mercredi 8 janvier 2014

Goodyear, Newsweek : la fracture franco-étasunienne


En quelques jours, l’actualité a fourni deux nouveaux épisodes de tension avec les Etats-Unis : l’article  stupéfiant de bêtise de Newsweek sur la France, qui a fait un tollé, et le conflit dans l’usine Goodyear, où deux cadres dirigeants ont été séquestrés, qui a suscité des critiques outre-Atlantique.



Goodyear, ou le refus de la loi du plus fort

Bien sûr, aux Etats-Unis, le principe de salariés qui retiennent en otage des dirigeants semble étrange. C’est ce qui explique la réaction outrée du patron de Titan, une entreprise pourtant censée être candidat à une reprise partielle de l’usine : « aux Etats-Unis, on appellerait ça un kidnapping. Ces gens seraient arrêtés et poursuivis. C’est un crime très sérieux, vous risquez la prison à vie. Mais en France, votre gouvernement ne fait rien, ça paraît fou ». En effet, outre-Atlantique, il y un respect du plus fort et du cadre législatif qui fait que ce genre d’actions renforce l’image d’une France aux racines rouges…

Sans pour autant justifier cette séquestration, on aimerait que le patron de Titan songe également à la violence que représente la fermeture d’un site industriel pour les salariés, qui perdent leur emploi, dans un contexte de chômage de masse où il leur sera difficile d’en retrouver. Cela est d’autant plus rageant que Goodyear fait des profits, même s’il perd de l’argent à Amiens, ce qui est logique après avoir divisé par 7 la production, en partie pour s’adapter à l’envolée des importations venues de Chine, dont l’Europe ne se protège, contrairement aux Etats-Unis, comme je le rapportai il y a un an.

La chute de Newsweek

Il y a quelques jours, le journal Newsweek, qui a brièvement déserté le papier pour internet, a publié un torchon intitulé « la chute de la France », un tissus d’âneries bien décryptés par le Monde. La journaliste afforme que le lait est vendu 4 euros le litre, que les couches sont gratuites, qu’une grande partie (des Français) paient 70% d’impôt. De manière non ironique, la journaliste affirme que « the problem with the French is they have no word for entrepreneur »… En fait, nous avons juste créé le mot. A noter que Anne Sinclair a fait une réponse plutôt bien sentie pour le Huffington Post.



Ce n’est pas la première fois que la presse anglo-saxonne publie des articles totalement outrageux et ridicules sur la France, n’hésitant pas à mentir ou à raconter d’énormes âneries. The Economist s’est fait une spécialité du « french bashing ». Pourtant, dans son édition spécial de Noël, l’hebdomadaire des élites mondialisées a fait un papier intéressant sur la France « le chic maussade » pour analyser les raisons du pessimisme naturel de notre pays, qui semble totalement décalé par rapport à la situation réelle des Français. Il ne serait pas inutile qu’ils notent également que nos médias nous épargnent des portraits ridicules et caricaturaux des autres pays, contrairement à eux…

Ces deux épisodes montrent une facette de la différence de notre pays avec le monde anglo-saxon. Un plus grand souci de justice et donc un refus de l’injustice, que l’on retrouve chez Goodyear, mais aussi une capacité à éviter les excès malhonnêtes et limite xénophobes d’une certaine presse.

18 commentaires:

  1. Le patron de Titan a bien raison de se plaindre, il vient reprendre une usine déficitaire d'un concurrent, dans une zone économique qui subit une concurrence déloyale des chinois, et on lui crache à la gueule et on lui explique qu'il doit négocier avec les syndicats. C'est du délire, c'est le seul repreneur, il reprend l'usine et peut virer tout le monde si ça lui chante.

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    1. C'est vous le délire... Si l'Usine est déficitaire c'est uniquement car il n'y a aucun contrôle sur l'entrée dans l'UE des pneus chinois. Si on couple en plus cela aux politiques d’austérité mortifères qui sévissent en Europe et dégradent le marché automobile, c'est normal que ça marche plus! Quand on se décidera à refaire tourner e système économique europeen, le Mr de chez Titan aura récupéré une très bonne usine à vil prix. Stop au syndicat bashing, les syndicats font des fois des erreur mais là, ils ont raison de se battre contre cette arnaque...

      PS: il ne peut pas virer tout le monde si ça lui chante même si il reprend l'usine... Il y a encore des lois dans ce pays et elles sont (encore?) supérieure a celle du capital!

