jeudi 24 janvier 2019

10 ans après (6/6) : la démocratie toujours plus abîmée

Après la crise de 1929, une partie des peuples avaient fini par reprendre leur destin économique en main, suivant l’exemple donné par Franklin Roosevelt. Les leçons des excès qui avaient mené à la crise avaient été tirées, construisant les fondations des Trente Glorieuses. Aujourd’hui, le traitement de la crise a créé un profond malaise démocratique, qui prend une couleur jaune en France.


Des peuples dépossédés de la maîtrise de leur destin

Finalement, plus nous avons de recul, plus le traitement de la crise devient choquant. Car si les décisions de l’époque pouvaient paraître nécessaires alors, certains choix, remis en perspective par dix longues années n’en deviennent que plus choquants. Que penser en effet des centaines de milliards d’aides apportées au secteur bancaire, alors que la population était abandonnée aux conséquences de la crise (chômage, mais aussi perte du logement pour près de dix millions de ménages aux Etats-Unis) aujourd’hui ? Déjà à l’époque, beaucoup s’en étaient émus, mais aujourd’hui, alors que les profits et les rémunérations sont revenus aux plus hauts historiques dans le secteur, cela en devient révoltant.

Plus globalement, ce qui apparaît aujourd’hui, porté par les Indignados en Espagne, et aujourd’hui les Gilets Jaunes en France, c’est une profonde révolte démocratique, le sentiment de ne plus avoir la moindre prise sur leur destin d’un nombre grandissant de peuples. Les alternances cosmétiques entre des partis qui mènent la même politique à quelques nuances près, la gauche sociale-démocrate s’étant souvent montré plus promptes à faire avancer l’agenda ultralibérale de l’oligarchie, comme l’ont montré le SPD en Allemagne avec les lois Harz, le PS en France avec la loi Macron, le travail du dimanche ou les milliards donnés aux entreprises, ou Tsipras, qui a vendu son pays pour 40 années !



Ce faisant, une grande partie de la population ne souffre pas seulement d’un déclassement économique, d’autant plus révoltant que le sommet de la pyramide ne cesse d’accumuler plus de richesses, les « laissés pour compte de la mondialisation », comme le soutient Stiglitz, mais aussi d’un profond déclassement démocratique. Cela s’exprime par le refus de prendre en compte les votes des peuples, sur le TCE en France ou aux Pays-Bas, ou lors du référendum Grec de juillet 2015, qui donnait un mandat à Tsipras de rompre avec l’UE plutôt que de continuer dans la même direction. Dans l’UE, la démocratie est de plus en plus dysfonctionnelle et devient une forme de théâtre coupé des réalités.


Mais le point d’inflexion semble approcher. Après le Brexit, l’Italie s’est choisi une majorité inédite, rompant avec le passé. Certes, ce raisonnement peut être illusoire, comme on le voit avec Trump, mais ce qui ressort des élections récentes est souvent une profonde envie de changement et de reprise en main démocratique. Le chemin ne sera pas facile mais sous les braises, le feu couve.

27 commentaires:

  1. Le désir de changement est manifeste depuis des années mais il ne parvient pas à trouver des débouchés politiques efficaces. C'est tout le problème. Et ça peut durer encore longtemps....

    RépondreSupprimer
  2. "Les leçons des excès qui avaient mené à la crise avaient été tirées, construisant les fondations des Trente Glorieuses."

    C'est la fin de la 2WW qui a mené aux trentes glorieuses, plutôt les 20 glorieuses.

    Peu après 1929, l'Allemagne a sombré dans le nazisme puis l'Europe dans la guerre. Les politiques économiques des pays européens ont été catastrophiques en 1929. Les pays européens n'ont tiré aucune leçon à ce moment là, les pays européens n'ont pas arrêté d'être en guerre entre eux pendant des siècles, voilà ce que procure le souverainisme, des centaines de millions de morts et mutilés, plus les destructions matérielles.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Certes, il a fallu attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour commencer à reconstruire, mais dès les années 30, sur le plan économique, il y a eu une politique keynésienne mise en place aux USA avec Roosevelt, avec la séparation des banques de dépôts et des banques d'affaires. En Europe, les pays sont sortis du système de l'étalon-or et ont rétabli des politiques protectionnistes. C'est tout cela ainsi bien entendu que la création du système monétaire international de Bretton Woods à la Libération qui ont permis les 30 glorieuses. Toutes ces mesures prises dans les années 30 et 40 ont été progressivement abandonnées entre les années 70 et 90.

