samedi 10 mars 2012

L’anarchie financière n’a (presque) pas été stoppée


« Jouer avec le feu » : voici comment The Economist, l’hebdomadaire libéral qui soutient souvent que le monde a besoin de la finance, a titré son rapport sur l’innovation financière du 25 février. Un bon indice que pas grand chose n’a changé depuis la crise de 2008…

La montée des machines

Ce dossier est d’autant plus inquiétant qu’il vient d’un ami de la finance « l’innovation financière peut faire beaucoup de bien. C’est sa tendance aux excès qui doit être réduite ». En clair, les subprimes de demain sont déjà en place, comme je l’ai écrit plusieurs fois, grâce, souvent, à la lecture de The Economist. Avant cela, il faut déjà constater que la plupart des allumettes qui ont provoqué l’incendie de 2008 sont toujours là, même si certains (les CDS notamment) sont moins utilisées.

Deux innovations très dangereuses sont déjà largement utilisées : le High Frequency Trading (HFT) et les dark pools. Le premier, c’est l’automatisation des ordres de vente et d’achat. Selon The Economist, de 2004 à 2012, nous sommes passés de 25 à 65% des actions, de 5 à 45% des contrats « futurs » et de 0 à 30% des options achetés sans intervention humaien. C’est cette automatisation qui serait en grande partie responsable du « flash krach » du 6 mai 2010.

Opacité et allumettes

vendredi 9 mars 2012

François Bayrou, le flou du centre


Hier soir, c’était le tour du président du Modem de faire Des Paroles et Des Actes. Celui qui joue sans doute son va tout en 2012 (un troisième échec mettrait sans doute fin à sa carrière nationale) a démontré une grande assurance, à défaut d’une grande précision.

Un homme qui croit en son destin

François Bayrou a une grande force : son assurance à toute épreuve. Quand un journaliste lui pose une question et qu’il met extrêmement longtemps pour y répondre (comme il l’a fait sur l’immigration par exemple), le président du Modem n’a que faire des relances qu’on lui fait pour répondre rapidement, il continue son raisonnement, imperturbablement, sans se laisser démonter. Il oppose un barrage de mots compact et solide à tout questionnement.

Le président du Modem a carrément affirmé qu’il serait au second tour, balayant d’un revers de mains la possibilité qu’il n’y soit pas. Il a refusé de confirmer le fait qu’il prendrait partie s’il ne parvenait pas à y accéder, avec une mauvaise foi toute mitterrandienne. Comme lors des précédents débats, personne n’a parlé du MES, du TSCG ou des 1000 milliards prêtés par la BCE aux banques, indiquant clairement que le candidat du centre est proche du PS et de l’UMP.

Quand c’est flou, il y a un loup

François Bayrou s’est fait une marque de fabrique de la lutte contre les déficits et la dette. Assez naturellement, François Lenglet a cherché à avoir plus de détails sur le programme très rigoureux du patron du Modem, qui prévoit d’équilibrer son budget dès 2015 et qui annonce 50 milliards de hausse d’impôts et 50 milliards d’économie. S’il est transparent sur les hausses d’impôt (avec le détail de réduction des niches fiscales), sur les dépenses, cela est beaucoup moins vrai.

En effet, il a promis 50 milliards d’économie, tout en ne pas baissant pas les salaires des fonctionnaires et en supprimant moins de postes que Sarkozy ! Comment cela pourrait-il être possible ? Il n’a également rien dit sur les retraites, qui représentent plus de 200 milliards et la réforme des urgences est un peu légère pour permettre de stabiliser en valeur les dépenses de santé. Enfin, il a réussi à promouvoir le « fabriqué en France » sans évoquer une seule fois le protectionnisme.

La rigueur européiste au carré

jeudi 8 mars 2012

Mitt Romney, candidat mal aimé des républicains

Avant-hier, c’était le fameux « super mardi » des primaires du parti républicain. Après être passé près de la correctionnelle dans le Michigan le 28 février, Mitt Romney vient de remporter six Etats sur les dix en jeu. Il conserve clairement la place de favori, mais un favori mal aimé.

Des primaires qui se clarifient

Le cru 2012 des primaire républicaines restera sans doute dans les annales tant la bataille est féroce et les rebondissements sont nombreux. Tout d’abord, après avoir été confronté à une succession incroyable d’opposants aussi vite discrédités qu’apparus, Mitt Romney fait un excellent départ en gagnant de justesse l’Iowa et le New Hampshire. Tout le monde le croyait alors parti pour une formalité tant ses adversaires semblaient parfaitement inéligibles.

Puis, il perd la Caroline du Sud face à Newt Gingrich et un recompte donne finalement la victoire en Iowa à Rick Santorum, cassant sa belle dynamique, d’autant plus que le premier prenait la tête dans les sondages en Floride. Mais, le millionnaire mormon ensevelit son adversaire sous un déluge de publicités négatives et gagne cet Etat. Puis, il se partage les Etats suivants avec Rick Santorum, qui s’accroche malgré un budget et une organisation largement inférieure à la sienne.

