontiers francophobes de Sophie Pedder, sa correspondante à Paris. Sur d’innombrables sujets, The Economist apporte de l’eau au moulin des alternatifs, comme récemment sur les universités étasuniennes.

Dans un papier très intéressant de la rubrique Schumpeter, même s’il affirme que « la valeur à long terme est l’addition de résultats à court terme » ou que « les résultats trimestriels disent quelque chose sur la santé d’une entreprise », il propose de « réparer (le système) » en en soulignant toutes les carences. Il cite Paul Poleman, président d’Unilever, qui ne publie plus l’ensemble des résultats financiers chaque trimestre ou de donner des prévisions de résultats. Ce dernier avait affirmé à Davos que « les managers de hedge funds vendraient leur grand-mère pour faire du profit ».

The Economist reconnaît que « le culte du court terme a produit des résultats pervers », poussant les managers à prendre de gros risques pour atteindre les résultats annoncés (et ainsi toucher leurs stocks options). Il souligne que le temps de possession d’une action est passé de 8 ans dans les années 1960 à 4 mois aujourd’hui et rappelle que Peter Drucker disait que « les résultats à long terme ne peuvent pas être atteints en additionnant les résultats à court terme » et souligne que les entreprises cotés investissent 4% de leurs actifs contre 10% pour celles qui ne le sont pas.

Le capitalisme actionnarial accroit la crise

samedi 8 décembre 2012

Universités étasuniennes : l’échec patent du marché


The Economist vient de publier un nouveau papier extrêmement sévère à l’égard des universités étasuniennes. Augmentation délirante des prix, dépenses somptuaires : le portrait de ces établissements qui dominent pourtant les classements internationaux n’est guère flatteur.

Le côté obscur des facs étasuniennes

Comme le rappelle la revue néolibérale, les universités étasuniennes sont la référence planétaire. Mais cela ne doit faire oublier les travers du système. The Economist souligne l’envolée des frais de scolarité depuis plus de trente ans puisqu’alors que les prix à la consommation ont progressé de plus de 250% de 1978 à 2012, les frais de scolarité des universités se sont envolés de plus de 1100% : « le coût de l’université par étudiant a augmenté près de 5 fois plus vite que l’inflation depuis 1983 » !



The Economist souligne que les étudiants finissent leurs études avec 26 000 dollars de dettes en moyenne et que seulement 57% des étudiants parviennent au bout de leurs études. Le taux de défaut sur les prêts étudiants atteignait 9,1% en 2011, point à mettre en parallèle avec le statut particulier de ces dettes (sur lesquelles il n’est pas possible de faire défaut), expliqué par Joseph Stiglitz dans son dernier livre. Et alors que le pays consacre une part record de son PIB pour l’éducation supérieure, il n’est pourtant que le 15ème pour la proportion d’étudiants parmi les pays riches.

Pire, les universités étasuniennes dépensent sans compter : alors qu’en 1976, on comptait 2 professeurs pour un administratif, aujourd’hui le rapport est d’un pour un. Encore pire, de nombreuses études soulignent une baisse du niveau général des élèves, camouflé par une notation plus généreuse (43% de A) et du travail demandé. Un papier de 2010 soulignait que les étudiants n’ont plus que 14 heures de cours par semaine au lieu de 24 et que les professeurs ne sont surchargés non plus…

Le marché en question


vendredi 7 décembre 2012

A Florange, Mittal enterre les illusions socialistes


Après l’épisode désastreux de l’usine d’Aulnay de PSA, les allers-retours du gouvernement sur le site de Florange d’Arcelor-Mittal montre une nouvelle fois la démission de l’exécutif à l’égard d’une mondialisation qu’il continue de laisser-faire, quelqu’en soient les conséquences pour les Français.

Paroles, paroles, paroles

Déjà, quand PSA avait annoncé la fermeture de l’usine d’Aulnay, on allait voir ce qu’on allait voir. Arnaud Montebourg était allé au journal de 20 heures pour critiquer (abusivement) les choix de la direction du groupe, feignant de ne pas comprendre que la fermeture de cette usine était la conséquence du libre-échange et des politiques austéritaires menées en Europe, qui ont fait s’effondrer le marché automobile. Il avait annoncé un grand audit et que le gouvernement ferait plier PSA.

On sait ce qu’il en est advenu : le site fermera, le nombre de suppressions d’emplois restera le même. Puis, le gouvernement s’est engagé dans un bras de fer avec ArcelorMittal au sujet de la fermeture de l’usine d’une partie de l’usine de Florange. L’aciériste a déjà un lourd passif à sa charge puisque Nicolas Sarkozy avait promis, en vain, de sauver le site de Gandrange. Arnaud Montebourg a fait feu de tout bois, évoquant une reprise du site par un autre industriel ou une nationalisation.

