jeudi 1 janvier 2015

Réapprendre à débattre en démocratie


Si nos démocraties sont malades, ce n’est pas uniquement du fait que les alternances se révèlent être beaucoup trop limitées, comme si nos sociétés étaient figées dans une impasse. C’est aussi le fait d’un profond manque d’écoute et de débat qui affaiblit la démocratie.



La fermeture à l’autre

Trop souvent, certains médias nous offrent des débats ne réunissant que de faux contradicteurs, d’accord sur presque tout. Chacun peut alors avancer des faussetés sans craindre d’être repris par ses comparses, qui défendent la même soupe, et qui ne veulent donc pas critiquer une pensée tellement proche de la leur. Les pseudo débats d’économistes sont trop souvent une calamité, trustée par les différents courants de la pensée néolibérale, tous favorables au libre-échange, à la course à la compétitivité, à la libéralisation, ou à l’Union Européenne. Bien sûr, certains pencheraient plutôt à gauche, et d’autres à droite. Mais sur le fond, il n’y a qu’une feuille à papier de cigarette entre eux.

Ces faux débats ne valent pas mieux que les programmes de propagande des dictatures et des démocraties autoritaires, que les tenants du néolibéralisme sont les premiers à critiquer, au nom d’une liberté de penser qu’ils foulent parfois au pied, sans forcément s’en rendre compte. Soit en participant à des cénacles fermés à toute pensée alternative (pourtant foisonnante en France), ou par le refus parfois totalitaire de toute remise en question, même quand elle vient de personnes respectables et sérieuses.

Et ces travers peuvent aussi se trouver chez certains alternatifs, qui finissent par se couper de l’extérieur, ne se rendant même pas compte que notre discours n’est plus compréhensible largement, ou que nous cédons à des postures trop agressives ou démagogiques qui disqualifient nos idées. C’est ainsi que l’on finit avec un débat façon guerre civile, comme cela a été le cas sur le mariage pour tous. Mais dans le dur climat actuel, il importe sans doute de rassurer pour convaincre quand on porte des idées si différentes de celles appliquées depuis trop longtemps pour ne pas davantage inquiéter et susciter le rejet.

Des facteurs d’espoir

Bien sûr, le départ d’Eric Zemmour d’Itélé et les mouvements de la rédaction d’RTL peuvent faire penser que la situation se déteriore, au détriment des alternatifs, que la pression quasi-totalitaire des néolibéraux ferait le ménage de le paysage médiatique français. Mais je n’y crois pas. Eric Zemmour, outre le succès de son dernier livre, conserve pour l’instant un large accès aux média, que ce soit par RTL, encore, et par le Figaro notamment. Ensuite, l’ascension de Natacha Polony sur Europe 1 et Canal Plus, dans le temple de la pensée libérale-libertaire du Grand Journal, démontre au contraire qu’une pensée alternative, républicaine, patriote et progressiste peut s’imposer dans les grands média.

On peut également se réjouir du succès de RMC et Jean-Jacques Bourdin, qui démontrent que les Français souhaitent entendre une autre voix que le catéchisme néolibéral dominant. L’ascension de François Lenglet est positive car c’est un homme ouvert, à mille yeux de l’évangéliste néolibéral Jean-Marc Sylvestre, dont il a un peu pris la place. Il y a aussi Marianne, qui conserve une pensée modérée mais assez ouverte aux alternatifs. Bien sûr, un journal comme le Monde se fossilise de plus en plus dans une pensée néolibérale butée et fermée, qui le pousse à tous les excès : l’alarme quand les salaires montent de quelques dixièmes de pourcents ou un appel effarant à la libéralisation du cannabis.

Pour 2015, je souhaite un débat plus ouvert, que l’on donne plus la parole à Sapir, Gréau ou Lordon. Et même si certains de nos adversaires sont fermés, prenons nous aussi garde à ne pas tomber aussi dans la caricature ou la fermeture. Ce sont peut-être nos excès qui expliquent l’impasse actuelle.

11 commentaires:

  1. Tout ce qui n'est pas de gauche n'a pour vous vous aucune dignité ! le débat sur le mariage pour tous n'a jamais été "un débat façon guerre civile" et pour François Hollande n'a eu d'autre choix uestion pour laquelle il n’y avait pas de compromis possible – ce devait être oui ou non – jugeant que, malgré leurs manifestations spectaculaires, ses adversaires étaient trop peu nombreux pour paralyser durablement le pays. Vous oubliez que toute la vie politique est faite d’affrontements finissant obligatoirement par déboucher sur des compromis, et peut-être l’art suprême de la politique consiste-t-il à trouver le compromis avant l’affrontement, qui est le compromis auquel on serait arrivé de toutes façons après l’affrontement, mais en ayant réussi à l’éviter : ce qui suppose une bonne capacité à évaluer les rapports de force en présence, de façon à prévoir sur quoi leur affrontement finira par déboucher : les victoires par écrasement total d’un adversaire puissant étant finalement assez rares.

