jeudi 19 décembre 2013

The Economist dénonce le néolibéralisme malgré lui


C’est toujours le paradoxe de la bible des élites néolibérales. The Economist est parfois un des meilleurs avocats des carences du néolibéralisme, même si le seul remède qu’il voit à ses défauts, c’est toujours plus d’anarchie économique. Nouvel exemple avec ce papier sur la bulle du prix des actifs.



La dérèglementation produit des bulles

Il est piquant de lire dans The Economist des analyses finalement très proches de celles de Keynes et de ceux qui l’ont inspiré, voir d’auteurs encore plus à gauche, comme Frédéric Lordon. Pourtant, dans sa description des mécanismes qui expliquent les bulles, l’hebdomadaire anglais pointe tous les défauts que l’on attribue habituellement à la déréglementation. Dans un second papier, l’hebdomadaire cite une étude de deux économistes de l’université Washington à Saint Louis, qui attribue le niveau de l’épargne à l’augmentation des inégalités, les plus riches économisant davantage. Cela a été compensé jusqu’en 2007 par l’augmentation du niveau d’endettement des 95% moins riches.

Il explique aussi les bulles à la façon dont sont recompensés les dirigeants des entreprises, qui les pousse à des programmes de rachat d’action. Il souligne aussi le rôle des excédents commerciaux des émergents, qui créent une épargne qui doit se recylcer, augmentant la demande d’investissements. Etonnament, il explique les bulles par la mondialisation : « il n’est pas vraiment surprenant de trouver que plus de bulles ont été gonflées car les investisseurs se sont précipités tout autour de la planète » alors qu’habituellement, il soutient que la mondialisation permet de réduire les risques. Puis, on y trouve toute la critique classique des keynésiens contre les esprits animaux des marchés. Enfin, il dénonce un système bancaire où la montée des cours nourrit l’endettement, et inversement.

Une bulle qui n’est pas encore mûre

D’ailleurs, The Economist publie un graphique qui rappelle l’analyse de Carmen Reinhard et Kenneth Rogoff montrant que la période de répression financière des Trente Glorieuses nous a protégé des crises bancaires alors que la déréglementation accompagne une amplification et une généralisation de ces mêmes crises. Il faut reconnaître une belle honnêteté au journal pour publier un tel graphique, qui est le meilleur plaidoyer contre la déréglementation qu’il promeut pourtant à longueur de pages. Tout ceci rejoint ma série de papiers sur la réforme de la finance, sa justification, ses principes et son contenu.



La synthèse tient dans le premier titre : « pas totalement gonflé ». Rejoignant mon analyse d’un krach à moyen terme, ils soulignent que si les prix sont élevés, ils n’ont pas encore atteint le point d’inflexion où la bulle se dégonfle. Robert Schiller, récent prix Nobel d’économie, note que la capitalisation de Wall Street représente 25 fois les bénéfices actuels, soit bien plus que la moyenne historique de 16,5, mais moins que les pics de 2001 ou 2008. Pire, avec des profits au plus hauts dans le PIB, il juge que toute progression future devrait être limitée, ce qui rajoute à ses craintes. Les records de prix dans l’art ou la spéculation autour de Bitcoin sont également des symptômes typiques de bulle.

Merci en tout cas à The Economist de confirmer tant d’arguments des critiques de l’anarchie néolibérale qu’ils défendent pourtant toujours aussi dogmatiquement. Quand on dit que les marchés fonctionnent mal, on peut paradoxalement amplement citer leur premier promoteur.

5 commentaires:

  1. J'ai bien aimé également l'article sur les investissements publics...

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  2. Lisez cet article hilarant :

    Avant de se retrouver à 28, les ministres de la seule zone euro s'étaient réunis mardi soir pour se mettre d'accord concernant le "filet de sécurité" public, ou "backstop" à mettre en place pour que le système puisse fonctionner en attendant que le fonds atteigne sa pleine capacité, qui devrait être de 55 milliards d'euros en 2026.

    http://www.romandie.com/news/n/Accord_majeur_des_Europeens_sur_l_union_bancaire91191220130244.asp

    J'éclate de rire !

    Si tout va bien, le fonds européen atteindra 55 milliards d'euros en 2026 !

    Le total du bilan de BPCE est de 1145,7 milliards d'euros.

    Le total du bilan de la Société Générale est de 1254,1 milliards d'euros.

    Le total du bilan du Crédit Agricole est de 1770,9 milliards d'euros.

    Le total du bilan de BNP est de 1855,6 milliards d'euros.

    Et je ne vous parle pas des banques espagnoles.

    Et je ne vous parle pas des banques italiennes.

    Etc.

    Ce nouveau fonds, c'est encore un fonds complètement pipeau, qui sera comme les fonds précédents : il sera incapable de résoudre les problèmes bancaires européens.

    Les fonds européens, c'est nul, c'est inefficace, mais ça permet aux européistes de continuer à nous jouer du pipeau.

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  3. Surtout l'intérêt de placer quelques copains à des postes bien rémunérés ...

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  4. "The Economist est parfois un des meilleurs avocats des carences du néolibéralisme, même si le seul remède qu’il voit à ses défauts, c’est toujours plus d’anarchie économique."

    De même que Diafoirus, en voyant tous les symptômes de l'anémie, n'y trouvait qu'un seul remède : la saignée.

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  5. @ BA

    Cf mon papier du jour…

    @ Rodolphe

    En effet. La comparaison est très bonne.

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