      Supprimer
  3. "En Europe, les pays sont sortis du système de l'étalon-or et ont rétabli des politiques protectionnistes."

    L'étalon or en Europe n'a pas du tout été abandonné dans les années 30, vous racontez n'importe quoi.

    Ce sont les USA qui ont viré les nazis et permis de reconstruire l'Europe avec le plan Marshall. Le souverainisme n'avait rien produit d'utile dans l'affaire 1929 et 2WW.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La conférence de Londres, en 1933, a signé la mort de l'étalon-or. En France, il a fallu attendre 1936 (gouvernement du front populaire) pour en sortir.

      Supprimer
    2. Le Gold Exchange Standard institué en 1922 n'a pas survécu à la crise de 1929 : le Royaume-Uni a renoncé en 1931 à la convertibilité de la Livre en or pour pouvoir la dévaluer, les États-Unis ont suivi pour le Dollar en 1933. Le Brésil, les pays scandinaves, le Portugal, l'Égypte ainsi que tous les pays du Commonwealth, à l'exception du Canada, ont renoncé aussi à la convertibilité avec l'or et rallié le Bloc Sterling. La France et d'autres pays, qui avaient au contraire décidé de rester attachés à la convertibilité en or, ont alors constitué le Bloc Or, lequel n'a pas survécu plus de trois ans (dévaluation du Franc Poincaré par le gouvernement de Front Populaire en 1936).

      Ce sont les USA qui ont viré les nazis ? Oui et non. Les Alliés occidentaux ont poussé à l'ouest et affaibli l'industrie allemande par leurs bombardements, mais ce sont les Soviétiques qui ont pris Berlin et forcé Hitler au suicide. La libération de Paris est autant une conséquence de la bataille de Normandie que de l'opération Bagration (juin-août 1944), au cours de laquelle les Soviétiques ont avancé de 600 km et détruit une quarantaine de divisions allemandes, soit probablement la plus grande défaite subie par le Reich durant toute la guerre. Trois soldats allemands sur quatre tués durant la guerre l'ont été sur le front de l'Est. Selon Guderian, plus de 33 000 engins blindés allemands auraient été détruits sur le front russe entre juin 1941 et novembre 1944, soit le triple du total des pertes américaines en blindés sur tous les théâtres d'opérations. Il faut avoir une curieuse conception de l'efficacité militaire pour s'imaginer que cela n'a joué qu'un rôle marginal dans la défaite de l'Allemagne et la libération de l'Europe, y compris dans sa partie occidentale.

      Le souverainisme n'a rien produit d'utile entre 1929 et 1945 ? Si : en France, comme ailleurs en Europe, la Résistance. Et l'européisme a fait mieux peut-être ? Le STO ? La LVF ? L'exposition « La France européenne » au Grand Palais, le 6 juin 1941, pour vanter l'effacement des frontières dans la grenade Europe unie sous hégémonie allemande ? Le Général von Stülpnagel, commandant des troupes d'occupation en France, l'avait inaugurée, aux côtés de Fernand de Brinon, de Pierre Laval, de Georges Scapini... Que de bons Européens ! Et qui évoquait en 1945 l'Europe unie de l'avenir, lorsque les frontières et les guerres ne seraient plus qu'un souvenir ? Joseph Goebbels (« Das Jahr 2000 », Das Reich, 25 février 1945, p. 1-2). Quel bel idéalisme et quelle suite dans les idées ! Ce rêve européiste a fait long feu, mais Robert Schuman, qui venait à peine de sortir de presque trois ans de clandestinité, au cours desquels il n'avait pas un moment songé à prendre contact avec la Résistance, s'apprêtait à prendre le relais...

      YPB

      Supprimer
    3. @Moi

      Je n'avais pas vu, alors que je rédigeais, votre post de 15:35. Il m'aurait effectivement dispensé de rappeler l'épisode de 1936 et la fin du Bloc Or.

      YPB

      Supprimer
    4. "Le souverainisme n'a rien produit d'utile entre 1929 et 1945 ? Si : en France, comme ailleurs en Europe, la Résistance."