Mitt Romney manque perdre le Michigan, son Etat de naissance, le 28 février, ce qui aurait pu porter un coup fatal à sa campagne. Puis, mardi, il l’a emporté dans 6 Etats sur les dix en jeu, contre trois à Rick Santorum et un à Newt Gingrich. Il l’emporte d’une courte tête dans l’Ohio, ce qui lui permet d’augmenter son avance puisqu’il dispose de 354 délégués contre 147 à Rick Santorum et 87 pour Newt Gingrich, qui l’a emporté dans son Etat d’élection, la Georgie.

Un candidat mal aimé

mercredi 7 mars 2012

Nicolas Sarkozy, président du passif

Hier soir, le président de la République a participé à Des Paroles et Des Actes. Devant des sondages qui lui donnent 12 à 18 points de retard au second tour, beaucoup jugent que s’il ne renverse pas la tendance rapidement, alors les jeux pourraient bien être fait pour François Hollande.

Confessions intimes

Le début de l’émission a été proprement indigne de tout ce que doit représenter la fonction présidentielle. La séquence avait sans doute été bien cadrée lors des préparatifs. Nicolas Sarkozy parlait lentement et doucement, sur le ton de la confidence, comme dans une émission de télévision où des anonymes viennent parler de leur vie privée. Il est revenu plusieurs fois sur les difficultés conjugales qu’il a traversées de 2005 à 2007, comme un vulgaire héros de télé réalité.

Nous avons aussi eu droit à une complainte incessante et indécente sur la dureté d’être président de la République, qui n’aurait rien à voir avec être ministre. Nicolas Sarkozy n’a pas cessé de parler de son petit nombril sans parler de la France ou des Français. Pas à une contradiction près, il n’a pas hésité à dire « qu’il déteste l’impudeur ». Enfin, il s’est comparé à Jamel Debbouze, révélant sans doute inconsciemment un tempérament plus proche de celui d’un acteur que d’un président.

Quand le bilan est un passif

Au global, il faut saluer le fait que les journalistes ont fait un bilan assez complet du quinquennat sans en cacher les côtés obscurs (dérapages verbaux, Fouquet’s, EPAD…). François Lenglet, a souligné les contradictions flagrantes de la politique économique suivie depuis cinq ans. En revanche, Fabien Namias a laissé dire que la polémique sur la nomination de son fils à l’EPAD n’était pas juste, comme s’il avait les qualifications ou l’expérience pour un tel poste.


mardi 6 mars 2012

La campagne de Sarkozy descend toujours plus bas

Pour l’instant, cette campagne présidentielle est très décevante. Outre des temps de parole qui sont bien loin de l’équité théorique demandée par le CSA, l’équipe au pouvoir semble avoir fait des coups bas contre l’adversaire sa stratégie à défaut de pouvoir convaincre sur son bilan ou ses idées.

Les snipers de la Sarkozie

En regardant Nathalie Kociusko-Morizet sur Dimanche Plus, on comprend que le président de la République fait de l’attaque sa meilleure défense. Mais cette attaque est trop systématique et outrancière pour être crédible. François Hollande est simultanément critiqué pour être trop à gauche quand il propose d’instaurer une tranche à 75% d’impôt sur le revenu et d’être trop modéré quand la ministre souligne qu’il ne prévoirait pas de remettre en cause le bilan législatif de son adversaire.

Les attaques contre la violence verbale du PS font doucement rire tant les coups sont plus bas du côté de l’UMP. Attaqué sur ses vacances sur le yacht de Vincent Bolloré, Nicolas Sarkozy a répliqué en soulignant que Valérie Trierweller travaillait sur une chaine de son groupe, sans que l’on voit en quoi les deux pouvaient être comparables… Et le fait d’évoquer « l’épuration » que François Hollande préparerait dans la haute administration est doublement choquant.

Tout d’abord, l’emploi de ce terme est franchement choquant, car il recouvre des réalités bien précises (épuration des juifs par le régime nazi, épuration ethnique dans l’ancienne Yougoslavie ou en Afrique), sans commune mesure. Ensuite, cela est risible de la part d’un président qui a fait autant valser la haute administration, notamment préfectorale. Enfin, les dérapages incessants et calculés du ministre de l’intérieur sont d’une bassesse bien peu digne de la fonction.

Une campagne extrêmement décevante


lundi 5 mars 2012

Des temps de parole peu équitables

Depuis le début de l’année, nous vivons sous le régime de l’équité des temps de parole, avant que l’égalité ne devienne la norme, à partir de la publication des candidats officiels par le Conseil Constitutionnel. Un examen des temps de parole révèle à nouveau que l’équité est très relative.

