Mercredi, la Cour de Cassation a confirmé la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bygmalion. Dans le lourd agenda judiciaire de l’ancien président, cette affaire, qui lui vaut une deuxième condamnation à de la prison ferme, est peut-être celle qui disqualifie le plus durement le repris de justice qui a passé cinq ans à l’Élysée. Même s’il avait été innocent, Nicolas Sarkozy serait profondément discrédité.
Une défense qui le disqualifie complètement
Supposons un instant que Nicolas Sarkozy dise vrai. Voilà un homme qui veut être le chef d’un État qui dépense des centaines de milliards d’euros, mais qui est incapable, malgré une solide expérience (dès 1988, il avait un rôle dans la campagne de Jacques Chirac), de juger que les frais engagés pour sa campagne présidentielle représentent en réalité le double ce qui est autorisé. Quelle incapacité de jugement ! Quel intellect limité de la part d’une personne qui aspire à de telles responsabilités ! Et ce, d’autant plus que le candidat en titre est engagé personnellement par les dépenses de campagne. Qu’il soutienne qu’il n’en avait pas conscience suppose une incapacité de jugement assez terrifiante pour qui a eu la charge de notre pays. Nicolas Sarkozy préfère se dire incapable qu’admettre être coupable.
Mais outre une capacité de jugement très limitée, cela signifierait aussi qu’il est un mauvais chef. Qui s’entoure pour une campagne présidentielle de personnes qui ne l’alerteraient pas quand il va dépasser le plafond légal de dépenses, et pas qu’un peu… Pour que cela soit crédible, il faudrait que l’ancien président s’entoure de personnes incompétentes (une personne compétente l’aurait averti de faits aussi importants). Il faudrait aussi qu’il soit un chef qui suscite auprès de ses équipes des comportements si dysfonctionnels qu’il leur ferait peur au point de prendre des décisions totalement illégales, sans lui en référer. En clair, sa ligne de défense, c’est aussi qu’il serait un très mauvais chef, tant par le choix des hommes, que par la façon de travailler qu’il impulserait. Pas idéal pour qui veut être président de la République…
Mais la cour de Cassation dit « qu’il a été averti par écrit du risque de dépassement du plafond de dépenses autorisées, puis de son dépassement effectif ; il n’a pas donné l’instruction pour éviter ce dépassement ; il a donné des directives pour que l’organisation des meetings et des soirées électorales se poursuive ». En clair, il y a des courriers à son adresse pour l’alerter, mais comme il n’y a pas de preuve qu’il les a lus et que personne ne semble avoir témoigné lui avoir dit, il peut jouer sur cette zone grise pour construire sa ligne de défense. Tout ceci donne l’impression d’un bandit qui tient encore ses troupes, dans une atmosphère quasi mafieuse. Et avec des campagnes qui ont dépassé les limites légales en 1995 et en 2012, difficile de penser que la campagne de 2007 a été menée de manière parfaitement honnête.
De toutes les façons, dépenser deux fois le plafond légal pour une campagne présidentielle fait de Nicolas Sarkozy, un candidat expérimenté, un mauvais chef, qui prend de mauvaises décisions, et s’entoure mal, disqualifié de toute responsabilité politique. Et sa très probable connaissance des faits en fait un délinquant multi-récidiviste dont tous les honneurs de la République devrait être ôter.

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