      Parmi les résistants, il y avait des communistes internationalistes, il ne s'agissait pas d'un combat souverainiste mais d'un combat contre nazisme, c'est totalement différent.

      L'URSS sans l'aide matérielle des USA se serait effondrée devant le nazisme.

      Supprimer
    5. Les États-Unis ont mis fin à l'étalon or, officieusement le 15 août 1971 quand le président Nixon décide de mettre fin à la convertibilité du dollar en or, officiellement le 8 janvier 1976 à la suite des accords de la Jamaïque.

      Supprimer
    6. C'est falsifier l'histoire que de faire croire que les motivations des résistants communistes se réduisaient à l'idéologie internationaliste et à l'antifascisme, loin de tout sentiment patriotique. Même les dirigeants du PCF, pourtant inféodés à Moscou et donc officiellement défenseurs du pacte germano-soviétique jusqu'au 22 juin 1941, ont dû en tenir compte avant cette date, en ne demandant pas à leurs militants de s'engager seulement dans le combat antifasciste, mais en prônant une lutte de libération nationale dans le cadre d'un rassemblement de tous les patriotes (ce qui n'enlève rien aux ambiguïtés du discours du Comité central entre l'été 1940 et l'été 1941, qui se traduisent dans certains tracts antigaullistes ou dans les négociations avec l'occupant pour faire reparaître l'Humanité).

      « Le premier objectif de notre peuple, c'est la libération nationale... Les communistes s'adressent à TOUS les Français qui placent avant toute autre préoccupation la libération nationale de notre peuple, et qui sont décidés à lutter effectivement pour ce but. » (Maurice Thorez, mars 1941).

      Dans le camp d'en face, Marcel Déat, dans un éditorial de l'Œuvre du 6 novembre 1940, constatait ainsi : « Nos communistes sont redevenus nationalistes. Leurs tracts clandestins ont des conclusions entièrement parallèles aux propos gaullistes. Il n'est question que de libération et de l'indépendance de la France et que l'on nous assure que seul le communisme lui restituera sa pleine souveraineté. »

      Il est tout à fait probable que l'aide américaine ait sauvé l'URSS. Cela ne permet en rien de réduire le rôle des Soviétiques (forces armées et partisans) à celui de simples comparses d'une guerre gagnée par les Américains. L'échec de l'offensive allemande sur Moscou (Opération Typhon), est finalement acté au début de l'année 1942, alors que les États-Unis viennent à peine d'entrer en guerre et que l'aide américaine n'a pu encore faire sentir son effet. En effet, même si des mesures urgentes ont pu être prises par Roosevelt dès juin-juillet 1941 (déblocage des avoirs russes bloqués dans les banques américaines, par exemple), l'accord du Congrès pour l'application de la loi sur le prêt-bail à l'URSS n'est donné qu'en novembre 1941 et les négociations sur les modalités pratiques de livraison de l'aide américaine n'aboutissent qu'en juin 1942, soit un an après le déclenchement du plan Barbarossa.

      YPB

      Supprimer
    7. Et c'est falsifier l'histoire que de dire que la 1WW et la 2WW ont été déclenchées par les nationalismes des pays européens, y compris celui stalinien, comme toutes les guerres précédentes ?

      Supprimer
    8. C'est la falsifier intentionnellement, ou par simplification involontaire, en plaquant tout et n'importe quoi sur le concept de nationalisme et en ramenant tous les conflits à la responsabilité des méchants nationalistes/souverainistes.

      Les députés de droite qui, dans les années 1880, critiquaient la politique coloniale de Jules Ferry étaient bien des nationalistes pour qui reprendre l'Alsace et la Lorraine mosellane aurait dû avoir priorité sur la conquête du Tonkin. Ils étaient donc nationalistes mais pas colonialistes, quoi que puissent prétendre ceux qui affectent d'ignorer la différence entre les deux. Leur nationalisme n'était certainement pas plus belligène que le colonialisme des libéraux à la Ferry. Par ailleurs, leur nationalisme réclamait juste le retour à la France de territoires qui lui avaient été arrachés sans consultation des populations concernées. Placer ce nationalisme défensif sur le même plan que le pangermanisme contemporain qui était une forme d'impérialisme, largement fondé sur un complexe de supériorité théorisé par la pseudo-science raciale de l'époque, sous prétexte que c'était aussi une manifestation de nationalisme, n'a tout simplement aucun sens.

