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mercredi 11 janvier 2017

Ce cinéma qui refuse les frontières tout en étant protégé par les nôtres


« N’attendez pas du cinéma qu’il dresse des murs et des frontières » : voici la contribution d’Isabelle Huppert à la dénonciation de Trump un peu complaisamment partagée par les artistes qui se sont exprimés lors des Golden Globes. Mais en tenant un tel discours, le milieu du cinéma fait inconsciemment une double erreur. D’abord, il est peu probable que de telles déclarations aient une quelconque influence auprès des citoyens du pays, puisqu’il était clair lors de l’élection qu’Hollywood votait Clinton. Bien au contraire, cela pourrait renforcer Trump en illustrant si parfaitement son discours.

Mais il y a un point supplémentaire qui est gênant dans le discours d’Isabelle Huppert. Bien sûr, elle évoque la frontière que veut dresser Trump avec le Mexique. Mais elle devait sans doute sa présence aux frontières que la France a érigées pour protéger notre cinéma, en imposant des quotas de diffusion et des taxes portant sur les films étrangers. Bref, il est quand même un peu culotté de critiquer les frontières que veut mettre Trump, au chaud des frontières que la France défend pour ce seul secteur, ou presque. Ce qui montre aussi que l’on peut être protectionniste et ériger des frontières nationales fortes, sans pour autant être fermés à l’extérieur, comme le montre le secteur du cinéma.
 

vendredi 20 novembre 2015

Attentats, migrants : ci-gît l’espace Schengen ?

Alors que Nicolas Sarkozy avait caressé l’idée quelques fois, c’est bien François Hollande qui a réinstallé les contrôles aux frontières suite aux attentats de vendredi. Mais sera-t-il possible de revenir un jour en arrière pour un bon bout de temps ? Et si l’espace Schengen avait vécu ?



La fin des frontières passoires ?


Il est très significatif que l’une des premières mesures annoncées par le président dès le vendredi soir soit le rétablissement des frontières. Parce que le djihadisme traverse les frontières, mieux vaut multiplier les filtres pour les arrêter avant qu’ils ne commettent l’irréparable. Pire encore pour les opposants à tout contrôle, il est vite apparu que la Belgique était un point névralgique du djihadisme en Europe, impliqué dans l’organisation des attentats en France. Bref, il apparaît aujourd’hui essentiel de remettre en place des filtres aux frontières avec ce pays pourtant apparemment si proche et si inoffensif. Et on peut croire que ce besoin n’est pas prêt de se dissiper : qui pourra prendre demain la responsabilité de supprimer les contrôles à la frontière belge et ainsi livrer la France aux djihadistes venus de Molenbeek ?

2015, l’année des frontières ?

samedi 29 août 2015

Migrants : l’effarant angélisme d’un ex-ministre UMP

Bien sûr, la découverte des dizaines de corps dans un camion autrichien est révoltante. Sans doute par humanisme, certains prônent plus de générosité dans l’accueil des clandestins. Jean-Paul Delevoye y a joint sa voix de président du Conseil Economique Social et Environnemental.



Ouvrez, ouvrez la porte aux migrants !

Le discours de Jean-Paul Delevoye était proprement stupéfiant. La secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts n’auraient pas parlé différemment, au point que Daniel Cohn-Bendit s’est dit fan de lui juste après. Etonnant tout de même de la part d’un ancien ministre UMP, dont Chirac avait poussé la candidature à la présidence du RPR en 1999. Alors que le gouvernement actuel tient un discours moins angélique, refusant les quotas de la commission européenne, Delevoye réalise l’exploit de dépasser la gauche par sa gauche sur cette question des migrants ! Nous avons eu droit à tout le discours internationaliste culpabilisant que l’on trouve dans la bouche de la gauche de la gauche, et que Jean-Claude Michéa dénonce en notant que le clandestin a en fait remplacé l’ouvrier comme figure tutélaire ultime.

Jean-Paul Delevoye a dénoncé « les peuples (qui) se crispent sur le rejet de l’autre (…) l’égoïsme national, le racisme ». Il a dénoncé la charité déclinante des Français, dont 64% se disaient favorables à accueillir les réfugiés du Kosovo en 1999, 54% les chrétiens d’Irak en 2014 et 32% en 2015, et la construction des murs aux Etats-Unis, en Hongrie ou Israël. Et les Etats étant impuissants face à la libre-circulation des capitaux, des marchandises ou des hommes, il appelle à un meilleur logement des clandestins, soutient que « nous sommes tous responsables les uns des autres », que le Liban a accepté d’accueillir l’équivalent de 30% de sa population en réfugiés et « parce que les Etats ne maitrisent plus leurs frontières, il faut donc gérer les flux ». Veut-il donc accueillir 20 millions de clandestins en France ?

