jeudi 18 avril 2019

EDF, SNCF : privatisation, hausse des prix et baisse du service

Alors que le projet de privatisation d’Aéroports de Paris affronte une opposition massive, entre pétition signée par plus de 240 000 personnes et hostilité d’anciens soutiens de Macron, jamais les arguments pour la privatisation n’ont été aussi faibles, entre taux d’intérêt dérisoires qui rendent inutiles ces ventes et impact désastreux de ce mouvement sur l’électricité et la SNCF.


Des privatisations devenues indéfendables

Bien sûr, Emmanuel Macron ne veut pas écouter cette partie du message des Gilets Jaunes, en général très attachés au service public. Il y a fort à parier qu’il souhaite poursuivre la vente du patrimoine public en dépit d’une opposition qui rassemble large, jusqu’à un économiste qui le conseillait… Mais ce refus d’écouter pourrait bien provoquer une nouvelle vague difficile à éviter pour la présidence. Il faut dire que que la liste des arguments pour est bien courte aujourd’hui. Même les taux d’intérêt rendent quasiment nul l’argument du désendettement ou du financement d’un fond. L’Etat perdra beaucoup plus qu’il ne gagnera, étant donné le niveau des dividendes que paie aujourd’hui ADP.

Et pour couronner le tout, l’actualité de nos services publics plaide tous les jours contre la privatisation. La hausse de 6% du prix de l’électricité en juillet semble défier toute logique pour un pays comme le nôtre et dans un contexte où le prix des matières premières, qui joue moins qu’ailleurs, ne s’envole pas. C’est toute l’architecture de la libéralisation des services publics qui est mise à nu par cette hausse des prix injustifiable et qui montre que la privatisation ne fait que créer des rentes juteuses à la place du service public d’antan. Je suis preneur de toute référence ou de tout article qui explique comment on peut en aboutir à une telle évolution des prix, qui semble pourtant si difficile à justifier.

Le projet de nouvelle découpe d’EDF n’est pas plus rassurant, sachant qu’il y a déjà eu la découpe EDF / ERDF, même s’il peut être plus rassurant que la partie nucléaire reste purement publique. Au final, tout ceci montre qu’il faut construire des usines à gaz invraisemblables pour « libéraliser » un ancien service public et il est difficile de ne pas se dire que finalement, un monopole public était probablement une bien meilleure solution. Le cas de la SNCF, qui doit bientôt affronter l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence, est un nouvel exemple de la calamité que représentent ces « libéralisations » d’anciens services publics, comme on peut même le lire dans le FigaroVox

En effet, la SNCF jouait son rôle de service public en finançant des lignes qui perdaient de l’argent par des lignes très rentables (le Paris-Lyon ou le Paris-Bordeaux en TGV). C’est ainsi que se maintenaient des dessertes de plus petites villes que le simple jeu du marché risquait de condamner. Mais si le marché est ouvert à la concurrence, cette concurrence va bien sûr se positionner sur les marchés les plus rentables, ce qui va appauvrir la SNCF et limiter sa capacité à financer des lignes non rentables, mais qui remplissaient un véritable service public pour ceux qui les empruntaient.


Bref, tous ces exemples montrent qu’il y a des secteurs dans l’économie où le remplacement d’un monopole de service public par une libéralisation n’apporte souvent rien de bon, entre hausse des prix et baisse du service rendu. Voilà pourquoi il faut continuer à se battre contre ces mauvaises privatisations qui n’ont aucun sens aujourd’hui, si ce n’est de suivre l’agenda idéologique oligo-libéral.

4 commentaires:

  1. derrière l'idéologie néolibérale, il y a des intérêts privés. les copains de nos dirigeants ont la un moyen d'obtenir des rentes très juteuses avec de larges distributions annuelles de dividendes. Rien d'autre à ajouter.

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  2. Deux réflexions de première valeur sur la genèse intellectuelle du néolibéralisme :

    - Barbara Stiegler, « Il faut s'adapter » : sur un nouvel impératif politique, Paris , Gallimard, 2018

    - Grégoire Chamayou, La société ingouvernable : une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris, La Fabrique, 2018

    YPB

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  3. Ces privatisations de monopoles publics pour raison géographique sont assez ridicules puisqu'elles produisent des bénéfices privés qui ensuite défiscalisent en passant par les paradis fiscaux que l'état prétend combattre.

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  4. L'Union Européenne, c'est soi-disant « la solidarité entre tous les pays européens ».

    Pipeau !

    L'Allemagne n'acceptera jamais de rembourser à la Grèce les 290 milliards d'euros qu'elle lui doit, au titre des réparations de la Seconde Guerre mondiale.

    La solidarité européenne, ça n'existe pas.

    Seconde Guerre mondiale. La Grèce demande 290 milliards d’euros de réparations à l’Allemagne.

    https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/seconde-guerre-mondiale-la-grece-demande-290-milliards-deuros-de-reparations

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