      Lorsque Charlemagne, entre 772 et 804, massacre les Saxons païens au nom de son rêve d'empire chrétien universel, qui est responsable du conflit ? Les souverainistes/nationalistes saxons de l'époque, qui résistent parce qu'ils prétendent défendre leur indépendance, ou le monarque obsédé d'unifier l'Europe sous une même autorité politique et idéologique que l'on qualifierait aujourd'hui de transnationale ? Ce n'est pas le nationalisme, au sens du désir d'une communauté de se constituer politiquement, qui est belligène, mais la prétention à dénier ce droit à d'autres peuples, prétention qui n'est en rien programmatique dans l'idéologie du nationalisme telle qu'elle se développe au XIXe siècle, mais qui est bien consubstantielle au projet impérialiste (le nationalisme italien du Risorgimento est une volonté de réunion nationale et de souveraineté politique qui n'implique en rien pour plus tard l'impérialisme colonial de l'aventure abyssine ou libyenne ; ce n'est pas le nationalisme belge qui a poussé Léopold à la tête de l'État indépendant du Congo).

      YPB




      Supprimer
    9. Et d'une certaine façon, même les europeistes sont souverainistes, puisqu'ils définissent l'UE comme un rempart contre américains et chinois.

      Supprimer
    10. « Et d'une certaine façon, même les europeistes sont souverainistes, puisqu'ils définissent l'UE comme un rempart contre américains et chinois. »

      Oui, vous faites bien de dire « d'une certaine façon »...

      De fait, les européistes ont besoin de récupérer le concept de souveraineté et inventent pour cela le mythe d'une souveraineté européenne face à des menaces soit construites de toutes pièces (la prétendue menace russe sur l'Europe, alors que tout indique que la Russie désire seulement sécuriser ses marches), soit réelles, comme l'extraterritorialité du droit américain, ou encore les pratiques commerciales chinoises, mais que l'UE n'a jamais eu l'intention de combattre vigoureusement. Pour l'extraterritorialité, rien de ce qui a été mis en place pour protéger les multinationales européennes n'a eu d'effet concret, ces entreprises préférant systématiquement se conformer au droit américain par peur de perdre des marchés (https://www.touteleurope.eu/actualite/extraterritorialite-du-droit-americain-l-europe-face-aux-etats-unis.html). Cela ne pose pas vraiment problème, car contredire fermement les intérêts américains est dans tous les cas la dernière chose que souhaitent les européistes, dont l'idéologie n'est pas née contre l'atlantisme, mais en son sein. Quant aux pratiques commerciales problématiques de la Chine, du fait d'un rapport idéologique au libre-échange particulièrement dogmatique, on en est encore à réclamer une vraie stratégie européenne en la matière (https://www.lesechos.fr/04/10/2016/LesEchos/22290-034-ECH_pour-un-protectionnisme-europeen-raisonne.htm).

      Encore faut-il rappeler que la notion de souveraineté appliquée à un ensemble politique sans demos est une absurdité que la cour constitutionnelle allemande a eu l'occasion de signaler en s'appuyant sur de puissants motifs (https://www.bundesverfassungsgericht.de/entscheidungen/es20090630_2bve000208en.html). Il faudrait donc, pour seulement commencer à croire à la possibilité d'un euro-souverainisme, commencer par résoudre le problème central du déficit démocratique structurel de l'UE. C'est mal parti.

      YPB

      Supprimer
    11. Il y a deux choses. L'objectif visé, et les résultats obtenus. Le fait que les résultats obtenus ne soient pas à la hauteur des objectifs visés n'implique pas nécessairement que les objectifs visés étaient en fait autres que ceux annoncés.

      Supprimer
    12. D'autre part, s'il était plus aisé de résoudre les déficits démocratiques à l'échelle nationale, nous ne verrions pas de mouvement insurrectionnel dont l'évènement déclencheur est l'application par un président élu de son programme.

      Supprimer
    13. Anonyme du 26 janvier 2019 à 16:05

      Si les déficits démocratiques sont tout aussi constatables à l'échelle nationale, les mouvements de contestation qui les dénoncent rappellent au moins l'existence d'un peuple (au sens de ceux sur lesquels s'exercent le pouvoir) susceptible de protester et de rappeler qu'il est la source de la légitimité. Ce n'est en rien un argument en faveur de l'idée que cette crise du rapport entre dirigeants et dirigés serait plus aisée à résoudre à l'échelle d'un continent riche d'identités politiques contrastées.