Plus d’ouverture, c’est plus de morts

mardi 2 juillet 2013

La grande désertion fiscale des multinationales


C’est un sujet qui commence à s’imposer dans le débat public. Du coup, les dirigeants de la planète disent à nouveau vouloir s’y attaquer, après en avoir déjà beaucoup parlé en 2009. Mais comme souvent, le G8 s’est terminé par des mesurettes sans conséquence sur la désertion fiscale des multinationales.



Le grand détournement fiscal

Il faut lire le dossier de Marianne sur « La grande évasion fiscale ». A titre personnel, je préfère parler de désertion et de parasite car les termes d’évasion et de paradis sont trop positifs. Mais le travail réalisé par Emmanuel Lévy et Hervé Nathan n’en reste pas moins effarant. Les exemples abondent d’entreprises qui utilisent des montages astucieux pour éviter de payer des impôts. Ainsi, le cabinet Greenwich Consulting affirme qu’Apple n’a payé que 6,7 millions d’euros d’impôts sur les sociétés en France en 2011, alors qu’il aurait du régler 315 millions si elle n’avait pas utilisé des artifices.

Le sénateur UMP, Philippe Marini, a décortiqué les pratiques de Google, qui encaisse l’ensemble de son chiffre d’affaire européen (8,5 milliards) en Irlande pour minimiser les impôts, tout en payant 4,1 milliards de redevances de propriété intellectuelle à une autre société irlandaise basée aux Bermudes, charges qu’elle déduit des impôts de la première entreprise tout en n’en payant aucun sur la seconde puisque ses dirigeants ne sont pas localisés en Irlande... Marianne rapporte que Greenwich Consulting estime que cela permet au géant d’internet d’éviter de payer 150 millions d’impôts à Bercy.

En basant son centre de facturation au Luxembourg, Amazon ne paie qu’une TVA de 15% au lieu de 19,6% pour les achats réalisés en France. Starbucks serait aussi un professionnel de la désertion fiscale en versant 6% de son chiffre d’affaire à des sociétés internes basées en Suisse et aux Pays-Bas. Résultat, la filiale française affiche des pertes tous les ans depuis 2004 et ne paie pas d’impôt sur les sociétés, alors que le groupe d’avoir multiplié son chiffre d’affaire par 16 entre temps. Il faudrait dire à leur contrôle de gestion que les magasins français ne sont pas rentables…

Le dossier de Marianne revient également sur les pratiques de la multinationale Dole, qui achète son kilo de banane 10 centimes, y ajoute 8 centimes au titre de la centrale d’achat des îles Caïmans, 8 centimes au Luxembourg pour les frais financiers, 4 centimes en Irlande pour les frais de marques, 4 centimes pour les assurances, dans l’île de Man et enfin 17 centimes pour les frais juridiques et administratifs, dans l’île de Jersey. Bref, 41 centimes sur les 51 centimes du prix de vente (plus de 80%) transitent par des parasites fiscaux de manière à minimiser la facture fiscale de la multinationale.

Des politiques qui laissent faire

dimanche 25 septembre 2011

Quand Régis Debray réhabilite les frontières


J’avais déjà beaucoup apprécié le livre de Régis Debray sur le Général de Gaulle. D’une tendresse incroyable, ce « converti » avait écrit un hommage magnifique au plus grand homme de notre histoire. Il s’attaque dans ce court essai aux présupposés négatifs à l’égard des frontières.


Notre époque prise à contretemps


C’est peu de dire que les quarante dernières années semblent avoir eu pour unique objectif de supprimer les frontières qui caractérisaient nos Etats : liberté de circulation des capitaux, des biens, des personnes. La doxa néolibérale chercher à imposer une liberté de passage totale. Et le mot frontière est aujourd’hui connoté de manière très négative, à la fois chargé de passéisme et de nationalisme, comme on a pu le constater dans le débat entre NDA et Olivier Besancenot sur I-télé.