jeudi 20 septembre 2012

Maastricht, euro : il y a 20 ans nous avions raison !


Il y a exactement 20 ans, je plaçais mon premier bulletin dans l’urne. Convaincu par Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, c’était un « non » de conviction. Si la monnaie unique a vu le jour, les Français regrettent aujourd’hui leur choix mais ne sont pas encore convaincus par le démontage de l’euro.

Une première bataille gagnée

Bien sûr, le sondage du Figaro indique que 65% des Français ne souhaitent pas abandonner la monnaie unique. Néanmoins, la situation a beaucoup changé en seulement trois ans : en 2009, on nous répétait encore en boucle que l’euro nous avait protégé pendant la crise. Aujourd’hui, même ses défenseurs les plus farouches ont reculé et préfèrent faire peur en affirmant qu’une sortie serait calamiteuse plutôt que de défendre la pertinence du passage à l’euro.

Il faut dire la littérature expliquant précisément pourquoi la monnaie unique est mauvaise pour les pays européens s’accumule de plus en plus. Je participe à ce débat fréquemment. Mais des économistes comme Jacques Sapir (dont le dernier papier mémystifie les arguments des partisans de la monnaie unique), ou même Paul Krugman, « prix Nobel d’économie », dans son dernier livre, donnent crédibilité et pédagogie à la critique de l’unification monétaire européenne.

Résultat, les Français regrettent l’adoption du traité de Maastricht. Pas moins de 64% des citoyens voteraient « non » aujourd’hui, un immense signe de défiance qui montre que la France regrette son choix de 1992. Tous les voyants sont au rouge pour l’Europe : 76% pensent que l’Union Européenne n’agit pas de façon efficace contre la crise, 67% pensent que l’Europe va plutôt dans la mauvaise direction. 45% pensent que l’euro est un handicap contre 23% un atout.

La bataille qu’il faut encore gagner

Les partisans de la monnaie unique ont bien compris que leur dernière ligne de défense était la peur d’une catastrophe en cas de démontage de l’euro. C’est sans doute ce qui explique que deux tiers de la population y soit encore opposé. Quelques études farfelues, abondamment relayées dans les médias, accréditent cette thèse. Mais depuis quelques mois, d’autres études et papiers expliquent exactement le contraire. Malheureusement, elles ne sont pas autant relayées.

On peut notamment citer le travail remarquable de Jonathan Tepper, qui a étudié la fin d’une centaine d’unions monétaires au 20ème siècle et dont les conclusions sont formelles : le démontage d’une monnaie unique est quelque chose que nous maitrisons, qui ne provoque pas de catastrophe économique, bien au contraire, puisque cela relance la croissance très rapidement. Jacques Sapir et Patrick Artus ont également publié de nombreux papiers démontrant l’intérêt d’une sortie.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, il faut utiliser ce matériel pour gagner définitivement la bataille de l’opinion. Nous avons deux messages à passer. Tout d’abord, dédramatiser le démontage d’une monnaie unique, qui a eu lieu fréquemment dans le passé. Ensuite, bien expliquer comment cela peut avoir lieu concrètement et bien rassurer sur le fait que cela ne signifie pas la fin de l’Europe car on cela peut permettre de réorienter le projet européen dans une direction radicalement différente.

L’exemple de la Suède (qui se permet le luxe de relancer son économie alors que tous les pays de la zone euro font de l’austérité) n’a pas encore convaincu. En attendant que la sortie de la Grèce démontre la justesse de nos analyses, nous avons tout ce qui nous faut pour gagner progressivement le débat.

19 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec votre point de vue, il faudrait désormais se concentrer sur la sortie de l'euro, distiller peu à peu l'idée que c'est possible, que ce ne serait pas l'apocalypse, que cela peut avoir de nombreux avantages pour la France, mais pour d'autres aussi, notamment les pays du Sud.
    Ce sondage confirme bien, dans la lignée de 2005, qu’il y a déconnection complète entre l’opinion des élites sur l’Europe, matraquée dans les médias, et l’opinion de la majorité des gens.
    Donc je crois que les opposants ne devraient plus perdre de temps et gaspiller leur faible exposition médiatique à essayer de convaincre que l’austérité nous mène dans le mur, ou que l’euro nous pénalise. On ne convaincra pas Apathie, Quatremer and co de toute façon, et surtout ça n’a pas d’intérêt, les français ont bien compris tout ça.
    Il faut donc consacrer toute l’énergie désormais à rassurer les français sur le fait qu’une autre Europe, sans euro, est possible et même souhaitable et ne conduirait pas au chaos.

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    1. Mais si Nico, il faut tenter de convaincre encore et toujours et les uns et les autres. On ne convaincra peut-être pas Aphatie ou Quatremer, mais des gens comme Joffrin ou Daniel Cohen ont déjà à moitié (à moitié, certes) viré leur cuti et c'est important. Comme disait Laurent dans un précédent papier, le problème est de toucher le segment "central" de la société et par conséquent d'arriver à faire comprendre que les opposants peuvent très bien se situer dans cet axe-là aussi (sans négliger les classes populaires pour autant, mais celles-ci sont déjà largement en sécession).