      On ne peut davantage affecter d'ignorer que cette crise de la représentativité apparaît comme étant largement liée à la dépendance des élites dirigeantes nationales à l'égard d'un processus de construction européenne qui les déresponsabilise et aboutit à vider les démocraties nationales de leur sens, en renonçant à toute marge de manœuvre au profit d'instances non élues et indépendantes, ou de procédures automatiques, comme en niant la possibilité même de politiques alternatives. Mais s'il n'y a ni capacité d'action, ni alternatives, ni responsabilité, il n'y a pas non plus de démocratie.

      YPB

      Supprimer
    14. Les français sont favorables à l'UE. Si un referendum Frexit était engagé aujourd'hui, ils voteraient pour le remain. Tous comme les grecs, qui sont pourtant dix fois plus victimes que les français des imperfections de la construction européenne. C'est bizarre, mais c'est comme ça.

      Supprimer
    15. "On ne peut davantage affecter d'ignorer (...)"

      Bien noté que les personnes qui ont une lecture du mouvement des gillets jaunes plus nuancée que la votre font forcément semblant, simulent. Vous détenez donc une vérité non discutable.

      Merci pour ce liminaire, très utile à la compréhension de votre paradigme.

      Supprimer
    16. Libre à vous d'appeler nuance ce que je j'appelle aveuglement ou ignorance volontaire. Juger – contre leur propre aveu – la situation des élites dirigeantes actuelles comme si elles disposaient du même degré d'autonomie que celles d'avant les traités de Maastricht et de Lisbonne, dans le cadre d'États dotés du même degré de souveraineté, n'est pas sérieux.

      Dans un pays où le degré de concurrence souhaitable dans un secteur déterminé, la levée ou la révision des restrictions à la création de nouveaux points de vente au détail, les procédures de licenciement, les modalités du recours à l'apprentissage, ou encore le niveau du salaire minimum, en viennent à être fixés en fonction de recommandations détaillées de la Commission européenne ou du Conseil de l'Europe, le champ d'application de la délibération nationale est réduit à la portion congrue : l'art de mettre en pratique ce qui a été planifié par d'autres.

      Lorsqu'on se donne la peine de lire par exemple les avis du Conseil sur le programme de stabilité de la France pour la période 2012-2016, on se demande ce qu'il reste encore d'autonomie d'action aux représentants du peuple français : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A52012DC0313. Les dirigeants ne sont plus que les exécutants complaisants de directives qui ne sont plus soumises, pour l'essentiel, à aucun débat démocratique sérieux impliquant la population vouée à en subir les effets. Parler de crise de la représentativité nationale en faisant semblant d'ignorer la réalité de la contrainte européenne assumée sinon voulue par nos élites (puisqu'elle les déresponsabilise très confortablement) relève effectivement soit de l'ignorance, soit de la falsification réfléchie.

      Les Français ne se révoltent pas en masse contre cela ? Non, pas encore en masse, puisqu'on leur a suffisamment seriné que l'Europe c'est la paix, la prospérité et notre dernier rempart contre le péril jaune, les méchants Russes ou les Américains (dont on évitera tout de même soigneusement de trop s'émanciper...), bref, le « faire l'Europe c'est faire le poids » de la campagne du référendum de 1992... Et le Français moyen ne lit pas ceci, qui ridiculise pourtant cette prétention européenne d'engager des politiques permettant justement de « faire le poids » : https://www.businessinsider.com.au/europe-austerity-is-decision-to-go-into-recession-2019-1. Ni cela : http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=41372.

      Bien sûr, même combiné à d'autres références, ces faits ne suffisent pas à fonder une vérité indiscutable. Mais ils permettent à bon droit d'être franchement sceptique devant ce que certains ici prétendent appeler « nuances » dans leurs jugements sur la France et sur l'Europe.

      YPB

      Supprimer
    17. "Lorsque Charlemagne, entre 772 et 804, massacre les Saxons païens au nom de son rêve d'empire chrétien universel, qui est responsable du conflit ?"