Mais vendredi, le Premier Ministre a rendu son arbitrage et a décidé de laisser le site à ArcelorMittal, qui se serait engagé à y conserver une activité pendant 6 ans,  y investir 180 millions d’euros, sachant qu’en plus, il pouvait accueillir le projet européen Ulcos de production d’acier à faible impact carbone. Déjà, les syndicats et la classe politique avaient réagi de manière très négative à cet accord, Nicolas Dupont-Aignan y voyant une « gauche couchée » et Jacques Sapir « une honte et une trahison ».

Le changement, ce n’est pas pour maintenant

jeudi 6 décembre 2012

Alerte : les néolibéraux veulent baisser le SMIC de 300 euros !


La semaine dernière, The Economist a consacré un papier au salaire minimum, se demandant s’il en fallait un et si oui, à quel niveau fallait-il le mettre. Une plongée glaçante dans la pensée néolibérale.

SMIC or not SMIC ?

Les penseurs néolibéraux ont au moins un mérite. Ils osent tout. L’économie n’est qu’une science abstraite faite de chiffres, totalement désincarnée et déshumanisée. C’est bien ce qui ressort de ce papier de la bible des élites mondialisées sur le salaire minimal. The Economist cite Milton Friedman, pour qui, il est « une forme de discrimination contre les travailleurs sans qualification ». Qualifier de « discrimination » le fait d’empêcher de payer un salaire de misère en dit déjà long…

Mais l’hebdomadaire souligne que d’autres économistes affirment que quand les employeurs ont un fort pouvoir, alors, ils peuvent fixer les salaires à un niveau trop faible, ce qui a poussé les gouvernements à instaurer un salaire minimal dans un nombre grandissant de pays. La Nouvelle-Zélande a été la première en 1894, suivie par les Etats-Unis de Roosevelt en 1938, la Grande-Bretagne patientant jusqu’en 1999. Le SMIC étasunien, très bas, a été relevé de 40% depuis 2007.

Les économistes ont mené des études divergentes sur le niveau du salaire minimum aux Etats-Unis, du fait des différences entre Etats. Deux économistes ont démontré que les différences de niveau du salaire minimum n’ont pas d’impact sur le niveau de l’emploi dans la restauration entre 1990 et 2006 mais deux autres ont démontré l’inverse. En Grande-Bretagne, les études sont plutôt positives et soulignent un effet d’entraînement pour les salaires supérieurs au SMIC.

L’oubli de l’homme

mercredi 5 décembre 2012

Europe : l’intégration mène au néolibéralisme et au despotisme


Bien sûr, les partisans de l’intégration européenne font toujours miroiter une Europe sociale ou solidaire, qui serait plus démocratique. Mais force est de constater que depuis près de trente ans, elle rime avec un néo-libéralisme dogmatique et un despotisme volontiers post-démocratique.

L’intégration européenne avant tout

C’est après une discussion avec un ami que la réalité m’a sauté aux yeux. En effet, j’ai pu constater que l’intégration européenne passe avant le progrès social ou la démocratie, même pour des personnes attachées aux deux. Car c’est le vice de cette construction européenne que de pousser à des politiques fondamentalement antisociales et antidémocratiques. L’intégration européenne devient l’objectif suprême, auquel tout est subordonné, quelqu’en soient les conséquences.

Premier exemple : la monnaie unique ne fonctionne pas car cela revient à imposer une politique unique à des pays trop différents. Sapir ou Artus ont parfaitement démontré qu’il n’y a pas 36 solutions pour résoudre les déséquilibres actuels : une dévaluation interne (en restant dans la monnaie unique) ou une dévaluation externe (qui imposer d’en sortir). Malgré l’évidence du coût social bien plus important de la première, la survie de la monnaie unique passe avant la douleur des peuples…

Deuxième exemple : le processus de décision extrêmement compliqué pour répondre à la crise de la zone euro. Non seulement les fédéralistes font l’erreur d’attribuer la crise aux déficits (qui en sont surtout la conséquence), mais en plus, beaucoup ux sont prêts à mettre les budgets sous tutelle technocratique (ce qui a été fait en partie par le TSCG, le six pack, puis le two pack), une remise en cause fondamentale de nos démocraties. Mais là encore, l’intégration européenne prime.