      Encore bravo pour la série d'articles (l'euro stop ou encore) sur le blog. C'est du lourd, comme disent les sportifs.

      Je signale, par ailleurs, ce très intéressant entretien de Marcel Gauchet sur le "trou d'air" hollandais (http://marcelgauchet.fr/blog/?p=1892). Très intéressant parce qu'il fait bien la part des choses entre ce qui est de l'ordre du structurel dans une période où les médias fonctionne sur le mode déstabilisant de l'alerte permanente et du conjoncturel avec l'absence anxiogène de cap véritable chez un président pour qui les actions nécessaires à mener contredisent les convictions initiales.

      Emmanuel B

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  2. Oui, et pourtant cela n'a rien changé! Il n'y a eu aucun homme politique qui ait eu l'audace suffisante pour persévérer dans un combat victorieux. Que ce soit Séguin, Chevènement, et même Fabius en 2005. Peut-être Nicolas Dupont-Aignan en 2017?

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  3. L'activité dans le secteur privé français a enregistré en septembre son plus fort repli depuis avril 2009, accélérant sa contraction tant dans l'industrie manufacturière que dans les services, selon l'indice PMI publié jeudi par le cabinet Markit.Selon cette première estimation, l'indice composite de l'activité globale en France est tombé à 44,1 points, contre 48 points en août, bien au-dessous du seuil des 50 points qui marque la frontière entre périodes d'expansion et de récession.

    http://www.20minutes.fr/economie/1007063-france-secteur-prive-enregistre-septembre-plus-fort-repli-depuis-avril-2009

    http://www.jpchevallier.com/article-pmi-aggravation-de-la-crise-en-france-en-septembre-110332211.html

    Donc, aux bons soins du gouvernement socialiste après avoir été aux bons soins du gouvernement UMP, la France s'enfonce de plus en plus et de plus en plus rapidement. Il ne reste plus qu'à attendre les bons soins de la « troïka » pour le coup de grâce.

    Saul




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  4. On avait et on a toujours raison, mais ne nous sommes pas une minorité face au mainstream?

    Mon espoir: nos états (en Europe) ont mis mille à deux mille ans à se construire, à articuler une identité pour chaque pays, et même à l'intérieur d'un pays (régions). Il serait impossible, à mon avis, de les mettre sous la tutelle d'un monstre dirigiste dont l'idéologie fondamentale serait l'économie néolibérale ou même ultralibérale. Les peuples ne l'accepteraient pas. D'ailleurs, interrogez les gens dans la rue pour savoir en quoi consiste "l'identité européenne" - je garantis un black out total.

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  5. J'ai TOUJOURS voté contre l'Europe depuis Maastricht. Inclus. Jusqu'en 2005. Inclus. Sur quoi on m'a volé mon vote. Je ne le pardonnerai jamais. JAMAIS.
    Sancelrien

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  6. On en parle bien peu, mais les conséquences géostratégiques de la catastrophe économique européenne seront dramatiques :

    « D'ici quelques années, un simple calcul permet de prédire que nombre d'Etats membres seront incapables d'entretenir des composantes essentielles de leurs forces nationales, à commencer par l'armée de l'air », estime le général suédois Hakan Syren, le président du Comité militaire de l'UE.

    Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/09/20/l-europe-menacee-de-marginalisation-militaire_1762611_3214.html

    YPB

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    1. @ YPB,

      Quand vous savez que les uniformes (passons) mais que les munitions mêmes des fusils d'assaut de l'armée française sont fabriquées à l'étranger, il vous vient l'envie de botter furieusement le c... aux incapables qui nous gouvernent.

      Tant que nous n'aurons pas remis en question le véritable dogmatisme qui consacre le libre-échange mondial, qui pousse par rationalité économique à délocaliser tout ou partie de la production de biens manufacturés, et partant au chômage de masse et à l'endettement croissant, rien de fondamental ne pourra changer et nous continuerons de nous enfoncer lentement mais surement. Pour le plus grand bonheur d'autres puissances en expansion.

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  7. D'accord avec vous Julien @YPB . Je considère que celui qui délocalise totalement est un traître à sa patrie , de même type qu'un déserteur . Il doit passer devant une cour de justice pour répondre de ses actes. C'est toute la pensée de Charles de Gaulle qui a été trahie ! Celui qui ne comprend pas cela est un corrompu !

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    1. Vous n'avez rien compris!
      Mais vous avez raison,
      "C'est toute la pensée de Charles de Gaulle qui a été trahie"
      Vous êtes "corrompu".

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  8. @ Emmanuel B

    Il est toujours utile d’essayer de faire évoluer quelques leaders d’opinion pour faire craquer le front pro-euro. Quelques économistes (Artus, Aglietta, Sterdyniak…) ne semblent pas loin de franchir le pas.