      Où avez vous vu que l'UE massacre des païens, ce sont même les souverainistes qui ont les intentions les plus répressives à l'égard des musulmans, votre comparaison anachronique est complètement déplacée.

      Si l'UE perdure, c'est qu'en face il y a la Chine, les USA et l'Inde, que valent 66 millions de français face à des milliards d'individus, trop grande pour être un paradis fiscal, trop petite pour être une puissance monétaire et économique.

      Même la Russie, la Chine et d'autres pays d’Asie recherchent la construction ensemble d'un système monétaire face au dollar.

      Supprimer
    18. Ce n'est pas moi qui ai écrit que les nationalismes/souverainismes étaient responsables des deux guerres mondiales, « comme toutes les guerres précédentes » (http://www.gaullistelibre.com/2019/01/10-ans-apres-66-la-democratie-toujours.html?showComment=1548406207278#c6621902730942245337). Toutes les guerres précédentes, cela inclut bien celles engagées par Charlemagne, non ? Adressez donc votre accusation d'anachronisme à l'auteur de cette formule.

      Je me contente de répondre à cette absurdité en rappelant que l'obsession d'unifier l'Europe contre les aspirations des peuples à la souveraineté politique a été un motif de guerre essentiel dans l'histoire du continent (j'aurais pu citer Charles Quint ou Napoléon, évidemment, qui ne sauraient, pas plus qu'Hitler, être appelés « souverainistes »).

      Quant à l'argument de la taille, c'est de la géopolitique et de la géoéconomie au rabais, digne des nostalgiques de l'URSS. La France est, de toute évidence, trop petite pour être une superpuissance. Et alors ? Ce que veulent les Français, c'est être libre et maîtriser leur destin, pas reconquérir l'Indochine et le Canada. Nous nous sommes dotés de l'arme nucléaire et sommes devenus une puissance spatiale sans avoir à aucun moment à renoncer à notre souveraineté politique dans ce but. Coopérer avec des pays étrangers, ce n'est pas forcément abandonner sa souveraineté. Allez donc expliquer aux Israéliens qu'ils sont trop petits pour exister et qu'ils doivent se fédérer avec je ne sais qui s'ils veulent survivre. Vous serez bien accueillis. Ils ont des alliés, bien sûr, les États-Unis en tout premier lieu. Mais ils mènent avec fermeté leur propre politique chaque fois que leur intérêt national est en jeu (« Mais pour qui se prend-il ? Qui est la putain de superpuissance ici ? », aurait dit Clinton à propos de l'attitude de Nétanyahou, lors d'une visite à la Maison-Blance en 1996).

      Les souverainistes ont des intentions répressives à l'encontre des musulmans ? Dans vos délires, probablement. Ce qu'ils veulent est éviter l'islamisation de l'Europe et l'impact culturel ou économique désastreux de vagues migratoires massives. Les vrais racistes et islamophobes sont à trouver du côté des européistes identitaires d'extrême-droite, partisans de l'unité de l'Europe blanche. Ils tiennent exactement le même discours que vous sur la France, trop petite pour se défendre seule et vouée à se fédérer avec d'autres pays pour défendre l'Europe. C'est une lubie issue du complexe d'infériorité français face à l'Allemagne, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Elle a trouvé son expression la plus concrète durant la dernière guerre dans la collaboration avec l'occupant, le STO, la LVF et d'autres joyeusetés, toujours au nom de l'unité nécessaire du continent.

      « Même la Russie, la Chine et d'autres pays d’Asie recherchent la construction ensemble d'un système monétaire face au dollar. »

      Cela ne les a pas amenés pour l'instant à bâtir une monstruosité dysfonctionnelle comme la zone euro. Votre raisonnement relève du paralogisme le plus plat : « Les coopérations internationales sont nécessaires ; donc, n'importe quel accord international, y compris complètement foireux, comme la construction d'une monnaie unique dans une zone qui ne remplit pas les exigences d'une union monétaire optimale, vaut mieux que l'indépendance ».

      YPB

      Supprimer
  4. Merci Laurent pour cette analyse très intéressante.

    Certains gilets jaunes essaient de monter une liste pour les européennes. Peut-on y voir un espoir ?

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/01/24/01016-20190124ARTFIG00150-europeennes-que-sait-on-des-candidats-annonces-sur-la-liste-gilets-jaunes.php

    RépondreSupprimer
  5. @ Moi

    C’est juste, mais j’ai l’impression que les choses se crystallise dans le bon sens

    @ Anonyme 9h34

    Le système économique, mis en place en 1945, tire les leçons de la crise économique de 1929.