Des ferments despotiques et antisociaux

mardi 4 décembre 2012

Chômage : le Munich social continue


La semaine dernière, les dernières statistiques du chômage ont rappelé la triste réalité du marché de l’emploi en France : 45 000 chômeurs de plus en catégorie A et 71 000 de plus si on compte les catégories B et C. Le sinistre record de 1997 devrait être battu en 2013…



Une boucherie sociale

Le record du nombre de chômeurs (catégorie A) remonte à janvier 1997, après le plan d’austérité (déjà) décidé par Alain Juppé et Jacques Chirac à l’automne 1995, en contradiction avec le discours de la campagne présidentielle. A l’époque, 3,205 millions de chômeurs étaient recensés. Nous sommes aujourd’hui à 3,103 millions. Etant donné le rythme de progression du chômage aujourd’hui, ce triste record devrait être battu fin février 2013 avec les chiffres de janvier.

Pire, ce chiffre ne recouvre qu’une partie de la réalité puisque si on ajoute les catégories B et C, on atteint le chiffre colossal de 4,587 millions de demandeurs d’emplois, environ 15% de la population. Avec le plan d’austérité, le cap des 3,5 millions de chômeurs catégorie A (et 5 millions avec les catégories B et C) devrait être dépassé l’an prochain malgré les quelques mesurettes gouvernementales. Le record de taux de chômage, de 11,2% devrait également être battu.

Mais derrière ces froides statistiques, il faut penser à tous les drames humains que provoque le sous-emploi. Le nombre de vies brisées par l’impossibilité de trouver du travail. Car il faut être clair, la grande majorité des personnes au chômage aujourd’hui cherchent du travail mais n’en trouvent pas car nos dirigeants n’en font pas leur priorité. Pourtant, le plein emploi devrait être la priorité absolue des gouvernements, celle qui passe avant toutes les autres car il est un ciment de la société.

La passivité de nos dirigeants

lundi 3 décembre 2012

Mario Draghi, despote tyrannique des peuples européens


Vendredi matin, Jean-Pierre Elkabbach recevait Mario Draghi, président de la BCE sur Europe 1. Une interview révélatrice sur la réalité de cette Europe, qui ne se remet pas en cause et pour qui l’intégration prime sur tout, la démocratie et l’emploi, malgré l’envolée du chômage.

L’euro plutôt que l’emploi

Quand on écoute attentivement l’interview du dirigeant de la Banque Centrale Européenne, on est pris d’un vertige. En effet, toutes les pièces du puzzle européen apparaissent en douze minutes, en désordre certes, mais un examen rapide permet de leur redonner toute leur cohérence. Comme en juillet de cette année, Mario Draghi a répété qu’il fera tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro, même avec des moyens sans limites (sic), mais avec des conditions pour les gouvernements, sans que le fait qu’un technocrate dicte ses conditions à des élus lui pose le moindre problème.

Mais de l’autre côté, quand, dans un moment d’objectivité journalistique, Jean-Pierre Elkkabach lui demande si l’austérité ne risque pas d’être un frein à la croissance après que Mario Draghi ait évoqué une « Europe libérale avec solidarité », le masque tombe. Le président de la BCE admet que la consolidation budgétaire provoque une contraction de l’activité à court terme (comme le soutiennent le FMI, Krugman ou Stiglitz). Mais, comme Piere Moscovici, il affirme qu’il n’y a pas d’alternative.

Bref, s’il n’y a aucune limite pour sauver l’euro, et donc son emploi, en revanche, il faudrait accepter une augmentation monstrueuse du chômage au nom de la rigueur budgétaire. Pourtant, les faits démontent son argumentation. Comme nous le disions en 2010, non seulement l’austérité a des conséquences sociales monstrueuses, mais en plus, cela n’accélère pas le redressement des finances publiques : l’Espagne et le Portugal ne font pas mieux que les Etats-Unis depuis 2009.

Pire, dans les solutions à la crise actuelle, il a repris une antienne proche de celle du gouvernement Hollande, à savoir qu’il faut plus de compétitivité et des réformes structurelles (la manière politiquement correct de dire baisse des salaires et / ou baisse du niveau de protection sociale et / ou baisse des droits des travailleurs). Il faudra que Mario Draghi explique comment une baisse coordonnée des salaires (par-delà un aspect socialement révoltant) pourrait nous tirer de la crise…

Despotisme pseudo-éclairé

dimanche 2 décembre 2012

Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme


Voici la version originale de l’entretien que j’ai donné à Atlantico sur Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme. Il fait partie d’une série d’entretiens croisés « Quand les emplois français dépendent de capitaux étrangers à la Mittal : la nationalité des investisseurs est-elle vraiment une donnée neutre ? » avec également Sylvie Goulard, députée européenne Modem, et Michel Fouquin, directeur adjoint du CEPII.  