Un état des lieux préoccupant

Le CSA a publié sur son site les temps de parole au 24 février. A la télévision, Sarkozy est bien servi puisqu’il a eu 30% de temps de parole sur TF1 et France Télévisions, plus que Hollande et trois fois plus que Le Pen. Mélenchon a presque eu autant de temps de parole que son adversaire préférée. Joly est très bien traitée, avec plus de 6% du temps de parole. Canal Plus sous pondère les gros candidats au profit des petits. M6 présente des temps de parole très originaux.

A la radio, Nicolas Sarkozy dispose de 37 à 38% du temps de parole sur France Info, Europe 1 et RTL et un peu plus de 30% sur France Inter et RMC. François Hollande tourne entre 25 et 30% sur les cinq stations. Marine Le Pen est entre 9 et 10% sur le service public et à peine plus de 5% sur Europe 1, RMC et RTL (plus de six fois moins que le président sortant !). François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly tournent également entre 5 et 10% sur les cinq stations.

Une dizaine de candidats, qui bénéficient d’un vrai statut national (NDA, Villepin, Arthaud, Poutou, Lepage, Morin, Boutin, et dans une moindre mesure, Nihous, Chevènement et Cheminade) ont réussi à grappiller quelques minutes de temps de parole. Assez logiquement, les autres petits candidats sans grande légitimité démocratique nationale, n’ont qu’une couverture nulle ou totalement négligeable. Il serait totalement impossible de débattre à quarante candidats !

Un problème de règles et d’application


dimanche 4 mars 2012

NDA à la défense des agriculteurs


Aujourd’hui se termine le Salon de l’Agriculture, un grand moment d’échange entre le monde agricole et le pays, le rendez-vous annuel qui rappelle l’attachement charnel de notre Nation à ses agriculteurs, ce lien spécial qui n’existe peut-être nulle part ailleurs.

Des agriculteurs abandonnés

La très forte remontée du prix des céréales a permis de nettement améliorer la situation des céréaliers. Cependant, cette évolution est proprement catastrophique pour les éleveurs et les producteurs de lait, pour lesquels les céréales sont une matière première essentielle et dont l’augmentation du prix pèse terriblement sur leurs exploitations. Pire, les prix du lait et de la viande restent désespérément bas, ne permettant pas d’amortir la forte hausse du prix des céréales.

samedi 3 mars 2012

Hollande : le changement, c’est du vent !


L’offensive tout azimut de Sarkozy semble échouer. En même temps, on ne voit pas comment des annonces désordonnées pourraient convaincre de réélire le président sortant. Mais si Hollande semble bien parti pour l’emporter, il ne représente en aucun cas l’alternative dont la France a besoin.

Le coup de poker de la tranche à 75%

Le candidat du Parti Socialiste semble avoir trouvé une mesure habile pour occuper le terrain médiatique et mettre son adversaire en difficulté. Pour le coup, l’élève Hollande dépasse le maître Sarkozy. Cette idée est extraordinairement maline. Elle a poussé le président sortant (et probablement bientôt sorti) à défendre les millionnaires contre les mesures de son adversaire. Rien de tel pour réactiver l’image du président des riches à laquelle il essayait d’échapper.

vendredi 2 mars 2012

La BCE, antidémocratique et irresponsable


Cette semaine, la BCE vient de prêter plus de 500 milliards à des banques privées sans que cela provoque le moindre début de débat. Pourtant, de telles décisions devraient être soumises à un contrôle démocratique, d’autant plus que la gestion de la BCE est hautement critiquable.

Entre monétarisme et casino

D’un côté, la BCE est parfois dogmatiquement monétariste. Lors de la crise de 2008, elle a vraiment tardé pour baisser ses taux, contrairement à la Fed, allant même jusqu’à les monter en plein début de crise, alors que son équivalent étasunien les avait déjà baissé de 3 points. Cela avait propulsé l’euro à 1,6 dollar, faisant rentrer l’économie européenne en récession un trimestre avant les Etats-Unis. Et elle a répété son erreur en montant ses taux le printemps dernier.

jeudi 1 mars 2012

1000 milliards pour les banques, l’austérité pour les peuples !


Comment ne pas être pris de vertige par les décisions prises dans cette Europe ? En un peu plus de deux mois, la BCE vient de prêter pas moins de 1000 milliards d’euros aux banques privés, au moment même où les dirigeants européens n’ont que la rigueur à la bouche.

La monnaie des banquiers

L’euro est bel et bien la monnaie des banquiers. Alors que les Etats sont étranglés par les contraintes des marchés financiers et se voient imposer des cures d’austérité monstrueuses, les banques viennent de bénéficier de deux opérations « crédit ouvert » où la BCE leur a accordé 1000 milliards d’euros de crédits à trois ans. Après les 489 milliards du mois de décembre, l’opération d’hier a porté sur la bagatelle de 529 milliards ! 10% du PIB européen en deux mois !