    @ YPB

    Merci pour votre contribution. En effet, oublier le rôle de l’URSS dans la lutte contre les nazis est incroyable

    @ Anonyme 15h34

    Il faudra que cette liste ne semble pas trop proche de LREM

    RépondreSupprimer
  6. L’Allemagne abaisse fortement ses prévisions de croissance pour 2019.

    Le PIB ne progresserait que de 1 % cette année – au lieu de 1,8 % – sur fond d’incertitudes liées au Brexit, aux tensions commerciales et à la Chine.

    Les nuages sombres s’accumulent sur l’économie allemande. Dix jours après la confirmation par Destatis d’un net ralentissement conjoncturel au second semestre 2018, aucune amélioration ne semble en vue en 2019. Selon la presse allemande, le gouvernement devrait abaisser très fortement ses prévisions de croissance pour l’année en cours : il ne table plus que sur une progression du produit intérieur brut (PIB) de 1 % en 2019, contre 1,8 % anticipé jusqu’ici dans le rapport d’automne. L’analyse d’hiver sera officiellement présentée le 30 janvier par le ministère de l’économie.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/26/l-allemagne-abaisse-fortement-ses-previsions-de-croissance-pour-2019_5414904_3234.html

    RépondreSupprimer
  7. Le naufrage de la presse européiste.

    SFR presse de Patrick Drahi s’enfonce, plus de 24 millions de pertes pour Libération et L’Express en 2018.

    Dès son arrivée en 2016 à la tête de SFR médias Alain Weill avait laissé entendre que son attachement à la formule papier n’était pas éternel. En mars 2018, il avait mis les points sur les i en annonçant la priorité absolue au digital. Les mauvais résultats financiers de Libération et L’Express en 2018 pourraient signifier l’abandon du papier pour les deux titres.

    Libération : gloups, gloups

    Le quotidien libéral libertaire Libération se décernait un brevet d’auto-satisfaction début 2019 en valorisant son service Check news. Il semblerait que le lecteur ait un avis différent et continue d’abandonner le titre Libération (source Lettre A du 23 janvier 2019). La diffusion totale de Libération (dont sans doute une bonne proportion de « ventes au tiers » hôtels, cafés, sociétés de transport, qui se font à pertes) est autour de 70.000 exemplaires et le kiosque est en retrait de 20% avec 16.000 exemplaires quotidiens. Comme la publicité va de plus en plus vers le digital, les pertes avoisineront les 9 millions d'euros en 2018.

    L’Express : gloups, gloups, gloups

    C’est pire à l’hebdomadaire L'Express où la vente au numéro est autour de seulement 22.000 exemplaires (-19%). La diffusion France en retrait de 14% se situe aux environs de 260.000 exemplaires ventes aux tiers incluses. Moins de diffusion égale moins de recettes de ventes mais aussi moins de publicité, résultat : 15 millions d'euros de pertes bon poids.

    Vers deux PSE et le digital

    Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), c’est l’étrange euphémisme qui définit un plan de licenciements. Les deux titres connaissent la douloureuse formule. L’Express a perdu une centaine de salariés lors du dernier PSE. Certaines rustines peuvent encore être posées : diminution du nombre de pages (économie de papier), mutualisation partielle des rédactions.

    Mais le tout digital pourrait être la solution la plus radicale : transformer les deux titres en newsletters sociales libertaires haut de gamme, vendues cher avec des rédactions réduites. Moins de journalistes, fin de l’imprimerie et fin des problèmes de distribution de Presstalis, Alain Weill pourra se consacrer à BFM…

    https://www.ojim.fr/sfr-presse-de-patrick-drahi-senfonce-plus-de-24me-de-pertes-pour-liberation-et-lexpress-en-2018/

    RépondreSupprimer
  8. L’auteur tourne autour du pot. Le nations perdent leur souverainete au detriment des petits arrangement entre ultra riches & multinationales (UE, ONU, les traites echoues (TTP TTIP), accords de Paris)

    Donc les gens se revoltent et votent pour des « populistes » (nouveau terme pejoratif remplacant le terme « nationaliste »)

    RépondreSupprimer