    Merci pour le lien vers le papier de Marcel Gauchet.

    @ Cording

    Il faut du temps pour s’imposer.

    @ Saul

    Complètement d’accord.

    @ Lohengrien

    Complètement d’accord. L’UE finira dans les poubelles de l’histoire. Ce n’est qu’une question de temps.

    @ Sancelrien

    Vous avez bien raison.

    @ YPB

    Merci pour le lien.

    @ Exvil

    Pas d’accord pour les délocalisations. Dans le cadre dans lequel nous sommes, certaines entreprises ne peuvent pas faire autrement. C’est triste à dire. Mais on le voit bien avec PSA, qui a beaucoup moins délocalisé que Renault (44% de sa production en France contre 23% pour l’ancienne régie). Ce sont aux politiques de créer un cadre qui ne soit plus favorable aux entreprises qui délocalisent.

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  9. Le piège s'est refermé!

    Séguin n'était ni protectionniste,ni contre la concurrence,ni favorable à la "monétisation",encore moi raciste!
    En somme il était fidèle au génial Général,et comme lui il avait cette faculté de se "souvenir" de l'avenir(qualité partagée par les hommes d'Etat).

    "Bref,quand,du fait de l'application des accords de Maastricht,notamment en ce qui concerne la monnaie unique,le coût de la dénonciation sera devenu exorbitant,le piège sera refermé et,demain,aucune majorité parlementaire,quelles que soient les circonstances,ne pourra raisonnablement revenir sur ce qui aura été fait.Craignons alors que,pour finir,les sentiments nationaux,à force d'être étouffés,ne s'exacerbent jusqu'à se muer en nationalismes et ne conduisent l'Etat,une fois encore,au bord de graves difficultés,car rien n'est plus dangereux qu'une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s'exprime sa liberté,c'est à dire son droit imprescriptible à choisir son destin"
    Discours "de Maastricht".

    Honte à NDA!
    Gloire à Séguin.

    PS:Chevènement?
    Je reprendrais le bon mot de Max Gallo;
    "Il parle comme de Gaulle,il agit comme Guy Mollet".
    Chevènement finit toujours par retrouver le chemin de l'étable socialiste,pour continuer à brouter à son râtelier.

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    1. A la lecture de votre commentaire j'en conclus que vous ne connaissez ni De Gaulle, ni Séguin ni NDA...

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    2. De Gaulle était raciste?
      Protectionniste?
      Contre la concurrence?
      Pour les expédients monétaires?

      Si vous voulez donner des leçons de gaullisme commencez par essayer d'écrire correctement de Gaulle...

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  10. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  11. Alain Minc ne savait plus quoi dire face à Polony dans ONPC quand elle lui a sorti une question sur la loi 73... Bien embêté il l'a traité d'imbécile grosso-modo et vite esquivé.

    Comment faire pour casser cette endoctrinement pro-euro ? Il faudrait que Sapir et Murer remplacent les "économistes" abonnés des émissions TV...

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  12. Sur la monnaie je lisais ce commentaire à un article d'un journal quebecois, je trouve que c'est un bel exemple de monnaie inadapté à une économie:

    "De 1964 à 2004, la contribution des entreprises aux recettes fiscales du Québec est passée de 38% à 12% et n’a cessé de décroître depuis ce temps. (...)De plus, nous les gavons de subventions faramineuses. (...)

    Nos industries manufacturières sont de moins en moins rentables à cause d’un dollar canadien gonflé au pétrole des sables bitumineux. Pour être compétitif avec les USA, notre dollar doit être entre 85c et 90c du dollar us. (on est actuellement à la parité....) Il nous reste donc l’impôt des particuliers. Ou avoir un dollar québécois qui nous permettrait d’être plus concurrentiel."

    Je connaissais pas cet exemple de mauvaise gestion de la monnaie. C'est presque comme l'Euro, mais dans ce cas pas d'Allemagne mercantiliste juste des sables bitumeux d'Alberta qui font monter le dollar canadien détruisant la compétitivité des vieilles industries du Quebec ou de l'Ontario. Comme quoi il n'y a pas que l'Euro comme monnaie unique mal fichue...

    red2

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    1. En fait ce phénomène est connu sous le nom du « syndrome hollandais », en référence au déclin manufacturier qui s'est produit aux Pays-Bas après l'explosion des exportations de gaz naturel dans les années 1970 et commence à faire débat au Canada:

      http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/05/30/005-etudes-pembina-macdonald-laurier-sables-bitumineux.shtml


      L'analogie avec la zone Euro en remplacent les sables bitumeux ou le gaz Hollandais par l’économie allemande me semble frappante. les Allemands doivent reconnaître que leurs réussite économique en faisant monter l'Euro rend impossible la compétitivité de certains autres pays ne bénéficiant pas des mêmes niches commerciales et de la même efficacité économique.

      red2

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  13. Bravo Laurent pour cet article de vérité.
    Oui vous aviez raison il y a 20 ans, contre la doxa de l'époque.

    Alex B

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