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vendredi 4 septembre 2015

Agriculteurs : le gouvernement gonfle ses bricolages




Bricolage complexe et gonflé

En agitant le chiffre de 3 milliards, le gouvernement espère sans doute donner l’impression qu’il pense aux agriculteurs dont tous les reportages montrent la grande difficulté de leur condition. Mais ce chiffre a tout d’une aide sous stéroïdes. D’abord, il ne faut pas oublier que ce chiffre porte sur trois ans. Ensuite, il utilise un montage à la Ponzi puisque si l’aide à l’investissement sera triplée, cela se fera avec un effet de levier de trois ! Bref, les deux tiers du chiffre annoncé correspondent à de la dette. N’est-il pas un peu paradoxal de proposer comme solution à des agriculteurs déjà surendettés d’ajouter deux milliards de plus à leur fardeau. De même, avec l’année blanche sur la dette, si elle soulagera les trésoreries temporairement, les problèmes ne sont que repoussés. La même recette que celle de la Grèce !

En fait, sous les 3 milliards, ne se trouvent en réalité que 50 millions d’allègements de charges en plus, ce qui est sans doute une broutille, moins de 100 euros par agriculteur… Stéphane Le Foll, qui disait ne pas pouvoir tout faire en juin, se contente de promettre des mots, avec la promesse de maintenir « la pression pour que les engagements de hausse de prix annoncés par les industriels et les distributeurs soient tenus. Tout le monde doit respecter les règles du jeu, avec une juste rémunération pour chacun ». Le problème est que la règle du jeu du marché, ce n’est justement pas une juste rémunération pour chacun, mais seulement un gain proportionnel au rapport de force que l’on a, et cela ramène les agriculteurs à la condition de fétus de paille sur le grand océan bien agité du marché dérégulé.

De vraies solutions ignorées

mardi 18 août 2015

Marché du porc : la loi de la jungle gagne encore !




Une réouverture totalement illusoire

Cela fait plus de deux mois que les éleveurs manifestent contre la baisse des cours sous le prix de revient, que certains estiment autour de 1,50 euro le kilo, alors que les prix étaient tombés à 1,23 euro. D’abord, le gouvernement a pris les manifestants à la légère, Stéphane Le Foll ayant le culot de répondre à un éleveur « c’est moi le ministre, mais moi je ne peux pas tout régler hein, un ministre n’est pas là pour décider tout ce qui se fait dans le monde », le gouvernement se contentant d’aides totalement dérisoires. Avec le maintien de la pression, le montant des aides a été revu à la hausse, le gouvernement a fixé un prix objectif de 1,40 euro, sans coercition, ce que les deux premiers acheteurs ont refusé.

Pour donner le change et entretenir l’illusion que la majorité agit, Stéphane Le Foll est venu à l’Elysée avant de tenir une table ronde avec les principaux acteurs de la filière pour essayer de rouvrir le marché breton du porc qui avait fermé du fait du refus des deux principaux acteurs, Bigard et Cooperl, de se plier au prix non contraignant fixé par le gouvernement. Toutefois, le président du marché a annoncé sa réouverture demain malgré l’absence des deux principaux acheteurs, qui pèsent environ 40% de l’abattage de porc en France, et demandent « un retour à un prix de marché libre ». Ainsi, il n’est pas assuré que les prix se situent à 1,40 euro aujourd’hui, puisqu’il n’y a aucune mesure contraignante. ..

S’agiter pour faire semblant d’agir

mardi 21 juillet 2015

L’effarante passivité de la majorité sur le drame des éleveurs




Communiquer au lieu d’agir

Ce chiffre illustre bien la dureté de la crise que traverse les éleveurs : le ministre de l’agriculture lui-même a reconnu que « 10% des exploitations d’élevage » sont menacées de dépôt de bilan, tant les prix sont bas, passés sous le coût de fabrication. Pour Stéphane Le Foll, « nous vivons une crise agricole très importante en France », insistant sur « l’urgence à traiter trois crises, bovine, porcine et laitière, (qui) se conjugent ». Le ministre s’est contenté de proposer de valoriser « le logo Viande de France, qui permet au consommateur d’être sûr de l’origine des produits. Alors, il sera prêt à payer un peu plus cher ». Qu’un ministre se contente de proposer de mettre un sticker en affirmant que cela devrait permettre de monter les prix pour régler une crise si grave démontre son caractère hautement superficiel.

François Hollande a poursuivi dans la même direction, en appelant à ce que les grandes surfaces achètent à un prix plus élevé et que les responsables de collectivités achètent Français. Mais le plus effarant est sans doute l’annonce d’un plan de 23 millions d’euros d’aides. 1000 euro d’aide pour chaque exploitation au bord du dépôt de bilan, cela fait quand même un peu court… En outre, il ne faut pas oublier que régulièrement, la Commission condamne la France pour ces aides d’urgence et impose aux agriculteurs de les rembourser ! Bref, difficile de ne pas voir ici une agitation totalement superficielle, qui ne règlera absolument pas les durs problèmes auxquels sont confrontés les éleveurs, comme bien des agriculteurs qui subissent les variations erratiques des prix des produits agricole sur les marchés.

L’abandon de nos agriculteurs

jeudi 11 juin 2015

Les éleveurs de porc dévorés par le dieu marché

C’est une triste mais récurrente information depuis que le démantèlement d’un des principes fondateurs de la PAC : les éleveurs de porc manifestent pour protester contre l’effondrement du prix du porc sous leur prix de revient. Un nouvel exemple des ravages de la libéralisation de l’agriculture.



Le sacrifice d’une profession

Après les producteurs de lait, ceux de fruits et légumes, et déjà les éleveurs, c’est à nouveau le tour des éleveurs de porc de subir les aléas du marché. Alors que produire un kilo de porc leur revient environ 1,50 euro, le prix sur le marché est tombé à 1,23 euro, creusant des pertes abyssales à l’échelle d’exploitations à l’équilibre précaire, et autant de destins individuels et familiaux brisés. Plusieurs raisons : la concurrence de l’Allemagne, et sa main d’œuvre d’Europe de l’Est payée au lance-pierre, et la fermeture du marché russe du fait des conflits récents. Ou quand le suivisme atlantiste et la dérégulation sans limite jettent des personnes qui travaillent dur et honnêtement dans la misère…

Avec l’abandon des prix de soutien, cette belle profession a été abandonnée à la concurrence ‘libre et non faussée’, qui produit des prix extrêmement instables et parfois inférieurs au coût de revient. C’est ainsi que d’une année sur l’autre, leurs revenus peuvent baisser de 40%, sous le SMIC… Comment ne pas se révolter devant la brutalité du traitement infligé aux agriculteurs ? En fonction des aléas du marché, ils peuvent voir leurs revenus passer à tout moment sous leurs charges. « On est tous en train de crever dans les fermes et vous vous en foutez » a dit un agriculteur au ministre. Faut-il y voir la destination que souhaiteraient faire prendre les néolibéraux à l’ensemble de la société ?

L’impuissance organisée