lundi 2 décembre 2019

L’indécente charge de l’Obs contre Zineb El Rhazoui

Je n’ai jamais acheté l’Obs, ne partageant guère ses idées, mais il y a des moments où il est difficile de ne pas s’intéresser à ce qu’il ose publier. Dans un papier sur « Les ExMuslims, ces anciens musulmans qui fustigent l’islam », les pires communautaristes semblent avoir trouvé un port d’attache, dans un nouvel exemple de ce que Fatiha Agag-Boudjahlat dénonce bien dans ces livres.



Quand les « bien pensants » deviennent des racistes intolérants

Le journaliste co-auteur de l’article évoque sur Twitter « d’anciens musulmans qui défendent leur droit à l’apostasie et à la critique de l’islam. En France, ses principales figures flirtent avec l’extrême droite et la fachosphère », une photo de Zineb El Razoui, l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo illustrant le torchon papier, auquel Céline Pina a bien répondu. Comment ne pas être pris de vertige devant une telle synthèse ? En bref, pour l’Obs, la caractéristique principale des anciens musulmans, dont Zineb El Rhazoui serait la principale figure, serait de flirter avec l’extrême-droite et la fachosphère. Défendre l’apostasie et critiquer une religion deviendrait donc une caractéristique d’extrême-droite !


Sur le fond, un tel discours est révoltant, pour ne pas dire plus... Extrême-droitiser l’ex-journaliste de Charlie Hebdo, qui a échappé à la mort, qui a vu tant d’amis tués par des islamistes parce qu’ils avaient critiqué l’Islam, toujours menacée aujourd’hui parce qu’elle ose critiquer une religion, est sidérant. La critique des religions est un droit dans un pays comme le nôtre, une liberté légitime que les journalistes de Charlie Hebdo ont défendu au prix de leur sang. Et ce n’est pas parce que des personnes d’extrême-droite, dont la laïcité est souvent à géométrie variable, reprennent de telles critiques que cela en fait des propos d’extrême-droite. Elisabeth Badinter défend des idées souvent proches.

Je voudrai rappeler ici à l’Obs que Zineb El Rhazoui est encore menacée de mort et que le discours qu’ils tiennent est probablement, qu’ils le veuillent ou non, une forme d’encouragement pour les islamistes les plus radicaux qui veulent s’en prendre à elle. Comment ne peuvent-ils pas se rendre compte qu’en la traitant de la sorte, ils contribuent peut-être à la mettre plus encore en danger ? Bien sûr, les différences d’opinion sont légitimes et le débat aussi. C’est ce que Charlie Hebdo représente aussi, mais ici, l’Obs me semble avoir franchi une dangereuse ligne jaune en adoptant de facto un discours qui apporte de l’eau au moulin des islamistes les plus radicaux qui la prennent à partie régulièrement.

Le « reductio ad hitlerum » est totalement extravagant à l’encontre d’une personne qui est plutôt de gauche et démontre autant la faiblesse intellectuelle qu’une intolérance crasse. Faiblesse intellectuelle car ce procédé est le réflexe paresseux des libertaires et des anti-républicains pour tenter de disqualifier leurs adversaires, en réalité, également un moyen d’éviter un véritable débat, en se contentant d’envoyer des noms d’oiseau au cas adverse plutôt que débattre de manière ouverte. Mais c’est aussi un signe d’intolérance et de manque d’ouverture totalement contradictoires avec la façon dont ses gens se présentent, eux qui se disent ouverts, à l’opposé des fermés.

En réalité, l’Obs devrait s’intéresser de manière positive à ces personnes, les écouter,  leur ouvrir ses colonnes pour faire vivre le débat. Mais ce qui apparaît ici, c’est une volonté de faire taire tout ceux qui ne pensent pas comme eux. Le « reductio ad hitlerum » est un moyen de dire qu’il ne faut pas écouter ces personnes, révélant le caractère volontiers totalitaire de ces pseudo-centristes, comme l’admettait la presse anglosaxonne il y a quelques mois, pour qui les centristes sont en réalité finalement moins démocrates que les radicaux de gauche ou de droite. Pour bien des tenants de la pensée politico-médiatique dominante, le débat contradictoire semble une option indésirable.


Critiquer toute religion est un droit bien naturel dans notre pays. Il faut remercier Zineb El Rhazoui pour continuer à le faire dans le contexte actuel, à défendre le droit des femmes, et plus largement, à défendre les valeurs de la France que piétinent au pied encore trop de personnes. Avec d’autres, comme Fatiha Bagag-Boudjahlat, vous êtes une Marianne des temps modernes.

6 commentaires:

  1. Le moment venu il faudra se souvenir de ça...

    RépondreSupprimer
  2. Et les ex-cathos ?????

    RépondreSupprimer
  3. Bravo à Zineb et bravo à vous Laurent. Ces gens-là ont tué la gauche (en d'autres temps il fût possible d'être de gauche sans crier "facho" comme un perroquet à quiconque n'est pas d'accord) et pire, ils trahissent la république.

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour! L'obs à fait la même chose avec les viols en série en Grande Bretagne, les grooming gang. L'Obs a dénoncé l'extrême droite mais pas les viols.
    Je conseille la vidéo de Majid Ouchaka qui a piégé une journaliste de l'Obs en plein mensonge.
    https://youtu.be/Flcn474omnU
    https://youtu.be/FiBfv7pjCTI

    RépondreSupprimer
  5. Fille des cités HLM qu'on appelle aujourd'hui quartier, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de dire l'arrivée du droit à la différence, de la politique des Grands Frères, du recul jusqu'à peau de chagrin notamment des services publics du sanitaire et social pour laisser place à des assoc' qui d'abord avançaient masquées et dont certaines aujourd'hui ne se cachent plus, d'une politique anti-racisme qui n'a fait qu'ethniciser les liens sociaux et politiques etc...débouchant sur quoi ? Communautarisme, repli identitaire, développements de pseudo-traditions fondées sur le machisme, le sexisme et une certaine idée de la loi du plus fort. Et pour quel résultat ? Un renvoi des filles à plusieurs niveaux: retour physique à la maison, l'espace de la cité et du quartier appartient à la gente masculine la fille ne doit plus y avoir sa place sous peine de se voir punir ou alors si elle a sa place elle est soit restreinte et soumise à conditions pseudo-religieuses et pseudo-morales soit elle se comporte comme un bonhomme (mais elle s'expose aussi à la possibilité d'une punition). Or, on le sait très bien, l'émancipation des Filles est gage de modernité, d'avancées socio-culturelles, sociales, politiques et économiques pour un pays. Bah non...X années de combat de Femmes, pour les Femmes, avec les Femmes pour en arriver à des articles dans des journaux, qu'on ne peut pas taxer d'une quelconque radicalité dans ses fondements,sur un distinguo terriblement rabaissant : la Fille Bien et la Mauvaise Fille.
    Sylvie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "pour en arriver à des articles dans des journaux, qu'on ne peut pas taxer d'une quelconque radicalité dans ses fondements,sur un distinguo terriblement rabaissant : la Fille Bien et la Mauvaise Fille."

      Et en plus au cas présent, insidieusement dangereux pour Z. El Rhazoui.

      L'Anonyme du Jour

      Supprimer