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a menacé de nationaliser le site de Florange pour le sauver. En 2006, Mittal a mené une OPA hostile pour absorber Arcelor, fleuron européen de la sidérurgie. A l’époque beaucoup d’observateurs avaient pronostiqué ce qui est en train de se passer aujourd’hui. N’était-ce pas à ce moment-là que la France et l'Europe aurait dû réagir ?

Bien sûr. C’est d’ailleurs ce qu’avait pronostiqué Nicolas Dupont-Aignan en juin 2006, un des seuls parmi la classe politique à s’opposer au rachat d’Arcelor par Mittal. En outre, il y avait de nombreuses raisons de s’opposer à un tel rachat, puisqu’Arcelor et Mittal étaient alors les N°1 et N°2 de l’acier. Par-delà le patriotisme économique (qui avait poussé le gouvernement à refuser à l’avance un éventuel rachat de Danone par PepsiCo), la politique de concurrence pouvait parfaitement justifier le refus de cette OPA. Il n’est pas sain pour la concurrence que les N°1 et N°2 d’un marché fusionnent.

Quand l'Europe comprendra-t-elle qu'un investisseur étranger n'est jamais neutre et qu'il arrive avec ses propres intérêts et son propre système de valeur ?

Si l’on se fie aux traités, jamais. L’intégralité des traités signés depuis 1986 ont un biais néolibéral caractérisé qui empêche toute forme de protectionnisme ou de protection des intérêts nationaux ou même européens. Par exemple les traités européens précisent que les mouvements de capitaux doivent être totalement libres, non seulement au sein de l’UE, mais également avec le reste du monde, ce qui condamne théoriquement l’intervention des Etats contre les investissements étrangers.

Cette naïveté congénitale de l’Union Européenne se retrouve dans les négociations commerciales. Si on prend le secteur de l’automobile, nous avons signé un accord d’ouverture aux importations venues du Japon en 1991, puis un accord d’ouverture aux importations venues de Corée du Sud en 2011. Pourtant, il n’y a pas eu la moindre contre-partie à l’égard des constructeurs européens au Japon et en Corée du Sud ! Dans ces deux pays, les marchés automobiles restent totalement fermés (plus de 95% des véhicules vendus sont produits localement), ce qui les met à l’abri de la concurrence internationale et leur assure des profits qu’ils investissent ensuite dans les autres pays pour prendre des parts de marché aux constructeurs nationaux. Il est probable que cette Europe finira par ouvrir nos marchés aux véhicules chinois dans quelques années, même si la Chine continue à fermer ses frontières aux importations.

Les pays émergents, qui ont besoin des technologies européennes pour progresser, ont intérêt à investir dans des pays européens endettés. Mais à quel prix ? Les valeurs sociales de l’Europe sont-elles menacées ?

samedi 1 décembre 2012

Une rencontre avec Pierre Moscovici, adepte de TINA


Mardi soir, j’étais invité avec une douzaine d’autres blogueurs à une rencontre avec Pierre Moscovici, à l’initiative du ministre de l’économie. L’occasion de mieux comprendre le raisonnement du meilleur représentant de l’aile social-libérale (même s’il se dit social-démocrate) du PS.

« Il n’y a pas d’alternative »

Comme le rapporte le blog Politeeks, j’ai démarré les questions politiques en posant une ministre sur les politiques d’austérité menées en Europe en soulignant qu’elles sont aujourd’hui contestées de toute part, y compris au FMI à l’OCDE, mais surtout par les libéraux progressistes que sont les « prix Nobel d’économie » Krugman et Stiglitz. Après avoir admis que la situation n’était pas idéale, il a justifié le plan d’austérité par les marchés, en affirmant que sans cela, les spreads (le ministre est très adepte des anglicismes) risquaient de s’envoler et de placer la France dans la position de la Grèce.

Je lui ai alors répliqué en avançant qu’il y avait une solution pour se soustraire à l’influence des marchés, à savoir la monétisation des dettes publiques. J’ai fait l’erreur de citer l’exemple de la Grande-Bretagne, ce qui a permis au ministre de répondre à côté, en disant que la Grande-Bretagne n’était pas un exemple pour lui, qu’elle menait, elle, une vraie politique austéritaire, comme si j’avais suggéré que c’était un exemple, alors que j’avais dénoncé ces mêmes politiques juste avant…

En fait, comme le souligne Politeeks, Pierre Moscovici a été cohérent dans son discours social-libéral tout au long de l’heure et demi qu’il nous a accordée. Le ministre semblait beaucoup plus préoccupé par le niveau de la dette et notre compétitivité que par celui du chômage alors que de nombreux auteurs ont démontré que le niveau de la première n’est pas si élevée dans une perspective historique et qu’il existe des moyens pour gérer cela de manière plus humaine, sans pratiquer l’austérité.

L’impasse tranquille