lundi 15 avril 2019

Restitution biaisée pour grand débat biaisé



De la pseudo exaspération fiscale

C’est une petite musique que l’on entend depuis novembre dernier : le mouvement des Gilets Jaunes serait le produit d’un rejet des impôts. Ce faisant, la macronie recycle le « ras-le-bol fiscal » du précédent quinquennat, qui avait été alors repris par le ministre du budget de l’époque, Pierre Moscovici. Mais la ficelle est un peu grosse. Bien sûr, si l’augmentation des taxes sur l’essence a été l’allumette qui a allumé le feu des Gilets jaunes, ce n’était que l’élément déclencheur. Il fallait aussi le bois d’une hausse de 50% du prix de l’essence en peu de temps, et l’injustices criante de la désertion fiscale, aggravée par les choix fiscaux de Macron : 6% de hausse des revenus des 1% les plus riches...

Mieux, un sondage du Figaro montre que cette présentation des choses est profondément malhonnête : quand on demande aux Français quel est le principal problème avec les impôts, 62% citent leur répartition et seulement 37% leur niveau, malgré la propagande véhiculée par la majorité des grands média. En France, ce qui pose problème aujourd’hui, c’est le juste sentiment que la charge fiscale n’est pas répartie justement, chose somme toute logique après des décennies où la fiscalité n’a cessé de s’alléger sur les entreprises et les plus riches, au nom de la sacro-sainte compétitivité. Le retour de l’ISF reste une mesure populaire pour une grande majorité : les Français veulent plus de redistribution.

Et la tentative d’enfumage de la majorité ne passe pas, à peine 30% des Français se déclarant satisfaits de la restitution du grand débat, dont 27% n’étant que « plutôt satisfaits », comme si toute la population avait bien compris que ce pseudo grand débat n’est qu’un élément de communication de la majorité qui n’aura absolument aucune influence sur la direction politique du pays. Rien de vraiment surprenant ici tant ce débat a été biaisé depuis le début, avec ces questions lourdement orientées dans de nombreux domaines, comme même les garants du grand débat l’ont souligné, notant les questions fermées, celles qui sont orientées ou le fait que les répondants ne sont pas un panel représentatif.

Bien sûr, le président tentera probablement de donner un ou quelques symboles d’écoute des Français quand il fera ses annonces lundi, mais on peut déjà craindre qu’il s’agira de postures un peu dérisoires. Car quand la restitution elle-même est déjà aussi biaisée, alors même que le débat l’était également lourdement, il n’y a pas grand chose à en attendre. Reporterre a bien montré à quel point la retranscription consacrée à la fiscalité écologique est décalée par rapport à la réalité de ce que les Français ont dit. Plus le temps passe, et plus ce qui était évident dès le début pour beaucoup devient transparent pour tous : ce pseudo débat est un exercice de communication totalement vain et biaisé.


Ce faisant, l’objectif qui était de sortir de la crise des Gilets Jaunes par le haut risque fort de ne pas être atteint. Non seulement, les protestations du samedi continuent, samedi dernier, leur affluence était même en hausse, mais les manœuvres communicantes de la majorité sont tellement grossières et malhabiles qu’aucun rebond ne se dessine dans l’opinion. Tout ça pour ça.

1 commentaire:

  1. C'est évident depuis le début que ce fameux grand débat est encadré et que son objectif est de faire dire aux Français qu'ils sont d'accord avec la politique qui est menée. Les questions qui fâchent et qui ont été portées par les gilets jaunes, que ce soit le retour de l'ISF ou le RIC, ont été soigneusement mises de côté. Et l'on voit finalement que les Français n'ont pas été dupes puisqu'ils ont boudé ces débats convenus. Je suis tout de même un peu étonné lorsque je lis dans les journaux que Macron va jouer son mandat (ou la deuxième phase de son mandat) avec les annonces qu'il doit faire aujourd'hui. Je n'attends rien d'extraordinaire, il va y avoir des effets d'annonce avec du vent derrière comme avec la prétendue augmentation de 100 € du SMIC. Ces nouvelles annonces n'auront pas plus d'impact sur l'opinion que les mesures déjà annoncées depuis le début du mouvement des GJ.

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