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    2. Le patron de Titan est protectionniste, mais il est réaliste, il ne peut pas reprendre cette usine avec des ouvriers qui se comportent comme des dingues.

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    3. A tous ceux qui critiquent les reprenneurs de ce genre d'entreprises en France: qu'ils essayent eux-mêmes de reprendre les dites entreprises dans un pays qui pratique 46% du POIB de Prélèvements Obligatoires et dont l'état au sens large et les organismes sociaux dépenses 57% du même PIB !
      Ils verront la difficulté de l'exercice...
      Notre pays crève de son état-providence obèse !
      Jerome

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    4. @Jb calypso marine

      "et dont l'état au sens large et les organismes sociaux dépenses 57% du même PIB !"

      N'importe quoi.

      Daniel Cohen (qui n'est pas vraiment un "gauchiste") : "il est devenu fréquent de dire que les dépenses publiques dépassent 56 % du produit intérieur brut. C'est absurde. Les dépenses effectivement absorbées par l'Etat sont beaucoup plus faibles. Les dépenses de fonctionnement représentent moins de 20 % du PIB. En incluant les charges d'intérêts et les investissements, on monte à 25 % environ, chiffre qui n'est pas très différent d'un pays à l'autre. Le reste ne mesure pas des dépenses, au sens économique du terme, mais des transferts d'une partie de la population à une autre, à un moment différé de leur existence. Parler de « dépenses » publiques laisse entendre que l'Etat les consomme, alors qu'il ne fait que les transférer."

      (http://www.arretsurimages.net/breves/2014-01-06/Depenses-publiques-Le-monde-vs-Le-monde-id16652)

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    5. @ bip.
      Bien. Il est toujours utile d'apporter la lumière à ceux qui en sont privés et sont tout au plus capables de se faire les porte-voix des démagogues. Il y a trop de charges, trop d'assistés, blablabla, et blablabla ...

      Au sujet des vertus des entreprises US, j'invite ceux qui sont curieux d'entendre très concrètement ce que donne une des techniques financières les plus en vogue, qui permet aux financiers-vautours de liquider les entreprises en s'enrichissant, je veux parler des LBO, je les invite donc à écouter en podcast l'émission "là bas si j'y suis" d'aujourd'hui sur France Inter.
      Et là, nos amis américains n'ont pas de quoi se vanter avec la banque Goldman Sachs et le fonds de pension KKR à la manœuvre pour ruiner grâce aux LBO une usine Saxby dans le nord de la France. A n'en pas douter, le patron de Titan, que certains jugent utile de défendre ici, est du même acabit.

      Mais, bon, ne nous laissons pas aller à critiquer les représentants d'un modèle anglo-saxon, qui est pour nos dirigeants et nos patrons du CAC 40 la référence absolue. Il est en train de démontrer son efficacité pour aspirer l'argent des particuliers et des entreprises industrielles et faire imploser notre société.

      Demos




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    6. C'est peut être aussi un effet des retraites par capitalisation. Les fonds de pensions et autres organismes qui gerent des épargnes pressent le reste de la planete pour payer les pensions alors que les retraites par répartition restent dans le pays et ne causent rien de facheux a l'etranger.
      Le "repli sur soi" ca permet aussi le respect des autres.
      Je parierais que les colonialistes du XIXe siecle accusaient leurs opposants de "repli sur soi".

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  2. le seul repreneur, il reprend l'usine et peut virer tout le monde si ça lui chante.

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    1. Quel seul repreneur ? Celui du Nouvel Obs (qui est aussi celui du Monde) ?

      http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/01/08/97002-20140108FILWWW00266--le-nouvel-observateur-change-de-main.php

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    2. Marine, toi ici ! Whaou ....

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  3. La France et les Etats-Unis ont 2 conceptions bien différentes de la vie publique et sociale: nous avons une passion pour l'égalité autant que la liberté alors que chez ces derniers c'est la liberté qui prime celle du "renard libre dans un poulailler libre" ou le le droit du plus fort entériné par les lois. Nous sommes tous plus ou moins des disciples de Lacordaire (1802-1861) :
    "entre le fort et le faible,
    entre le riche et le pauvre
    entre le maître et le serviteur
    c'est la liberté qui opprime
    c'est la loi qui affranchit".

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  4. Dans l'affaire Goodyear, la société donné une enveloppe de 129 millions € ($168 million) pour Amiens soit 110 000 euros par personne ... A quoi a servi l'argent ?