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  2. Je pense que c’est aussi à chacun, qui a une vision alternative de se transformer en militant, de réagir sur Internet aux articles des médias, qui nous servent la soupe néolibérale (Le point, Le monde, Libération, Les Echos…), en écrivant des commentaires. Plus ces commentaires seront nombreux et pertinent, plus ils seront visibles. Il existe aussi la possibilité d’émettre des commentaires sur les vidéos de youtube et dailymotion.
    Concernant Eric Zemmour, je pense que malheureusement de plus en plus de Français perçoivent ce dernier comme quelqu’un de très à droite, voire d’extrême-droite. Comme le FN, il sert de plus en plus de repoussoir, alors qu’il faudrait rassembler les Français au-delà des clivages et des divergences sur les sujets de société, pour défendre la souveraineté et le modèle social Français. Je trouve que Natacha Polony réussit mieux qu’Eric Zemmour dans ce domaine.

    EB.

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    1. @EB,

      Vous écrivez : "Concernant Eric Zemmour, je pense que malheureusement de plus en plus de Français perçoivent ce dernier comme quelqu’un de très à droite, voire d’extrême-droite"

      Vous serait-il possible de donner la définition de la qualification "extrême-droite" ?

      Socialisme, socialisme utopique, communisme, libéralisme, république ou républicanisme, démocratie, je vois de quoi il s'agit et j'arrive à répertorier des définitions consensuellement admises, mais sur la notion d'extrême-droite, je veux bien bénéficier de vos lumières.

      Cordialement.

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  3. Zemmour est surtout un gros malin qui a trouvé le moyen de faire du buzz qui lui rapporte. Sa seule cohérence est marketing, tout comme JMLP, gagner de l'oseille en faisant son numéro de clown effrayant.

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  4. Obertone sort un nouveau livre le 15 janvier prochain dont le sujet est justement les conditions d'une pensée libre dans l'espace public : La France Big Brother. A lire à mon avis.

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  5. En politique, il y a ceux que le talent rassure et ceux que le talent inquiète. Pour le premier groupe, il y aura Alain Juppé en 2017 et tous les autres dans le second état d'esprit. N'oublions pas qu'une élection est d'abord un enjeu de logistique. Le mode de financement français verrouille totalement la compétitivité. Les petites structures avec un leader charismatique n'ont aucune chance et a contrario les grosses machines avec un tocard gagnent toujours. L’explosion de l'actuel système politique est pour bientôt - ce n'est qu'un avis personnel - mais à quel prix et avec quelles conséquences durables ?

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  6. J'aimais bien Zemmour en 2005. Il m'a surpris alors ce chroniqueur du Figaro qui se solidarisait du NON au TCE.

    Je le goûte beaucoup moins maintenant.

    Il se complait dans le rôle de polémiste. A croire qu'il y a trouvé sa vache à lait. Son nostalgisme excessif le pousse à servir la soupe au FN en offrant un relais pseudo-intellectuel à ses idées préconçues.

    Il n'est plus du coup un troublion du système mais une grande gueule utile au dessein de l'oligarchie de faire grimper le FN pour après s'en servir soit comme repoussoir, soit pour engendrer un nouveau cycle de capitalisme autoritaire.

    Bonne année quand même...et c'est quand même bien vu Laurent le dogmatisme qui paralyse aujourd'hui le débat.

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    1. @Jauresist,

      Vous indiquez à propos de Zemmour :

      "il se complait dans le rôle de polémiste".

      Pourriez-vous explicitez ce point (se complait, polémiste), notamment avec des exemples précis ?

      La seule question est celle du réel et de la vérité.

      A quel point, dans une société cadenassée idéologiquement, voire même orwellienne, un homme de vérité ne finit-il pas nécessairement pas être appelé polémiste ?

      Par ailleurs, polémiste ne signifie pas celui qui ment ou maltraite la vérité. Le polémiste est celui qui débat avec conviction, et généralement par écrit.

      N'est-ce pas Jaurès qui a dit : "le courage c'est de chercher la vérité et de la dire" ?

      N'en revient-on pas toujours au même point, j'entends la définition des mots, le sort réservé au sens ?

      Cordialement.

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  7. @ Le Parisien Libéral

    Bonne année à vous aussi

    @ Anonyme

    La responsabilité vient de la gauche (qui n’a pas séparé mariage et filiation, parfois hystérique et caricaturale) comme de la droite (ballottée parfois par les opposants, également caricaturale)

    @ EB

    Bien d’accord. Internet nous offre un espace nouveau. Sur Zemmour, je vais y revenir car je lis son livre et je suis assez d’accord avec votre commentaire, ainsi que celui de l’Anonyme

    @ Anonymes

    Il faut que je lise ce livre d’Obterone

    @ Jauresist

    Bien d’accord. Je vais bientôt revenir dessus

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    1. @LP,

      A l'évidence, Zemmour n'est ni libéral ni libertaire. C'est un homme libre.

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