    A fin juin 2013 : " The accrual balance of $222 million at June 30, 2013 is expected to be substantially utilized within the next 12 months and includes $168 million relating to plans associated with the announced closure of one of our manufacturing facilities in Amiens, France."

    http://investor.goodyear.com/secfiling.cfm?filingID=950123-13-5103

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  5. @ Karg Se

    C’est une vision un peu caricaturale des choses à mon sens. Qu’est-ce qui est le plus dingue ? Les syndicats qui se battent pour les salariés dans une entreprise profitable ou ce système qui fait que des entreprises rentables quittent le sol français et transfèrent leur production dans des pays à bas coûts, du fait aussi de frontières trop ouvertes ? Qu’est-ce qui est le plus dingue : les syndicats ou les entreprises qui envoient des propositions de reclassement en Roumanie avec des salaires locaux ?

    @ Jb calypso marine

    Sur les fameux 56/57% de dépenses publiques :

    http://www.gaullistelibre.com/2013/09/56-du-pib-de-depenses-publiques-et-si.html

    En réalité, cela vient de périmètres différents. En France, le service public est plus important qu’ailleurs (notre santé et notre éducation restent très majoritairement financées par le public, ce qui n’est pas le cas partout ; notre électricité est produite majoritairement par une entreprise publique, EDF…etc). Quand on compare les dépenses poste à poste, nous ne sommes pas si dépensiers, au contraire même (éducation, intérieur, ministère des finances…), même s’il y a sans doute des choses à améliorer, notamment dans les collectivités locales, ou même à la Sécurité Sociale.

    @ Anonyme 9:53

    Très belle citation

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  6. Le plus bête c'est que je parierai qu'il y a déjà eu au moins un brillant manager américain ou autre qui a fermé une usine française pour cause de non rentabilité sans se rendre compte que les comptes étaient truqués pour faire apparaître les bénéfices dans un pays où le site correspondant ne rapporte rien à la boîte.

    Ivan

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  7. Au-delà des astuces comptables à visée fiscale, la question est celle des objectifs des groupes ou des fonds de pension, qui paient des managers pour pomper tout l'argent qu'il y a à pomper, notamment dans des entreprises industrielles, avant de mettre la clé sous la porte et de transférer matériel et outils à l'étranger. C'est ce que fait Goldman Sachs avec les particuliers, les entreprises et avec les ... Etats. Comme la Grèce, qui paie le prix fort depuis plusieurs années , alors que Goldman Sachs continue à faire la pluie et le beau temps.

    Demos

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  8. " ce système qui fait que des entreprises rentables quittent le sol français et transfèrent leur production dans des pays à bas coûts, du fait aussi de frontières trop ouvertes ?" Difficile à dire, ce qui est certain c'est qu'on n'en serait pas là si on luttaient avec les outils monétaires et douaniers normaux.

    J'ai du mal à voir l'intérêt de séquestrer des cadres locaux qui n'y sont pour rien dans les décisions prisent aux sièges de GoodYear et par nos politiciens. C'est Hollande qu'il devrait séquestrer.

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    1. La séquestration est bien entendu une action, qu'on ne peut légitimer et qui mérite d'être blâmée, mais ne soyez pas candide et remettez bien les choses en perspective :
      1. les entreprises transnationales en question manipulent généralement les salariés en exerçant un chantage à l'emploi, en imposant des concessions au prétexte que cela permettra de sauver leurs emplois pour, au final, transférer leurs activités en Pologne, en Roumanie ou ailleurs,
      2. le fait de licencier des salariés après avoir amené volontairement les entreprises au bord du gouffre (cf. les LBO) est extrêmement violent, d'autant plus quand l'opération est menée, comme je l'explique au point 1,
      3. jusqu'à preuve du contraire, un cadre dirigeant s'engage personnellement, quand il agit dans l'entreprise, même s'il ne participe pas aux conseils d'administration, ce qui n'est pas le cas d'un "exécutant".

      Il est bon de demander le respect de la loi quand il s'agit des transnationales, comme il est juste d'exiger que les salariés soient respectés par ce que Sarkozy nommait sans rien faire par les "patrons voyous".

      Demos

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  9. @ Ivan

    Pas faux, mais cela peut répondre à de la désertion fiscale

    @ Démos

    Très juste

    @ Karg se

    Bien d’accord. Mais ils n’ont aucune chance de séquestrer Hollande. Ils font ce qu’ils peuvent pour se faire entendre.

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